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Nathan Ambrosioni, réalisateur des « Drapeaux de papier » : « Pour filmer un récit très simple, il fallait rester proche »

Nathan Ambrosioni, réalisateur des « Drapeaux de papier » : « Pour filmer un récit très simple, il fallait rester proche »

19 février 2019 | PAR Yaël Hirsch

A 19 ans tout juste, Nathan Ambrosioni fait la promotion de son premier long-métrage, Les drapeaux de papiers, drame intimiste, bouleversant et maîtrisé, qui a été acclamé dans de nombreux festivals en France (Prix du Public à Premiers Plans, à Angers) et qui est sorti chez Rezo le 12 février. Rencontre avec un des réalisateurs les plus prometteurs que nous ayons interviewé.

Vous avez des frères et sœurs ?
J’ai une sœur qui s’appelle Romane qui a 24 ans (quand j’ai écrit le film, elle en avant 24, comme Charlie), qui veut devenir graphiste comme Charlie, qui galère un peu comme Charlie et qui vivait vraiment comme Charlie quand elle vivait en France. Mais elle est partie elle vit en Nouvelle Zélande maintenant. J’aime énormément ma sœur elle m’a toujours beaucoup inspiré. Comme elle a 5 ans de plus, c’est vraiment à chaque fois le modèle et j’avais vraiment envie de la retrouver dans le film.

Du point de vue du grand frère aussi un peu ?
Un peu, mais finalement dans le film c’est Charlie la grande sœur!

Dans vos courts métrages, il y avait déjà des personnages de sœurs …
C’étaient vraiment des films que l’on faisait dans le week-end avec les amis sans aucun moyen. Je disais à mes potes : « Allez venez s’il vous plait, j’ai envie de faire un truc ce week-end, on filme! » et il se trouve que ça a débouché sur des choses, alors que c’était juste un prétexte pour se voir à la base sauf pour moi qui voulait vraiment (rires) faire des films. Et il y avait déjà des sœurs, notamment dans Ce qui nous reste (2016), mais c’était un ressort horrifique intéressant : elles ont des sortes de connexions parallèles et je n’y ai pas plus pensé que cela, alors que là, Charlie veut vraiment dire beaucoup de choses pour moi.

Comment êtes-vous passé des films entres amis à un long-métrage qui cartonne dans les festivals et qui sort sur tous nos écrans?
J’avais l’impression d’avoir un peu fait le tour de ça. Et cela me frustrait de jamais avoir d’équipe parce que souvent, il y a certains courts-métrages où j’étais complètement seul derrière la caméra, et c’était le frère d’une actrice qui prenait le son, je faisais le montage, je faisait le mixage, je faisais l’étalonnage… Tout était fait maison et rien n’était pro. Quand j’ai commencé à écrire Les drapeaux de papier, j’ai vite compris que pour ce film-là, j’avais envie d’être bien entouré. J’espérais que cette fois-ci j’allais pouvoir trouver une production. Et j’ai rencontré ma productrice, on est allé ensemble chercher les financements. C’est elle qui a fait les dossiers mais après le choix n’a plus dépendu de nous. Ne plus avoir d’influence là-dessus, c’était vraiment dur… Quand on fait un film, on se dit qu’on contrôle beaucoup de choses finalement, en tout cas on en a l’impression, et au final on se rend compte qu’il y a tellement de choses qui ne dépendent pas de nous …

Quand et comment avez-vous découvert à l’écran Noémie et Guillaume ?
Noémie c’était pour A tous les vents du ciel , un petit film qu’elle avait fait, enfin petit, je veux dire beaucoup moins connu que Le ciel attendra, et elle m’a bouleversé, enfin vraiment je l’ai trouvée hypnotisante. Et Guillaume c’était quand j’avais 12 ans c’était avec Les revenants. J’adorais les trucs d’horreur et c’était particulièrement glauque Les revenants mais génial. Et je me rends compte maintenant que Guillaume a accompagné une grande part de l’imaginaire de mon adolescence parce qu’il bouffait des gens dans « Les revenants » et que moi j’adorais les personnages un peu torturés, les psychopathes …

Est-ce que vous pouvez me parler un peu du titre, Les drapeaux de papier, qui est très poétique, très littéraire ?
Ça se rapporte au seul personnage du film qui n’est pas présent dans le film : la mère . Donc plus concrètement c’est le passé des personnages, quand la mère envoyait à Charlie des lettres dans lesquelles elle mettait des drapeaux de papier… J’avais envie qu’on se souvienne d’elle à travers le titre, parce que malgré le fait qu’elle soit absente dans le film, pour moi elle a une vraie place. Comme cela, si le spectateur a envie de construire un peu la vie de Charlie et Vincent, il a peut-être des clés en se disant la mère a été là un moment et elle est là dans le titre. Elle n’est pas morte quand ils sont nés, en tout cas…

Où se déroule le tournage?
Dans le Sud de la France, Peymeinade et Nice, vraiment là où j’ai grandi. On a filmé dans l’Intermarché où je vais faire les courses depuis que je suis tout petit, dans la pépinière où j’allais tout le temps, on a filmé à la plage où j’allais me baigner, et puis la maison de Charlie est juste à côté de chez mes grands-parents. C’est vraiment le milieu social duquel je viens que je voulais filmer et du coup, il fallait rester dans ma région.

