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« Le fils d’un roi » de Cheyenne Carron: la valeur de la transmission

« Le fils d’un roi » de Cheyenne Carron: la valeur de la transmission

26 février 2020 | PAR Olivia Leboyer

D’un film à l’autre, Cheyenne Carron filme le besoin de sens, de spirituel, chez de jeunes femmes ou de jeunes hommes. Sobre et percutant, « Le fils d’un roi » pose également des questions sur l’enseignement de l’histoire.

Fils d’une mère ouvrière et d’un père brocanteur, le jeune Kevin subit de plein fouet l’injustice sociale. Victime d’un accident d’usine, sa mère gît, dans le coma. L’assurance s’ingénie à dédouaner l’usine, et les collègues de travail, de peur de perdre leur travail, n’osent pas témoigner.

A 17 ans, avec un quotidien aussi lourd, Kevin doit rêver d’autre chose. Tout en douceur, il découvre l’Histoire de France et ses grandes figures. A la faveur d’un exposé, en binôme avec un camarade marocain, Elias, il se penche sur les acquis de la Révolution française et, nécessairement, sur la période qui l’a précédée. L’Ancien régime, avec la figure du roi, incarnation de la nation, symbole de l’unité du royaume. Les deux garçons s’intéressent aux avancées sociales de cette époque, peignant des rois qui ont éprouvé le souci de leur peuple.

En classe, ce parti-pris dérange et le professeur d’histoire rejette leur travail, classé hors-sujet. Cheyenne-Marie Carron excelle à filmer les scènes quotidiennes, simples et justes : elle fait sentir la difficulté du prof à tenir son cours, à ne pas dévier de sa ligne. Comment enseigner l’histoire ? La présentation de certaines périodes, à l’école, est évidemment trop souvent caricaturale. Et, dans un lycée de banlieue, entrer dans la complexité des choses est perçu comme dangereux. Evoquer le roi comme une figure bienfaitrice, n’est-ce pas un risque pour de jeunes esprits inflammables ? à l’heure où l’on traque les germes de radicalisation, les professeurs sont d’autant plus prudents.

Seulement, c’est d’autre chose qu’il s’agit. Kevin et Elias n’ont rien de jeunes radicalisés. Leur vision de l’histoire possède une forme de pureté : dans les symboles, ils trouvent une beauté, un éclat, qui recèle une part de vérité. Ce double corps du roi, physique et mystique, les fascine, non par sa puissance guerrière, mais surtout par son rayonnement. Entre Kevin, qui voit le roi un peu comme une figure christique, et Elias, qui lui parle de la monarchie au Maroc, les discussions sont longues, patientes. Entre eux, la parole circule bien. Mais quel dialogue possible avec leurs enseignants ? Avec leurs parents ?

Cheyenne-Marie Carron capte avec sensibilité les rapports entre Kevin et son père, que la douleur paraît d’abord éloigner. Face à un fort sentiment d’injustice, le jeune homme se tourne avec élan vers un idéal de grandeur et de beauté, qui l’aide à avancer. Le film ne donne aucune leçon, mais montre à quel point la transmission, dans nos sociétés, demeure essentielle.

Le fils d’un roi, de Cheyenne-Marie Carron, avec Arnaud Jouan. Sortie le 26 février 2020.

Visuels: affiche et bande-annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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