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Les Arcs Film Festival a commencé son hors-piste ce week-end

Les Arcs Film Festival a commencé son hors-piste ce week-end

15 décembre 2020 | PAR Yaël Hirsch

Rendez-vous au sommet du cinéma européen et mondial, les Arcs Film Festival s’est entièrement réinventé en ligne et espérait pouvoir le faire dans des salles, à Bourg-Saint-Maurice et partout en France. Il s’est ouvert en streaming ce week-end avec beaucoup de bonne humeur, des jurés, des invités, des sponsors qui jouent le jeu et un premier film français tourné aux Arcs, Slalom

C’est donc ce samedi 12 décembre que s’est ouverte l’édition 2020 des Arcs Films Festival, avec une vidéo d’ouverture conviviale de 20 minutes ouverte à tous, accessible sur Facebook et depuis le site de son Hors-Piste. Menée par Claude Duty, le Président de l’association Révélations Culturelles, la cérémonie s’est déroulée dans une ambiance chalet de bois où organisateurs,  jurés (dont la Présidente du Jury long métrages, Zabou Breitman) et professionnels se sont relayés pour nous présenter la compétition européenne, le sommet pro, la section déplacer des montagnes, ses workshops d’aide à l’écriture de scénario, son Prix Cinéma et Engagement Environnemental, ses invités d’honneur Eric Toledano & Olivier Nakache ainsi que Jérémie Renier. En tout, même si les 150 salles partenaires ne sont plus en mesure de diffuser les films, le hors-piste digital propose jusqu’au 26 décembre en ligne, 30 courts, 40 longs européens dont toute la compétition, des master classes et des débats…

À savoir : pour mieux suivre le rythme du Festival et connaître les moments importants, la page Facebook du Festival est une mine d’or qui livre les master classes, films en compétition et avant-premières du jour. 

Dès ce week-end, nous avons donc pu voir « Hors Piste », le film d’inauguration ainsi qu’une série des films en neige tout à fait profonde et délicieuse. 

Slalom, de Charlène Favier

C’est Slalom de Charlène Favier, premier long-métrage tourné aux Arcs avec dans le rôle principal Noée Abita, révélée par Ava de Léa Mysius et également jurée de la compétition de courts-métrages aux Arcs. Elle y incarne une jeune femme de 15 ans qui a pour vocation de devenir championne de ski, sous la férule d’une entraîneur exigeant interprété par Jérémie Renier. Le film pointe vers un sujet très sensible et dont on parle enfin : l’abus de jeunes femmes dans les milieux les plus exigeants du sport. Et malgré ses belles images et le jeu impeccable de Jérémie Renier, alors que tout est réuni pour que le film soit sensible et puisse éveiller les consciences, on a l’impression que la caméra veut tout le temps « faire du beau » avec tout : avec la neige, avec les clairs-obscurs, les néons de la station hors saison; et surtout avec Noée Abita en sous-vêtements de sport bien plus souvent qu’en combinaison de ski ou en jogging. Le spectateur a lui-même l’impression d’être un ou une voyeur/voyeuse dégueulasse, sans que cela fasse réfléchir plus avant. A force de slalomer sur les courbes en devenir de son héroïne, le film perd son objectif, ce qui, sur un sujet pareil, est tout simplement intolérable, même pour un premier film.

Cigare au miel, de Kamir Aïnouz 

Parlons de la deuxième déception de ce premier week-end (mais telle est la règle en festival) : il s’agit aussi d’un premier film et d’une éducation sentimentale, ce qui crève le coeur : en compétition aux Arcs après avoir ouvert les Venice Days, Cigare au miel de Kamir Aïnouz avec la brillante Zoé Adjani-Vallat en héroïne berbère libre des années 1990 commence fort sur une rêverie érotique punchy. Mais le film s’essouffle vite en Neuilly-sa-mère version algérienne où Amira Casar est assez terne en mère possessive et où la question politique et identitaire de l’Algérie pèse très lourd. Des fulgurances mais trop souvent, une caméra qui tremble sans nous séduire par ce mouvement et ses propos politiques qui se veulent très entiers. Dommage!

Charlatan, d’Agnieszka Holland

Place à deux joyaux vus ou découverts grâce à ce festival résolument européen, tous deux visibles dans la section « Playtime ». Charlatan / Le Procès de l’herboriste, le nouveau film de la European Film Academy, Agnieszka Holland, nous plonge dans le procès et la vie en flash-back du guérisseur tchèque Jan Mikolášek. Après avoir sauvé la jambe de sa soeur, celui qui n’a jamais fait médecine mais a cultivé son don auprès d’une vieille dame pieuse a passé sa vie à soigner les gens. Tous les gens, pauvres, riches, nazis ou potentats du régime communiste. Mais le succès, l’argent, et le changement d’ère le poussent vers un procès retentissant au verdict couru d’avance, et qu’il endure avec son assistant Frantisek. Avec une rigueur sublime, Agnieszka Holland tient son sujet dans un cadre toujours très travaillé : le passé est magnifié en couleurs, le présent est sombre même avant la geôle, et les complexités du personnage apparaissent peu à peu sans qu’on puisse décider s’il est ange ou démon. Simplement sa trajectoire est admirable et en dit long sur l’époque qu’il traverse. Dans le rôle principal Ivan Trojan est juste bluffant, son fils Josef, incarne le guérisseur quand il est jeune, tandis que la chanson à la lune de Rusalka de Janacek devient la petite musique d’une vie dédiée au soin par les plantes. Un film exigeant et magnifique.

Non Odiare, de Mauro Mancini 

Enfin, premier film sur un sujet délicat Non Odiare / Thou Shall not hate de Mauro Mancini suit un chirurgien juif italien opérant dans la région de Trieste (et interprété avec retenue et génie par Alessandro Gassman, le fils de Vittorio). Un jour d’aviron solitaire, il est témoin d’un accident de voiture. Venant en aide au blessé, il découvre tatoué sur son cou une immense croix gammée. Alors que son père qui vient de mourir a lui-même été déporté, le chirurgien appelle les urgences mais ne sauve pas l’accidenté néo-nazi. Pris de remords, il se rapproche quelque temps après de ses trois enfants et notamment de sa fille aînée… Image glacée, jeu toujours mesuré, paysages frioulans à tomber, le film démarre vite et juste pour creuser ensuite avec rigueur et délicatesse un paradoxe psychologique très fort. Chapeau bas pour ce premier film au sujet dru.

Voici pour une première moisson de films aux Arcs, rendez-vous plus tard cette semaine pour plus de hors-piste, sans remontées mais avec tant de plaisir !

Visuel : Zabout Breitman, Présidente du Jury pendant la cérémonie d’ouverture (capture d’écran)

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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