Il y a beaucoup de belles scènes extérieur, l’air libre, c’est important ?
Oui et puis le sud, je le vois comme une région d’air. Il fait pratiquement tout le temps beau et je l’associe vraiment à une certaine forme de liberté et d’autant plus maintenant que je n’y vis plus, que je vis à Paris.

Votre caméra est toujours au plus proche des deux personnages et vos images sont très colorées. Vous pouvez nous parler de votre art du portrait ?
J’ai voulu faire un film sur des personnages, sur Charlie et Vincent, sur un frère et une sœur, et  nécessitait d’être proche d’eux tout le temps. Dans l’écriture, j’inscrivais rarement le décor. Mais les couleurs, c’était déjà là. Pour écrire une scène, j’avais vraiment besoin de savoir à quel moment de la journée elle se passait : « les derniers rayons du soleil entrent par la fenêtre » ou « c’est tout orange », « on ne voit que la moitié de leurs visages ». Ça commençait souvent par des phrases comme ça. C’était essentiel pour moi, pour visualiser chaque scène. Nan Goldin, est une photographe que j’ai découverte à ce moment là et qui m’a énormément accompagné. Elle fait beaucoup de portraits, et j’aime  son idée de pouvoir dire que c’est une personne qui définit un décor, plutôt que le contraire. La plupart des scènes d’ailleurs du film ne commencent pas par un plan large mais par un portrait.  On ne sait pas où d’abord ça se passe, et puis ça s’éloigne au fur et à mesure.

Dès les premiers jours j’ai adoré travailler avec Noémie et Guillaume, et je me suis rendu compte qu’ils avaient vraiment envie de donner beaucoup à Charlie et Vincent. Du coup, le découpage s’est énormément resserré. On disait « on reste sur eux », parce que je voulais vraiment faire un film sur les sentiments et un décor raconte quand même moins de choses q’un visage. Il y a des films que j’adore, pas du tout proche des personnages, mais là justement si vous voulez que ce soit un récit très simple, il fallait rester proche.

Le personnage de Guillaume sort de prison, mais on n’en sait pas beaucoup plus...
On voulait vraiment construire le film au présent. Quand j’ai écrit le personnage de Vincent et lu les témoignages des prisonniers, je ne voulais jamais savoir pourquoi ils étaient en prison ou ce qu’ils y avaient vécu en mais plutôt comprendre ce qu’ils étaient lorsqu’ils sortaient de prison Noémie et Guillaume aussi, ont voulu se concentrer sur leurs personnages au Finalement vous avez été vraiment aidé pour ça quand même.

Pouvez-vous parler un peu des personnages secondaires : le père, joué par Jérôme Kircher et l’apparition de Alysson Paradis…
Pour le père, le casting n’a pas été facile parce que je n’arrivait pas à mettre de visage sur le rôle. J’ai beaucoup réfléchi et c’est avec une directrice de casting, Sophie, qu’on l’a trouvé. Jérôme jouait aussi dans Les Revenants, j’ai toujours aimé ce comédien et j’ai été très touché qu’il accepte ce rôle pas facile : il vient pour une journée de tournage où il se fait tabasser et il repart. Et il a été formidable : on regardait tous la scène derrière la caméra, et on avait envie de lui mettre une claque, et c’est une bonne chose pour ce rôle qui venait d’un témoignage…Quant à Alysson, je l’adore, elle a une lumière très forte et ça se voit dans le film : à peine elle arrive et elle illumine l’écran. Le personnage n’est pas facile et elle apporte une vraie couleur.

Qu’est-ce qui vous a plu le plus sur le tournage ?
Ce qui me plait le plus déjà c’est que c’est génial de tourner le film. J’ai appris de tout le monde et tout le monde était là pour faire le même film. Mais je pense que ce qui m’a plu le plus, c’est de travailler avec Noémie et Guillaume parce que on savait tous derrière la caméra que le film tournait autour d’eux. Vraiment, travailler avec eux, sur le plateau, les regarder, être impressionné par ce qu’ils faisaient, travailler les scènes ensemble et se dire « ça y est, Charlie et Vincent ils ressemblent à ça ». J’étais trop fier!

Avez-vous déjà commencé à écrire le film suivant ?
Oui et l’on arrive à la fin. J’écris avec Audrey Diwan, qui est formidable et j’ai de la chance parce que j’ai l’impression d’être entouré de personnes que j’admire et qui ont accepté de travailler avec moi.

visuels : photos officielles (c) Rezo Films. 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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