Cinema
Ich bin eine Terroristin : un road-movie tendre et poétique

Ich bin eine Terroristin : un road-movie tendre et poétique

06 juin 2012 | PAR Ariane Kupferman Sutthavong

« Mamie est une sainte, Rosa est une martyre et ma vie est un enfer ». C’est sur ces mots que l’on voit Violette, onze ans, plier ses affaires et s’enfoncer dans la nuit, à la poursuite d’idéaux – les siens, ceux de sa grand-mère et de Rosa Luxembourg. Dans Ich bin eine Terroristin de Valérie Gaudissart, la gamine, pleine de grâce encore enfantine et de détermination adulte, nous entraîne dans un road-movie à la fois tendre et politique.

Certaines filles ont pour idole des starlettes pailletées, d’autres préfèrent les théoriciennes et révolutionnaires marxistes. Violette a onze ans et chausse du trente-cinq depuis deux jours, mais cela n’empêche pas cette militante en herbe de parcourir l’Europe, les Lettres de Prison de Rosa Luxemburg sous le bras, l’urne funéraire de sa grand-mère et un livre de géographie de 6ème au fond du sac. Mi-fiction, mi-docu, la fugue d’Ich bin eine Terroristin nous emmène sur les pas de la penseuse socialiste, de Berlin à Breslau, jusqu’en Pologne. Un film qui, c’est vrai, « ne ressemble à rien » (c’est la réalisatrice qui le dit !), mais enchante tout de même le spectateur. La musique, la fraîcheur et l’utopie sont bien présentes, et si elle pèche, parfois, par cet excès-là, Valérie Gaudissart rattrape le coup grâce à des scènes plus dures et émouvantes ou d’autres davantage piquantes.

L’idée de départ est tellement insolite et fantaisiste  que l’on a envie de sauter au cou de Valérie Gaudissart et, après avoir vu le film, à celui de sa jeune interprète principale Mathilde Besse (seulement on a peur qu’il  ne tienne pas). Un visage de poupon et un rire cristallin, certes, mais également une démarche assurée, témoin de sa forte personnalité ; Mathilde/Violette sillonne l’Allemagne toutes griffes dehors et armée de ses mots, ses « bombes » à elle, la petite Terroristin. Car s’il y a bien une chose que la gamine n’a pas dans sa poche – ou dans son baluchon – c’est bien sa langue. La jeune comédienne saisit parfaitement les nuances du personnage : on voudrait à la fois l’aider dans son voyage initiatique et la renvoyer, la sale gosse, chez ses parents.

Valérie Gaudissart signe, avec Ich bin eine Terroristin, un premier long-métrage plutôt réussi. Le rythme, s’il met du temps à s’installer, ne s’essouffle plus et tient le spectateur en haleine devant cette curieuse petite fille et son entreprise tout aussi étonnante. Sorte d’Alice au Pays des Merveilles des temps modernes, urbain et engagé, le film s’élève par sa douceur enfantine et rêveuse.

Film sorti le 6 juin 2012. 97 minutes.

 




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Ariane Kupferman Sutthavong

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