Cinema
« Le soleil reviendra », la patience amoureuse par Cheyenne-Marie Carron

« Le soleil reviendra », la patience amoureuse par Cheyenne-Marie Carron

01 novembre 2020 | PAR Olivia Leboyer

Depuis une vingtaine d’années, les films de Cheyenne-Marie Carron interrogent, inquiets et vibrants, les quêtes d’identité de jeunes gens marqués par les fractures de notre pays. Le soleil reviendra est une histoire d’amour et de patience, au temps de la guerre et de l’attente en pré-commande en dvd sur le site de Cheyenne-Marie Caron. 

Emma, 27 ans (Florence Eugène), est montée sur Paris pour suivre son fiancé, Laurent (François Pourron, déjà dans La chute des hommes, Les morsures des dieux et Le corps sauvage de Cheyenne-Marie Carron). Mais la jeune femme, enceinte de 7 mois, emménage seule : Laurent est soldat, en mission en Afghanistan.

Cheyenne-Marie Carron filme avec superbe cette attente pleine de ferveur, mais aussi de fatigue et de peur. Emma dort près de son téléphone, toujours sur le qui-vive. Rapidement, elle entre dans un cercle avec les autres femmes de militaires. Une véritable sororité se noue. En particulier avec Oksana, dont le mari est tombé au Mali, à 23 ans à peine. Elle n’a pas eu le temps de connaître la routine, ou le désamour. Pour Oksana, son amour demeure inaltérable, beau à jamais. Alors, 5 ans après, elle n’a pas refait sa vie, préférant cultiver le souvenir de ce jeune homme plein d’idéal qui l’a aimée et qu’elle a aimé. Dans le groupe, d’autres jeunes femmes s’accommodent différemment de la situation. L’une avoue tromper de temps à autres son mari, pour échapper à cet ennui pesant, à ce temps arrêté de l’attente angoissée. Elle n’a ni honte ni regret, c’est la vie, une manière de faire avec. Pour une autre jeune femme, il n’est pas question d’être infidèle, car elle ne supporterait pas la réciproque. L’attente décuple le désir et le bonheur des retrouvailles.

 

Devant toutes ces confidences, Emma écoute, bienveillante et ouverte. Pour sa part, elle n’a aucun doute sur son amour, son compagnon est hors du commun, puisqu’il vit pour quelque chose qui le dépasse. Mais le quotidien est lourd, souvent triste. « Vous avez le droit de vous amuser, d’être heureuse », lui conseille un voisin, médecin, tombé sous son charme. Pour Emma, séparer le temps en deux blocs n’est pas possible, son horizon est fait d’attente et d’espoir. Si au moins Laurent pouvait revenir pour le jour de l’accouchement…

 

Tout en douceur, très simplement, Cheyenne-Marie Carron capte les moments suspendus de cette communauté de femmes et d’hommes – car il y a aussi des maris de femmes militaires – pris dans leur héroïsme du quotidien, où la peur, omniprésente, reste muette. Le film est un bel hommage à ces familles – conjoints, mais aussi enfants, parents, frères et sœurs – de militaires, qui vivent dans l’attente d’un être aimé et admiré, comme entre parenthèses. Il y a beaucoup de grâce dans les échanges tissés entre ces solitudes apprivoisées, que les personnes extérieures au monde militaire ne saisissent pas toujours.

Le soleil reviendra, de Cheyenne-Marie Carron, France, 1h45, avec Florence Eugène, François Pourron, Sabrina Verrier, Helycie Arcade, Morgane Housset, Duncan Talhouet, www.cheyennecarron.com

visuel : affiche du film

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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