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[Critique] Je m’appelle Bagdad, un hymne à la sororité

[Critique] Je m’appelle Bagdad, un hymne à la sororité

21 septembre 2021 | PAR Julia Wahl

Je m’appelle Bagdad, de Caru Alves de Souza, sort demain en salles. Un film primé à Berlin en 2020.

Elle s’appelle Bagdad, a 17 ans et habite un quartier pauvre de Sao Paulo. Sur son temps libre, elle fait du skate avec des copains. Elle est la seule fille, mais se sent bien en sein de cette bande : sa gouaille lui permet de maintenir avec les garçons une distance salvatrice. Jusqu’à ce qu’elle soit rejointe par d’autres filles et découvre le plaisir de pouvoir communiquer sur les difficultés de la vie quotidienne.

Une histoire de bandes

Je m’appelle Bagdad, c’est d’abord une histoire de bandes : celle que forment Bagdad et ses copains du skatepark, mais aussi celle qu’elle forme avec ses sœurs et sa mère ; enfin, celle qui va se former avec les nouvelles skateuses.

Chacune de ces bandes est, à sa façon, un havre : celle des skaters un lieu où l’on est uni face aux violences policières et un monde qui exclut ; la famille est celui de la joie de vivre et des couleurs ; la bande de skateuses un espace où l’on peut échanger sur le sexisme ordinaire.

Parce que, ce que découvrira malgré elle Bagdad, c’est que partager avec des garçons sa passion du skate n’empêche absolument pas la violence des rapports de genre.

La sororité sous toutes ses formes

Cette violence des rapports de genre apparaît entre les jeunes de la bande de skaters, mais aussi dans leur rencontre avec une patrouille policière au comportement que l’on qualifiera poliment de « zélé ». Mais, toujours, ce sont les filles et les minorités sexuelles qui pâtissent le plus de cette violence : une fouille particulièrement humiliante pour Bagdad, les insultes et quolibets que les amies trans de sa mère subissent…

Aussi la sécurité apparaît-elle dans les groupes de femmes : les skateuses que Bagdad vient de rencontrer et qui l’aident à confondre un agresseur ; le clan qu’elle forme avec ses deux jeunes sœurs, l’une d’entre elles mettant précisément fin à cette agression. Ces groupes deviennent des espaces d’entraide où Bagdad éprouve le sens du mot « solidarité ».

Filmer au plus près du réel

Pour rendre compte de cette vie dans tout ce qu’elle a d’ordinaire, la réalisatrice Caru Alves de Souza a fait appel, pour partie, à des comédiens amateurs. Aussi le personnage de Bagdad est-il incarné par une joueuse de skate, Grace Orsato, qui campe avec précision cette jeune femme tour à tour grave et joyeuse.

La part accordée à l’improvisation a également permis aux acteurs et actrices de s’emparer des diverses situations. Enfin, certains plans fixes, qui évoquent pour certains des photographies, permettent aux spectateurs de se plonger totalement dans les sentiments des personnages.

Visuel : affiche du film

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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