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[Interview] Guillaume Calop et Pierre Fleurantin, Fondateurs du Festival du Film Européen des Arcs

[Interview] Guillaume Calop et Pierre Fleurantin, Fondateurs du Festival du Film Européen des Arcs

10 décembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Alors que la 8e édition du Festival du Film Européen des Arcs s’ouvre, ce samedi 10 décembre 2016, Guillaume Calop et Pierre Fleurantin, Fondateurs de ce grand événement cinéphile et professionnel nous parle d’une programmation vaste et altière, qui – en plus de la compétition – donne cette année carte blanche à Bertrand Bonnello et nous enjoint à découvrir les femmes de cinéma qui comptent en Europe.

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Dans votre édito, vous citez François Truffaut il y a 47 ans sur la question des femmes cinéastes. Est-ce toujours trop rare en 2016 ? Comment l’expliquez-vous ? Avec une sélection paritaire réussissez-vous aux Arcs ce que peu de Festivals parviennent à faire ?
Aujourd’hui 1 film sur 5 est réalisé par une femme en Europe, on peut dire que le plafond de verre existe encore et que finalement depuis cette citation de Truffaut les choses ont peu évolué.
La société change lentement et, sans coup de pouce des institutions, des politiques et des différents acteurs du marché le rééquilibrage aura beaucoup de mal à se faire.
Nous ressentons un vrai bouillonnement dans la nouvelle génération de réalisatrices. C’est ce que nous voulions mettre en avant cette année aux Arcs.
La parité sur la compétition s’est presque faite naturellement, nous avons juste donné un coup de pouce en partant du principe qu’à niveau égal nous allions favoriser les réalisatrices.
C’est notre soft quota à nous.

Comment avez-vous choisi le casting international de la très belle section « Nouvelles Femmes de Cinéma » ?
Nous avons essayé de rassembler des jeunes réalisatrices ayants réalisé moins de 3 films et qui sur les 5 dernières années nous ont vraiment impressionné par leur talent.
Ensuite nous avons essayé de respecter une représentation équilibré de l’Europe.

Discutez-vous avec Bertrand Bonello des 3 films qu’il a eu envie de présenter ou allez-vous découvrir avec le public ce qu’l va nous en dire ?

Bien sûr nous en avons parlé avec lui. C’est d’ailleurs un plaisir de discuter de programmation avec cet immense cinéphile. Nous lui avons décris nos public, le festival, l’esprit de l’évènement. Par exemple « le braqueur – la dernière course » » est une séance prévu spécialement pour un public lycéen.

Quel est le poids d’un festival de cinéma européen alors qu’après le Brexit, avec le référendum italien, la fragilité de certains membres de l’UE et la difficile gestion commune de la crise es migrants, la crise européenne semble à son comble ?
Justement, étant donné la dérive populiste et le repli actuel des peuples sur eux-mêmes, ce que nous faisons n’a jamais eu autant d’importance. Nous prônons la diversité, la culture, la connaissance, la tolérance et l’ouverture ! Nous aidons la création à se financer et être diffusé.
Il faut mettre toute notre énergie aujourd’hui pour maintenir ces valeurs au plus haut dans nos sociétés. Il n’y a pas de petites actions et nous essayons évidemment de peser le plus possible.

Pouvez-vous nous parler de la nouvelle section « documentaire » ?
C’est une nouvelle section pour mettre ce genre à l’honneur car le documentaire est sans cesse en renouvellement. Par ailleurs, pour le documentaire « de création », la dernière fenêtre de visibilité reste les festivals. C’est une sélection européenne assez hétérogène.

Comment le festival trouve-t-il son équilibre entre l’accueil d’un public curieux et de divers âges avec les rencontres professionnelles ?
Les rencontres professionnelles nous ont beaucoup structuré en permettant au festival de prendre une dimension internationale forte. Et cela nous a amené la confiance des vendeurs et distributeurs de films.
C’est ce qui nous permet aujourd’hui d’avoir de bons films, en exclusivité (souvent en première française ou européenne) et de belles équipes qui les accompagnent. Et c’est ça qui fait le bonheur de nos spectateurs.
Les Arcs c’est ce tout, cette ADN croisée entre public et professionnels.

De votre expérience de directeur de festival mais aussi de producteur, y-a-t-il de nombreuses occasions pour les professionnels de se rencontrer de manière internationale et sans la pression ou gigantisme d’une plateforme comme Cannes ou Berlin ?
Cannes est un mastodonte unique au monde, Berlin est un peu plus à taille humaine et permet des rencontres de meilleure qualité.
Personnellement j’aime les plus petits festivals où l’on a le temps de développer plus de relations humaines plus fortes.
Locarno, Sarajevo, Karlovy Vary, Goteborg, San Sebastian sont de beaux festivals de taille moyenne ou l’on fait du business.
Sur la partie professionnelle, je crois que nous avons gagné notre place à leur coté ces dernières années. Pour nous c’est une fierté car certains ont 60 ans d’existence quand nous n’avons que 8 ans.

Il y a aussi un subtil mélange entre le fait de croiser bien des stars au Festival des arcs mais tout en restant dans l’esprit simple et cosy en Montagne ?
Ça c’est l’esprit montagnard. Nous sommes nés et avons grandi ici. Nous avons ces valeurs à la fois de l’exigence, de la générosité et de la chaleur humaine typique des montagnes.
Les stars qui viennent ici le savent, nous ne segmentons pas, nous favorisons les échanges et les rencontres sans barrière. C’est aussi la chance d’être un festival dans un lieu protégé.

Vous projetez « la Communauté » de Thomas Vinterberg en clôture, le réalisateur danois est-il souvent présent aux Arcs?
Pour nous Thomas Vinterberg est un maître du cinéma européen. Il a été président du jury des Arcs la deuxième année. Nous avons adoré « la Communauté » et quand il a accepté de venir présenté le film, le mettre en clôture nous a semblé évident.

visul : affiche du festival

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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