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Gainsbourg et le cinéma : Je t’aime moi non plus

Gainsbourg et le cinéma : Je t’aime moi non plus

02 mars 2011 | PAR Geraldine Pioud

La relation de Serge Gainsbourg avec le cinéma demeure énigmatique et complexe. Ses deux albums concept, « L’homme à tête de chou » et « Histoire de Mélody Nelson », sont de véritables films sonores. Et son amour pour les actrices n’est pas un secret. Alors plutôt que de partir dans des théories torturées et avilissantes sur l’artiste et son oeuvre, nous avons décidé de vous faire partager deux coups de coeur « ciné-Gainsbourien ». En toute subjectivité assumée!

OLIVIA LEBOYER

Serge Gainsbourg a promené sa silhouette dans un grand nombre de films. Il en a même réalisé quelques uns, plutôt poseurs (dont le très agaçant Equateur). Nous vous conseillons fortement de le revoir dans Anna, un téléfilm musical de Pierre Koralnik (1967), avec la belle Anna Karina et Jean-Claude Brialy. Moderne, pleine de peps, cette comédie pop est teintée de mélancolie. Brialy s’appelle ici Serge, il travaille dans une agence de pub et s’ennuie vaguement. Un jour, il voit dans la rue une affiche avec deux yeux de femme, dont il tombe éperdument amoureux (« Moi, j’étais fait pour les sympathies, à la rigueur les 5 à 7, j’étais fait pour ça, non pas pour l’amour » chante alors Brialy/Serge, frappé par un amour qui contrarie sa nonchalance habituelle !). Seulement, ces yeux, Brialy ne les a pas reconnus : ce sont ceux d’Anna Karina, qui travaille justement à côté de lui dans l’agence de pub… Mais on préfère tomber amoureux dans l’inconnu et Brialy pourchasse ce beau fantôme au lieu de se rendre à l’évidence. Amoureux de sa collègue de bureau, c’est un peu trop banal. « C’est la cristallisation, comme dit Stendhal » murmure Serge Gainsbourg, qui joue ici l’ami de Serge. Dans Anna, Gainsbourg a écrit les superbes chansons (« Sous le soleil exactement », « Roller girl », « Ne dis rien »), observant, en retrait, le comportement illogique de son ami. On note également la présence au générique de Marianne Faithfull, qui chante une chanson belle et triste : « Hier ou demain » (« Hier ou demain, je t’aurais dit oui, hier ou demain, mais pas aujourd’hui »). Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve, thème éternel de l’amour…


Serge Gainsbourg et Anna Karina – Ne dis rien (1967)
envoyé par Nouvelobs. – Clip, interview et concert.

Anna, comédie musicale de Pierre Koralnik, avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Serge Gainsbourg, Marianne Faithfull
1967, 1h26
Disponible en DVD, 2009, Mercury, France.

 

 

GÉRALDINE PIOUD

Mythique et énigmatique, Gainsbarre souffle à Gainsbourg une partie de son art. Création schizophrénique et absolue, l’oeuvre du grand Serge pourrait se qualifier par des milliers d’adjectifs. Boulimique de travail, ordonné et précis, amoureux et irascible, Gainsbourg exorcise parfois comme par enchantement les outrages de son double démoniaque. Il se murmure ci et là une confidence, car certains instants de vie du grand Serge semblent être scellés par le sceau du secret. Pour exemple, peu se rappelle que dans le Valmy d’Abel Gance, Gainsbourg tenait le rôle du Marquis de Sade. Mais nul n’oublie ses dernières années, au cours desquelles le sacro-saint média télévision exposait dans une orgie de vapeurs d’alcool et de nuées de fumée de cigarettes les dérives d’un Gainsbarre dominant et manipulateur.

Gainsbourg se place dans une série de courants artistiques (le surréalisme, le pop art,…) qu’il conjugue avec des emprunts à des personnalités qui l’ont touché (Bela Bartok ou Boris Vian entre autres). Et il ne parle pas que de musique. En artiste complet, c’est aussi par la littérature et la peinture qu’il s’exprima. Mais c’est le cinéma qui le fera rencontrer sa plus célèbre égérie : Jane Birkin. Tourné en 1969 (cela ne s’invente pas), Slogan retrace les amours passionnés d’un réalisateur de publicité (Serge) et d’une jeune anglaise naïve (Jane). Une bande son psychédélique et prémonitoire (à l’époque l’utilisation du gatham et des tablas ne se faisait qu’en Inde, d’où ils sont originaires) appuyant de rapides mouvements de caméra et des plans courts, accentue le sentiment d’urgence créatrice et de boulimie vitale. Un film qui a presque valeur de documentaire!

Serge Gainsbourg, drôle et sarcastique, un jour avait dit : « Rendre l’âme? D’accord, mais à qui? » . Aux anges peut-être? Mais avec Gainsbarre au creux de l’oreille de Gainsbourg, rien ne saurait être aussi évident que cela…


Slogan 1969
envoyé par le-pere-de-colombe. – Court métrage, documentaire et bande annonce.

Slogan, de Pierre Grimblat, avec Serge Gainsbourg, Jane Birkin, Juliet Berto, Daniel Gélin
France, 1969, 1h30, Drame
Disponible en DVD et Blu-Ray depuis juin 2007

Camille BazBaz reprend « Les p’tits papiers » de Gainsbourg pour EcoFolio
Serge Gainsbourg en Musique et en Mots
Geraldine Pioud

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