Cinema
Étrange Festival 2020 : « Tezuka’s Barbara », adaptation de manga un peu creuse

Étrange Festival 2020 : « Tezuka’s Barbara », adaptation de manga un peu creuse

09 septembre 2020 | PAR Geoffrey Nabavian

Présentée au sein de la section Mondovision, cette adaptation avec des vrais acteurs du manga du célèbre Osamu Tezuka – réalisée par son propre fils, Makoto Tezuka – offre des images décalées et délirantes, mais peu d’émotion. La faute à son fond vague, et son rythme inégal…

Au départ, Barbara est un manga signé par le maître du genre, Osamu Tezuka (mort en 1989). Dans le film qu’en tire en 2020 son propre fils, Makoto Tezuka, ici réalisateur, Barbara est une jeune femme des rues de Tokyo, alcoolique, meurtrière et totalement délirante. Un écrivain lui-même porté sur la bouteille et désabusé croise sa route un soir dans un tunnel : ils s’échangent quelques vers de poésie, et leur histoire commence, avec dès lors pour l’homme les départs et retours incessants de Barbara, devenue une sorte d’ange gardien pimentant son existence.

Lorsqu’on s’informe sur le manga original adapté ici, et sur le fond de son récit, on lit que Barbara jour en réalité un rôle de muse, inspirant les artistes qu’elle rencontre. Devant cette adaptation avec vrais acteurs, cet élément n’apparaît pas très perceptible : on voit peu l’écrivain, Mikura, travailler, et on a surtout l’impression que cette femme rencontrée est une personne déjantée qui l’aide à remettre de la folie dans son existence, et à échapper au mariage arrangé, aux manœuvres pour obtenir des postes, et à d’autres rails bien trop droits et bien tracés. Pas très nouveau, comme thème… C’est là le premier élément qui fait que cette adaptation de manga passionne vraiment peu : le fond de l’histoire racontée est vague.

Fond peu touchant et forme vaine

Du même coup, difficile de comprendre ce que Barbara a de si particulier : elle apparaît juste délirante et hors de l’ordinaire. A ce titre, l’actrice Fumi Nikaido (Au revoir l’été, River’s edge, Why don’t you play in hell) s’agite beaucoup, mais son interprétation ne suffit pas à rendre Barbara moins opaque, et surtout à émouvoir. Sauf lors de brèves scènes : lorsque, vers le début du film, le héros écrivain revient d’une remise de prix, et s’arrête dans une boutique de vêtements où une vendeuse l’entraîne dans une cabine pour faire l’amour avec lui, on voit tout à coup Barbara surgir, pelle en main, et découper à grands coups ladite femme, dont les membres se détachent comme ceux d’un mannequin de présentation. Scène saisissante, et directe, donc claire, ainsi qu’inventive dans ses effets spéciaux. On ne pourra pas en dire autant des autres apparitions de Barbara, qui pourront sembler absconses ou déjà-vues, entre une tentative de mariage lassante, une visite à une génitrice magicienne bien peu originale, ou encore une fin sensément très provocatrice, mais pas du tout mise en scène de manière inédite.

Dans cette transposition où le fond ne passionne pas et émeut peu, la forme fait ce qu’elle peut pour être marquante : photographie léchée signée par le grand Christopher Doyle, musique brillante façon jazz pointu, et surtout atmosphères entre bizarrerie et délire pur très travaillées. Mais étrangement, les articulations du scénario paraissent bien peu inédites : phase d’insertion dans les sphères prestigieuses du héros sabotée par Barbara, découverte de la famille de cette dernière au moment où le personnage principal s’est décidé à l’aimer et la suivre, phase sans Barbara où le héros est pris en charge comme un malade par son ancienne amoureuse beaucoup trop stable… Le récit apparaît très balisé. Du même coup, cette forme qui en fait beaucoup finit par empeser certaines scènes, qui traînent en longueur, et en bizarreries légères et vaines…

L’Etrange Festival se poursuit jusqu’au 13 septembre, à Paris au Forum des Images.

Visuels : © Thefool / Third Window Films  Rapid Eye Movies / Nikkatsu

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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