Cinema
[Critique] « Un + Une » : Lelouch bâtit un vaudeville sur le Gange pour magnifier le couple

[Critique] « Un + Une » : Lelouch bâtit un vaudeville sur le Gange pour magnifier le couple

24 novembre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Après les cimes familiales de Salaud on t’aime, Claude Lelouch poursuit inlassablement son tendre cinéma sur le couple jusqu’aux bords du Gange. Porté par le lumineux duo formé par Elsa Zylberstein et Jean Dujardin « Un + Une » peut  bien flirter avec les clichés sur l’adultère et l’Inde : il n’échappe pas l’état de grâce et d’amour dans lequel le réalisateur plonge tout son cinéma. Encore un grand Lelouch qui réjouira les fêtes de fin d’années de nombreux français…

[rating=4]

Compositeur reconnu, Antoine (Jean Dujardin, désarmant de naturel) est un homme qui se veut joyeux, vivant, pragmatique et libre. Seule l’impertinente Alice (Alice Pol) a su le garder avec inventivité et amour. La composition de la musique d’un film de la nouvelle vague indienne amène le musicien français au cœur vibrant de la spiritualité : l’Inde. Et la spiritualité, c’est tout ce dont lui parle la femme de l’ambassadeur, Anna (Elsa Zylberstein, éblouissante). Il se moque gentiment, mais elle lui plait et il prend appui sur son mal de tête à soigner pour la rejoindre dans un long périple en train, bus, bateau qui les amène à Amma, une femme spirituelle indienne qui soigne par les câlins…

Après un début tambour battant où l’on entre dans un monde d’expatriés un peu trop connu et où Jean Dujardin risque parfois le caricatural, le film s’emballe à la première injection de fantasme au cœur du cinéma. En effet, Lelouch relève un trame narrative très simple par d’étonnants flash-backs et rêves, tout à fait réalistes et posés sur le même plan. Mais la magie, elle, opère à travers les personnages, écrits avec infiniment de tendresse, fiers, vulnérable amoureux et humains. Des personnages filmés avec amour en gros plans, qui ne cachent rien de leurs faiblesses, de leurs rides et de l’âge qui va. Jean Dujardin et Elsa Zylberstein incarnent merveilleusement cet homme et cette femme que Lelouch ne cesse de mettre en scène. Bercé par une mélodie belle et lancinante, ce « Un + Une » qui réinventent à chaque fois le monde et transportent parfois des parenthèses qui ne devraient aller nulle part vers des sommets d’humanité. Dès lors, que l’Inde ne soit qu’un prétexte et que l’acmé du vaudeville sonne faux compte peu : imbibée de musique, bercée par les sourires gênés et heureux des deux comédiens principaux en transfert, la beauté opère. Et l’on ressort du film empli de tendresse, de gratitude et d’envie de faire comme le héros principal en aimant l’amour.

https://www.youtube.com/watch?v=M7yH7RIf-Xg

Un + Une, de Claude Lelouch, avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christophe Lambert, Alice Pol, Rahul Vohra, Shriya Pilgaonkar, Abhishek Krishnan, Venantino Venantini, Laurent Couson, France, 1h53, Les films 13. Sortie le 9 décembre 2015.
visuel : photo officielle du film.

[Festival d’Automne] Les aveuglements d’Alessandro Sciarroni
Un café en Une du New Yorker pour rendre hommage à Paris
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *