Cinema
‘Diaz, Un Crime d’Etat’, un sang effacé

‘Diaz, Un Crime d’Etat’, un sang effacé

19 avril 2013 | PAR JD

Gênes, été 2001, sommet du G8 et contre sommet alter mondialiste, flics contre « Black Bloc », telle est la toile de fond de « Diaz, Un Crime d’Etat », du réalisateur italien Daniele Vicari et présenté au festival de Berlin l’année dernière. Il nous offre un film coup de poing qui ne laisse pas indifférent malgré quelques imperfections. 

C’est à Gênes que fut organisé du 20 au 22 juillet 2001 le sommet du G8 réunissant traditionnellement les dirigeants des grandes puissances mondiales. En marge du sommet de nombreuses associations et organisations militantes d’alter-mondialistes (300 000 personnes) se réunirent afin de dénoncer le capitalisme et la mondialisation. Après les manifestations pacifistes du 19 juillet, de violents affrontements et scènes d’émeutes impliquèrent les militants (certains appartenant au mouvement anarchiste radical ‘Black Bloc’) et la police italienne les 20 et 21 juillet, faisant notamment 1 mort parmi les manifestants.

Diaz est le nom d’une école qui fut le théâtre de “La plus grave atteinte aux droits démocratiques dans un pays occidental depuis la seconde guerre mondiale » dixit Amnesty International. Le 21 juillet à minuit la police s’introduit dans l’école, qui accueille le centre de presse du Forum Social de Gênes, tabassant avec une grande violence les manifestants et journalistes qui s’y trouvent. 93 personnes, de toutes nationalités, sont arrêtées puis enfermées durant 3 jours dans la prison de Bolzaneto pour y subir insultes, crachats, coups et humiliations de la part des policiers italiens. Depuis, 27 des 300 policiers ayant participé à l’assaut de l’École de Diaz ont été reconnus coupables de coups et blessures aggravés, de falsification de preuves et de diffamation. 45 policiers, Carabineri, médecins et infirmières de Bolzaneto ont également été condamnés depuis ces événements.

Diaz, Un Crime d’État est un film qui vise à lever le voile sur les événements de Gênes et sa sanglante répression policière dont les preuves avaient été soigneusement effacées par les autorités italiennes. Le sujet du film de Daniele Vicari, récompensé en 2012 à Venise pour son documentaire La Nave Dolce, explore un moment fort de l’histoire contemporaine italienne. Le film s’ouvre sur le jet au ralenti d’une bouteille en verre jetée par un des manifestants sur une fourgonnette de police. Les images de cette bouteille au ralenti reviendront plusieurs fois dans le film, comme un leitmotiv, la raison d’un chaos d’été génois. Le film commençant par des scènes d’émeutes, le ton est donné, le réalisateur italien donne à ce film des allures de film de guerre. Les scènes précédant l’assaut des policiers italiens dans l’école de Diaz en sont le point culminant. Suspense, angoisse puis violence et boucherie. Bienvenue en enfer, il y a 10 ans, sur le territoire européen.

Les scènes de répression policières sont très dures et visent à retranscrire la réalité d’un déchaînement qui fît plus d’une soixantaine de blessés, dont certains extrêmement graves. Si les scènes de dialogues ne sont pas les plus réussies (celles en français ne sonnent pas très naturelles par moment), l’intérêt du film est ailleurs, dans l’exposition froide d’une violence que l’on a voulu cacher. La retranscription d’une ville en plein chaos fait également l’objet d’une attention particulière de la part du cinéaste italien.

Les thèmes de destin, de fatalité et d’absurde sont très présents. Comment faire pour échapper à un destin qui parait fou ? Est- il seulement possible d’y échapper ?  Tel semble être le questionnement d’un réalisateur qui s’est évertué à construire un récit réaliste selon une multitude de points de vues. Ainsi le film propose de suivre les mêmes événements selon le regard d’un journaliste qui se retrouve passé à tabac parce qu’il se trouvait au mauvais endroit à un moment bien délicat, de manifestants convaincus qu’il est possible de changer le monde par la force du bon sens, ou encore de certains policiers dont on partage les doutes et les scrupules.

Vicari utilise sa caméra comme d’un poing qu’il s’agit d’asséner au visage de l’Italie et de la crise démocratique qu’elle traverse depuis cet été 2001 (le financement du film a par ailleurs été extrêmement compliqué). Et même si le propos peut paraître par moment quelque peu manichéen, il s’agit bien pour Daniele Vicari de montrer à l’Italie et au peuple européen ce qui s’est réellement passé dans cette école italienne puis dans le centre pénitencier de Bolzaneto. S’appuyant sur de nombreux témoignages (militants présents dans l’école, policiers, secouristes), le réalisateur italien nous donne un aperçu d’une violence déchaînée et de scènes de tortures glauques qui résonnent aux oreilles des contemporains d’Abu Ghraib. Le film interroge la légitimité de l’usage de la force par un État qui oublie les droits démocratiques les plus élémentaires et les limites de la liberté d’expression en Occident doublée d’un sentiment d’absurdité qui transpire durant tout le film. Si l’Italie a les mains salies par un sang qu’il s’agit de ne pas effacer, la démocratie européenne en est également tâchée.

Diaz, Un Crime d’Etat (ITA, 2h 03), sortie française : 6 juin 2013, de Daniele Vicari, avec Claudio Santamaria, Elio Germano, Jennifer Ulrich…

Photos (c) : Photos officielles du film

 

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JD

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