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Cannes 2022 : Un « Parfum vert » d’enfance et de mystère clôture la Quinzaine des réalisateurs

Cannes 2022 : Un « Parfum vert » d’enfance et de mystère clôture la Quinzaine des réalisateurs

26 mai 2022 | PAR Yaël Hirsch

C’est Nicolas Pariser, avec le joli couple formé par Vincent Lacoste et Sandrine Kiberlain, qui clôture cette 54e édition de la Quinzaine des réalisateurs. Le Parfum vert propose un Cluedo visuel  entre théâtre et parano sur les routes d’Europe. Par-delà le jeu, beaucoup est dit sur les fantômes du passé qui remontent. 

 

Le retour de Nicolas Pariser à la Quinzaine des réalisateurs

Habité de la Quinzaine, Nicolas Pariser y avait présenté Alice et le maire en 2019. Son Parfum vert marque la clôture de cette 54e édition. Un film que le réalisateur a présenté comme un projet de longue date de faire se rencontrer Tintin (notamment les albums des années 1930 : Le Sceptre d’Ottokar (1939),  et Alfred Hitchcock, également des années 1930, en particulier Une femme disparaît (1938). Les années 1930 planent sur aujourd’hui … de quoi ouvrir tout un monde en soubassement du jeu de piste sympathique que le réalisateur nous propose au premier abord…

Panique à la Comédie Française 

En pleine représentation, place Colette, un des acteurs de la Comédie Française s’effondre. Il confie à l’oreille d’un de ses collègues, Martin (Vincent Lacoste) qu’on l’a assassiné et il ajoute « Le Parfum vert ». Comme il se doit, la troupe finit tout de même dans un bar pour boire et se soutenir, et là le mystère redouble: Martin est enlevé et atterrit dans la maison de banlieue d’un homme au mystérieux accent mitteleuropéen. Drogué, il se réveille dans un taxi devant la morgue et a noté que son ravisseur collectionnait les BD; il enquête et commence par une librairie spécialisée en BD où Claire (Sandrine Kiberlain) signe son  album. Faute de fans et attisée par le mystère, elle l’aide à mener l’enquête.

Le mystère de l’Europe verte

Avec beaucoup de tendresse pour ses personnages, Nicolas Pariser utilise aussi beaucoup de dérision pour flécher son film dans un genre et en même temps l’émanciper.  Le genre ? C’est celui du film de détective, mais qui voit large : entre James Bond, Tintin et Hitchcock ! L’intrigue est volontiers vaseuse, au passage un vrai amour du théâtre et de la troupe de théâtre point, à travers notamment l’importance du texte que l’on entend.

Mais au fur et à mesure, il devient clair(e!) que le plus important, ce n’est pas le dénouement, mais plutôt la nature des héros qui mènent l’enquête. Que ceux-ci soient juifs, ashkénazes, paranos, avec une certaine idée et un certain deuil à faire sur une Europe qu’ils traversent (Paris / Rambouillet / Bruxelles / Budapest) fait remonter bien des fantômes du passé.

Les années 1930 se rejouent au moment de la guerre pour l’information, sans aucun manichéisme (les forces de police ne sont ni pourries, ni géniales, elle font leur job comme elles peuvent). Néanmoins, on sent bien qu’il y a quelque chose de pourri dans des royaumes où l’on peut prononcer des phrases ouvertement antisémites, où les vies ne valent rien et où le pire est toujours en train de se tramer. Heureusement que les petits papiers volent comme chez la regrettée Régine et que, selon le bon adage ashkénaze : le pire n’est jamais sûr….

Le Parfum vert, de Nicolas Pariser avec Sandrine Kiberlain, Vincent Lacoste, Rüdiger Vogler, Léonie Simaga, France, 101 min, Quinzaine des réalisateurs.

 

(c) Bizibi/ Diaphana

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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