Théâtre
« Un garçon d’Italie » : Victoire du Bois, Yuming Hey et Mathieu Touzé revisitent le roman de Philippe Besson

« Un garçon d’Italie » : Victoire du Bois, Yuming Hey et Mathieu Touzé revisitent le roman de Philippe Besson

15 décembre 2020 | PAR Yaël Hirsch

Mis en scène par Mathieu Touzé, Un garçon d’Italie devait jouer du 1ier au 12 décembre au Théâtre 14, puis la pièce avait l’espoir de jouer mi décembre. Elle sera en tournée en mars, puis en mai à Paris. Entretemps, Victoire du Bois, Yuming Hey et Mathieu Touzé ont joué pour un public professionnel le 11 décembre, lendemain de la fin de l’espoir de fêtes où l’on rendrait son caractère essentiel au spectacle vivant. Une performance sensible et qu’on a hâte de vous envoyer voir, en 2021. 

Pluviôse irritée de décembre, gueule de bois d’après les annonces gouvernementales, ce vendredi 11 novembre, nous sommes peu mais si heureux d’être là au Théâtre 14. Dès mes premiers néons élégants qui laissent apparaitre les silhouette du trio sur scène, tout est publié et nous voici à Florence. L’adaptation du roman de Philippe Besson par Mathieu Touzé est très respectueuse d’un texte sensible et très littéraire. Un garçon d’Italie a été publié en 2003 chez Julliard et le roman éclate le triangle amoureux. Un matin, on retrouve le corps de Luca (Mathieu Touzé élégamment sanglé dans  son costume) dans l’Arno. Suicide? Meurtre? Même sa voix off qui nous parle de ses derniers instants est incapable de nous renseigner. Le matin de son enterrement, il y a les deux personnes qui comptent le plus dans sa vie : sa compagne, bourgeoise comme lui, fidèle, évanescente, Anna (Victoire du Bois) et l’amant, Léo (Yuming Hey), 22 ans, prostitué à la gare de Florence et avec qui il connaît une passion inavouable (Yuming Hey). Les trois voix se lèvent, celles des amoureux, celle du défunt pour faire le portrait en pointillé de ce « garçon d’Italie » qui a eu la chance d’être follement aimé et qui n’est plus. 

Comme des ombres, les trois comédiens se touchent à peine. Le bal des fantômes est propice à la distanciation sociale et c’est beau. C’est minimaliste comme dans les années 2000. Le son claque et il y a des chants aussi comme dans le film que Alain Resnais n’aurait pas pu tourner à partir du livre ou celui que Christophe Honoré n’a pas osé réaliser,  la photo sombre et le stroboscope en plus. Le texte est plein de déliés, omniprésent, compact, comme un buisson qui cacherait qui est vraiment le personnage qui fuit de toute sa silhouette élégante. Il y a quelque chose de bouleversant dans cette grâce de ce qui n’est plus. La rage de Léo est à peine dénudée, l’uniforme d’Ana c’est le trench et la danse de Luca sur  » Ti amo » est un enchantement. Une fresque qui semble remonter à la nuit des temps et qui nous rappelle que oui, en Italie, comme ailleurs, les garçons se cachent dans des doubles vies trépidantes et fascinantes. Une performance acclamée par les journalistes et les producteurs et qui devrait commencer sa tournée en mars. 

 

Un garçon d’Italie, de  Philippe Besson, mise en scène : Mathieu Touzé avec Victoire du Bois, Yuming Hey et Mathieu Touzé, 1h30. Informations sur le site du Théâtre 14.

visuel : (c) Christophe Raynaud De Lage

 

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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