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Claudia Andujar à la Fondation Cartier, quand l’art devient lutte

Claudia Andujar à la Fondation Cartier, quand l’art devient lutte

27 février 2020 | PAR Lou Baudillon

La Fondation Cartier pour l’Art Contemporain présente jusqu’au 10 mai une retrospective consacrée à la photographe et activiste brésilienne Claudia Andujar dont le travail fut en lien étroit avec le peuple amérindien Yanomami, manifestant pour la visibilité de leur culture et la défense de leurs droits. 

 

Rendre visible l’invisible 

D’origine Suisse, Claudia Andujar commence sa carrière d’artiste au Brésil où sa famille, rescapée de la Shoah, s’est installée. Lui permettant de se familiariser avec son nouvel environnement, la photographie devint rapidement son support de prédilection. Son travail prend alors une direction photo-journalistique profondément sociale, axée sur les populations marginalisées. C’est sa rencontre avec le peuple Yanomami lors d’un reportage en 1971 qui fit naître chez elle une véritable destinée. Au cours de ces  visites suivantes, elle lie avec les Yanomami une relation profonde qui empreinte sa photographie de leur culture, leur spiritualité et leur lutte pour survivre. En effet, le Brésil des années 1970 s’engageant dans un programme d’exploitation massif du territoire forestier constitue une menace à la fois environnementale, sanitaire et sociale pour les populations autochtones. Cette pénétration brutale, Claudia Andujar va désormais la dénoncer par des images prises lors de ses séjours dans la communauté Yanomami. À travers celles-ci, elle tend à offrir par un regard qui lui est propre, une visibilité sur les Yanomami. Grâce à une bourse de la Fondation Guggenheim, elle découvre et se familiarise avec la vie quotidienne Yanomami pour appréhender peu à peu ce nouvel univers. Ses photographies changent alors : elles prennent leur temps ou se teintent, arborent des flous et des surimpressions, se munissent de noirs profonds où les contorsions de la lumière font figure d’irruptions mystiques. Prises dans l’intimité de ce peuple, ces images se chargent d’une force tranquille et de spiritualité, à l’instar de celles de la cérémonie chamanique Reahu où la photographe rend compte des mouvements, des danses et des transes qu’elle observe par des procédés visuels innovants. Ceux-ci même puisent dans une quête de connexion et de sensation par l’esthétique, ils s’efforcent, par le médium de l’appareil photo,  de rendre visible ce qui ne l’est pas.  

Quand art et lutte ne font qu’un

« Dans cette immensité qu’est la forêt amazonienne, ce petit monde était le mien et le restera toujours. Je suis liée aux Indiens, à la terre, à la lutte première ». Nourrie d’un profond attachement aux Yanomami, Claudia Andujar décide de mettre sa carrière de photographe de coté en 1977 pour se consacrer absolument à la cause Yanomami. Expulsée de leur territoire par le gouvernement brésilien, elle s’engage alors contre la violation et l’exploitation de ce qu’on appelle le « continent vert inhabité ». Colonisation agricole et exploitation minière sont désormais perpétuelles. Une intrusion violente dans le territoire Yanomami qui, non seulement nie leur existence, mais apporte aussi maladies et chamboulements sociaux. Une seconde partie de l’exposition fait le lien entre la pratique photographique de Claudia Andujar et son activisme politique. À travers une nouvelle sélection de clichés, on entrevoit la misère provoquée par l’intrusion dans la forêt amazonienne. Terres envahies, déforestation qui perturbe le territoire Yanomami et leurs déplacements, mendicité et prostitution, maladies mortelles provenants de l’extérieur ou encore génocides sont autant de problèmes montrés à travers ces images saisissantes. On trouve notamment une série de portrait d’un noir et blanc délicat qui traduit l’individualité intime de modèles Yanomami. À travers leurs regards, c’est toute une identité que l’on perçoit. Une identité menacée. Chose que rend également compte un projet graphique initié par la photographe dans lequel on demande aux Yanomami de dessiner leur propre vision du monde. Des oeuvres où les mythes et la vie quotidienne, le passé et le présent, les vivants et les morts se mêlent. Ce qui résonne subtilement avec les photographies où les corps et les regards s’entrelacent et se marient à la nature immense, omniprésente. Un cri pour la reconnaissance et le droit à exister, dont l’écho résonne d’autant plus dans le Brésil actuel. 

 

 

Visuels : ©Fondation Cartier Pour l’Art Contemporain ©L.B

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