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[Critique] « Belles Familles », un grand film romanesque en mouvement perpétuel

[Critique] « Belles Familles », un grand film romanesque en mouvement perpétuel

08 septembre 2015 | PAR Matthias Turcaud

Jérôme Varenne, qui vit à Shanghai, est de passage à Paris avec sa fiancée chinoise. Il apprend que la maison de famille d’Ambray où il a grandi est au cœur d’un conflit local. Il décide de se rendre sur place pour le résoudre. Son arrivée ne laisse personne indifférent et sa vie va elle aussi se trouver chamboulée.

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« J’ai la tête qui tourne, tout arrive en même temps, c’est incroyable » Le Maire / André Dussollier

Huitième long-métrage de Jean-Paul Rappeneau, cinéaste trop rare, qui, pour chaque réapparition, sait s’entourer excellemment tant du point de vue des acteurs que des scénaristes, Belles Familles est, disons-le tout de go, un de ces films comme on n’en fait plus beaucoup à présent, qui n’a pas peur de l’emphase ni des grands sentiments, et qui, par le nombre de ses péripéties, son souffle, l’importance qu’il accorde à sa galerie de personnages, acquiert la densité d’un roman.

Bondissant, vif, alerte, le film, imparablement rythmé, s’impose en outre comme un régal de chaque instant, qui dit aussi la course à la rapidité de notre monde actuel, globalisé, où on va de Shanghai à Londres en passant par Paris, où on se déplace sans cesse – en avion, en train, en voiture ou en scooter peu importe -, où tout le monde est connecté et où tout va si vite, phénomènes traduits par une mise en scène dont le maître mot est la mobilité. Notons que le scénario a été co-écrit par le fils de Rappeneau Julien, et le ténor de la comédie française contemporaine qu’est Philippe Le Guay à qui on doit notamment le savoureux Les femmes du sixième étage, qui se démarque également par son tempo bien senti.

Le parterre de vedettes se révèle de surcroît au diapason pour faire vivre cette histoire comme il se doit. Chacun apporte sa singularité et ses caractéristiques propres – Mathieu Amalric son mystère, Gilles Lellouche sa virilité, André Dussollier son timbre si particulier, Marine Vacth sa grâce -, mais tout en se vouant à la cause du récit et à son rythme si exigeant. Il n’est d’ailleurs pas anodin de voir figurer au casting, pour porter cette écriture nerveuse proche du vaudeville Guillaume de Tonquédec, un habitué de ce registre théâtral. On apprécie du reste le fait qu’il n’y ait pas, dans Belles Familles, de personnage purement fonctionnel, même le plus petit second rôle – Claude Perron, Jean-Marie Winling ou ledit André Dussollier – existe pleinement, grâce au casting hors-pair.

C’est enfin un film qui s’inscrit avec une cohérence parfaite dans le sillage des autres films de Jean-Paul Rappeneau, qu’on songe par exemple à l’inaltérable vitalité des Mariés de l’An II, sa virevoltante comédie sur le divorce réalisée en 1971, co-écrite avec Maurice Clavel et Claude Sautet et menée à un réjouissant train d’enfer par Jean-Paul Belmondo et Marlène Jobert. A y songer on aimerait vraiment vivre comme ça, vivre à une vitesse grand V une vie où la passion et l’amour auraient des places majuscules.

Pour résumer, c’est donc à du grand cinéma romanesque auquel nous avons affaire, du grand cinéma passionné à vocation universelle et intemporelle que nous vous conseillons très chaudement d’aller découvrir au plus vite dans les salles.

Belles Familles, une comédie dramatique de Jean-Paul Rappeneau avec Mathieu Amalric, ARP Sélection, 1h53, sortie le 14 octobre 2015. Pour voir notre rencontre avec quelques-uns des acteurs du film, voir ici.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]