Cinema
Inventory, variation slovène pleine de talent, en Compétition à l’Arras Film Festival 2021

Inventory, variation slovène pleine de talent, en Compétition à l’Arras Film Festival 2021

21 novembre 2021 | PAR Geoffrey Nabavian
Un homme à la vie calme manque de se faire tirer dessus, et commence à ré-interroger toute son existence : ne se limitant pas à son postulat de départ, ce film slovène trouve un parfait équilibre au croisement des ambiances, et s’avère ample et porté par un acteur d’exception.
 
 
Employé comme assistant dans une université, marié, grand-père, Boris Robic a une existence rangée, calme et agréable. Un soir, alors qu’il s’assied pour lire un livre avec un verre de vin, deux balles de fusil traversent sa fenêtre et le frôlent. Pas de mobile pour cet acte, pas de coupable immédiatement identifié, pas d’explication : Boris va devoir faire tout ce qu’il peut pour comprendre, et rentrer progressivement dans l’ère du soupçon vis-à-vis de ses proches.
 
Pourvu d’un sujet fort, Inventory révèle également tout le talent d’un réalisateur, le slovène Darko Sinko : loin de vouloir livrer un film-concept à suspense, il fait naviguer son récit entre plusieurs ambiances, et donne au final à son scénario toute l’ampleur qu’il pouvait avoir. Il a notamment la judicieuse idée de tourner un très grand nombre de ses scènes de jour, sous un soleil irradiant : un cadre parfait pour que le mystère s’installe, et règne, dans ce quotidien trop calme.
 
Afin qu’un malaise très humain prenne ensuite le pas sur les questionnements, le cinéaste s’en remet à ses acteurs, tous exceptionnels, et tous sur un fil entre burlesque et sentiments bas. Dans le rôle du héros, Rados Bolcina ne joue pas : il est tout entier, à l’écran, cet homme complexe, peut-être assez ordinaire, peut-être assez bizarre. Affichant en premier lieu une bonhommie de façade, il la laisse dériver tout naturellement vers une étrangeté plus menaçante, à mesure qu’il glisse dans la psychose et le soupçon. Il apparaît immense. Face à lui, Dejan Spasic impose son charisme étrange et précis en endossant la figure du policier échangeant avec Boris le pris pour cible, et lui apportant plus de doutes que de réponses. Tandis que Renato Jencek se montre lui aussi expert à figurer une humanité crasse, et drôle en même temps. Tous composent une passionnante galerie.
 
L’ampleur du film lui permet au final d’offrir un éventail de situations très complet, exploitant tout le potentiel du sujet de départ. Le travail sur les personnages et le talent de ceux qui les interprètent impressionnent de surcroît. Cette odyssée en terres de doute apparaît au final déborder d’humanité, et inviter chaque spectateur à la vivre et à la relier à lui.
 
Inventory a été présenté en Compétition pour l’Atlas d’or au Festival du Film européen d’Arras, édition 2021. On lui souhaite de connaître une sortie dans les salles françaises.
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Visuel : © December
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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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