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Cannes 2020, Sélection ACID : « The last hillbilly », éclats d’un monde rocailleux en perdition

Cannes 2020, Sélection ACID : « The last hillbilly », éclats d’un monde rocailleux en perdition

28 septembre 2020 | PAR Geoffrey Nabavian

Réalisé par Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe, ce portrait de la vie dans les montagnes Appalaches, aux États-Unis, constitue une mosaïque d’instants vécus au grand air, dans une nature avec laquelle l’homme communique de moins en moins. Des moments témoins d’un monde de plus en plus déserté par sa population.

Figurant parmi les productions choisies par treize cinéastes pour composer la sélection « Cannes 2020 » de l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion), dévoilée au public en avant-première fin septembre, début octobre et début novembre dans plusieurs villes de France, The last hillbilly est un film qui prend place dans les Appalaches, aux États-Unis. Si la splendeur de ces montagnes et leur côté imposant est parfois montré, au détour de quelques plans, les deux réalisateurs français Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe préfèrent se concentrer sur les espaces dans lesquels évoluent les protagonistes qu’ils suivent, au premier rang desquels se trouve Brian, habitant de cette région, qui la voit tous les jours être un peu plus désertée. Espaces sauvages à perte de vue, jeunes qui s’en vont et ne reviendront pas… De son timbre calme bien qu’un peu résigné, diffusé en voix-off, Brian le « hillbilly » – mot traductible par « plouc des collines », et expression en vogue dans les espaces urbains au bas des Appalaches – livre ses pensées quant à son existence actuelle, dans laquelle il accueille parfois ses enfants, venus de la ville.

Balade libre en territoire plus très apprivoisé

Objet cinématographique conçu façon mosaïque d’instants et d’impressions, avec des éléments documentaires mais aussi un aspect méditatif et poétique sans aucun effet superflu, The last hillbilly cadre des fragments d’existence, dans un cadre beau mais plus très apprivoisé. On voit les êtres, de tous âges, évoluer et s’occuper au fil de cette nature luxuriante, sans avoir trop l’impression qu’eux et elle se parlent. Peu de rituels ou de traditions sont montrés, à l’écran : on a l’impression que ce lieu de vie prend désormais plus d’énergie à l’homme qu’il ne lui en apporte.

Le film dépayse un peu, mais on sent qu’il ne s’arrête pas à son sujet de départ, et aux constats qu’il paraît tirer de son étude : les cinéastes filment en plans assez brefs – parfois trop, pour certains, devant lesquels on aurait aimé être invité à rester davantage, afin de les méditer plus en nous-mêmes – et le montage, qui ne suit pas de chronologie mais n’égare pas pour autant, paraît vouloir tirer ces images vers un peu d’abstraction, afin d’ouvrir une réflexion plus large, sur la vie.

On pourrait trouver, par extension, que les protagonistes donnés à suivre à l’écran sont trop peu détaillés, trop peu rendus proches de nous et de nos émotions. C’est que le film, en fin de compte, paraît ne pas vouloir fabriquer ces dernières, ne pas vouloir sidérer via des images et situations immédiatement subjuguantes, et vouloir au contraire laisser chacun trouver ses marques, et les éléments qu’il souhaite retirer du sujet décrit. On peut le saluer pour ce parti-pris.

Distribué par New Story, The last hillbilly a sa sortie prévue dans les salles françaises le 2 décembre.

Le film est à revoir en avant-première à Paris le lundi 28 septembre à 11h (au Louxor).

Les films de la sélection « ACID Cannes 2020 » sont à voir avant leurs sorties dans les salles françaises à Paris du 25 au 29 septembre (au Louxor), à Montreuil du 30 septembre au 2 octobre (au Méliès), à Malakoff du 1er au 5 octobre (au Marcel Pagnol), à Lyon du 2 au 4 octobre (au Comoedia), à Marseille du 8 au 11 octobre (à la Baleine / au Gyptis), à Porto-Vecchio du 10 au 13 novembre (à la Cinémathèque de Corse). Puis à Belgrade, du 20 au 29 novembre, dans le cadre du Festival du Film d’auteur.

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Visuels : © New Story

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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