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« Le corps sauvage » Cheyenne-Marie Carron filme l’ensauvagement

« Le corps sauvage » Cheyenne-Marie Carron filme l’ensauvagement

11 mars 2019 | PAR Olivia Leboyer

Cheyenne-Marie Carron filme, depuis vingt ans déjà, la quête d’identité et le besoin de racines. Dans Le Corps Sauvage, Diane, vingt-cinq ans, est venue vivre dans un petit village auprès de son grand-père, qui l’a initiée à la chasse.

Le premier plan du film s’étire, poétique : comme hors du temps, Diane se recueille dans une église. Lui apparaît soudain un grand cerf, qui lui apporte un apaisement. Force vive, cette Diane chasseresse (Nina Klinkhamer, visage sculpté et regard clair) suit son instinct, en forêt. La jeune femme n’ignore pas les débats éthiques sur la chasse. Tuer un animal constitue, pour elle, un acte pur, une confrontation avec la nature, dans un corps à corps essentiel. Un faisan, un cerf, le gibier est ensuite partagé entre amis, au sein de la communauté villageoise.

Il y a quelque chose d’utopique dans ce mode de vie. Une forme de convivialisme, loin des supermarchés, de la société marchande. L’un des amis de Diane, jeune artiste, formule le rêve d’une Europe des poètes, des philosophes, de ceux qui ont contribué à relier les hommes à plus grand qu’eux. C’est ce que recherche Diane dans ses chasses : se sentir à l’unisson d’un grand tout qui la dépasse. Entre deux garçons, un ami d’enfance charmant et doux (François Pouron, que Cheyenne-Marie Carron a déjà filmé plusieurs fois) et un jeune Allemand, loup solitaire et ténébreux (François Goeske), Diane, là aussi, suit sa nature. Le film s’achève sur un cycle de vie, et sur la belle idée de la transmission entre les vivants et les morts, qui continuent à vivre ensemble.

L’auteur de Walden ou la vie dans les bois (1854), Henry David Thoreau a écrit : « Les pêcheurs, chasseurs, bûcherons et autres personnes passant leur vie dans les champs et les bois, et qui en un sens font eux-mêmes partie de la Nature, sont souvent d’humeur plus favorable pour l’observer dans les intervalles ménagés par leurs occupations, que les philosophes ou même les poètesn qui l’abordent en attendant beaucoup d’elle. Elle n’a pas peur de se montrer à eux. » (Walden)

Le corps sauvage, de Cheyenne-Marie Carron, France, 1h43, avec Nina Klinhamer, Franços Pouron, François Goeske, Christian de Beringhen, Diane Boucaï. Sortie le 20 mars 2019.

visuels: affiche, photo et bande annonce du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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