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Interview d’Erwan Le Duc, lauréat 2021 du Prix à la Création de la Fondation Gan pour le Cinéma

Interview d’Erwan Le Duc, lauréat 2021 du Prix à la Création de la Fondation Gan pour le Cinéma

16 décembre 2021 | PAR Yaël Hirsch

Il nous a impressionnés à la Quinzaine des réalisateurs avec Perdrix en 2019. Erwan Le Duc prépare son deuxième long métrage, La fille de son père avec au casting Nahuel Pérez-Biscayart et Maud Wyler. Alors qu’on vient d’apprendre qu’il est lauréat 2021 du Prix à la Création de la Fondation Gan pour le Cinéma, il nous parle de ce deuxième films, de la série qu’il a réalisée et de son travail.

Comment êtes-vous venu au cinéma et plus spécifiquement à la réalisation ? Peut-on dire que vous êtes et un autodidacte ?

On peut probablement le dire. J’étais un adolescent assez cinéphile, et avec un ami, puis d’autres, nous avons commencé à fabriquer des petits films en amateur, sans rien y connaître, en copiant vaguement le cinéma qui nous plaisait alors. Ces amis ont continué dans cette veine, pas moi, j’ai fait d’autres études, d’autres métiers pendant une dizaine d’années, mais ce désir de cinéma me poursuivait toujours. Passée la trentaine, j’ai fini par écrire un scénario de court-métrage, pour moi, pour le réaliser, ce que j’ai fait, non sans mal, mais l’expérience fut suffisamment forte pour me donner envie de continuer. Trois autres courts ont suivi, des films que je réalisais pendant les jours de congés du travail de journaliste qui occupait alors la majorité de mon temps. C’est avec ces films, en les faisant, que je suis venu à la réalisation.

Etait-ce plus difficile d’écrire La Fille de son père que Perdrix après les attentes suscitées ? 

J’ai écrit la première version du scénario de Perdrix en 15 jours, mais j’ai écrit les 70 autres versions qui ont suivi en 5 ans. Donc c’était difficile, c’était un exercice de persévérance assez fou pour aller chercher ce film, sa bonne écriture, son équilibre dans le déséquilibre, avec une énergie et une détermination qui frôlaient l’inconscience. Pour La fille de son père, c’était tout à fait autre chose. D’abord parce qu’on était complètement confinés quand j’ai commencé, en avril 2020. Ensuite parce que j’avais l’impression de ne plus savoir comment faire. J’avais beaucoup de notes, mais au moment de me mettre à écrire le scénario, je ne savais plus faire. J’ai d’ailleurs relu celui de Perdrix pour me rassurer, et me donner un exemple. Je m’étais promis aussi de suivre des étapes bien définies, avec un traitement, un séquencier, puis un dialogué, mais je n’ai pas réussi, je suis parti dans le dialogué directement, et j’ai travaillé ensuite à partir de là, commençant les échanges avec mes producteurs, qui sont de très bons interlocuteurs pour cette phase d’écriture qui a duré environ un an et demi.

Alors que Perdrix a été un succès en salles et que La fille de son père est en cours, que représente le prix de la Fondation Gan à ce stade de votre carrière et de la création du film ?

Le tournage de La fille de son père est prévu en juin prochain, et recevoir le prix de la Fondation Gan, c’est comme une étincelle pour la fabrication du film, c’est un soutien essentiel en ce qu’il lance le financement du projet, il donne envie, on commence à s’y voir. Les échanges avec le jury m’ont par ailleurs offert de nouvelles pistes de réflexion, tout cela donne une force, un enthousiasme et un élan supplémentaires, qu’il s’agit de faire ressentir jusque dans le film lui-même.

La Semaine de la critique a aussi joué un rôle important pour vous avec le prix au Soldat vierge et l’atelier next step, pouvez-vous en parler ?

Le soldat vierge est un moyen-métrage que j’ai réalisé en 2016, j’avais décidé que ce serait le dernier avant le long, et sur ce film, j’avais choisi de pousser quelques curseurs au maximum, d’essayer des choses, de prendre des risques, dans le rythme, la mise en scène. Sa sélection à La semaine de la critique a été un moment très joyeux pour moi, une reconnaissance de cette prise de risque, d’autant que le film a ensuite très très peu circulé en festival, voire pas du tout. L’atelier Next Step, soit 5 jours de rencontres avec des professionnels et de travail sur le scénario avec des consultants sur mon projet de long-métrage, a ensuite accompagné le développement de Perdrix dans ce même esprit.

Dans La fille de son père vous retrouvez Maud Wyler, comment vous êtes vous rencontrés avant Perdrix et comment travaillez vous ensemble?

J’ai d’abord rencontré Maud Wyler lors du casting de mon court-métrage Jamais jamais. Sauf que le tournage a été décalé car j’avais été retenu pour participer à l’atelier d’Emergence, qui aide les projets de premiers films et propose de tourner, en guise de mise en bouche, quelques scènes du scénario. Dans cette version du scénario, le personnage de Juliette Webb existait déjà, même si c’était autrement que dans le film fini. J’ai proposé à Maud de venir à Emergence pour incarner Juliette, et ce fut une révélation, pour moi et pour le film. C’est une chose assez unique que de travailler avec elle, c’est une actrice qui investit complètement ses rôles, avec une grande profondeur et une grande intensité, mais sans jamais perdre sa légèreté dans l’interprétation. Elle a beaucoup de liberté dans le jeu, qu’elle insuffle en permanence dans le film. U

Pouvez vous nous parler de la série très politique que vous préparez pour arte, Sous contrôle ?

Je suis en plein tournage de cette série, écrite par Charly Delwart, produite par Agat, tout ça pour Arte, avec Léa Drucker dans le rôle principal. C’est une comédie politique, dans la veine des séries d’Armando Iannucci (Veep, The thick of it), avec un humour à l’anglo-saxonne, un rythme échevelé et une écriture très précise. C’est un projet excitant à réaliser, parce qu’assez complexe, avec beaucoup de décors, de personnages, une comédie de bureau mais aussi d’action et d’aventure.

visuel : DR

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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