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« La beauté du monde » de Cheyenne Carron, le chemin d’un légionnaire en syndrome post-traumatique

« La beauté du monde » de Cheyenne Carron, le chemin d’un légionnaire en syndrome post-traumatique

08 décembre 2021 | PAR Olivia Leboyer

Cheyenne Carron a filmé l’armée sous plusieurs angles : le djihad (La chute des hommes, 2015), la vocation militaire chez un jeune homme en quête de modèle héroïque (Jeunesse aux cœurs ardents, 2017), la patience amoureuse des femmes de soldats (Le soleil reviendra, 2020). Ici, le sujet est intime, douloureux : le retour d’opex, avec un syndrome post-traumatique.

Le film s’ouvre sur une belle jeune femme, presque nue, qui prépare le petit-déjeuner au lit pour son mari. Mais le charmant enchaînement se rompt, lorsqu’il la repousse, excédé. Roman (François Pouron, pour la cinquième fois devant la caméra de Cheyenne Carron) ne sait plus, n’arrive plus à mener une vie normale. De retour du Mali depuis 3 semaines, il ne trouve pas le repos, les cauchemars, les bruits, le hantent. Les maux de tête l’empêchent de parler calmement à sa famille, à ses amis, de jouer avec son jeune fils. Impuissant, il s’emporte à tout moment et n’est plus présent aux autres.

Sa femme, Clara (lumineuse Fanny Ami), ne sait plus comment l’aider. Elle ne le reconnaît plus, a l’impression qu’il ne la supporte plus et ne sait pas comment aborder la question sans le blesser.

Pour filmer le syndrome post-traumatique, Cheyenne Carron n’use d’aucun effet, pas de flash-back, juste quelques notes de piano tristes, avec parfois un léger bruit de mitraille en fond sonore. Enfermé dans son crâne malade, Roman fuit, erre, dans des étendues blanches, en proie à ses démons. Dans une belle scène, un grand cerf, réel ou fantasmé, le regarde fixement.

Toujours sur le fil, le regard de la cinéaste épouse les souffrances avec pudeur, mais sans détourner les yeux. « La société, globalement, nous comprend, mais individuellement, ce n’est pas le cas » dit un soldat à Roman, à l’hôpital. Car, pour se faire aider, le jeune légionnaire s’est tourné, naturellement, vers ses frères, qui sont passés par là. Confier ses terreurs, sa culpabilité, sa honte est complexe pour des hommes, et des femmes, habitués à encaisser. Cheyenne Carron filme, avec toute la durée et l’attention nécessaires, une ronde de paroles enfin libérées, dans l’hôpital militaire chargé de ces âmes tourmentées. Les patients filmés racontent leur propre expérience.

La dernière partie du film ouvre sur l’espace, encore fragile, de la reconstruction. La solidarité, la confiance entre frères d’armes rendent cet horizon possible.

La beauté du monde, de Cheyenne Carron, France, 1h59, avec François Pouron, Fanny Ami, Maël Castro di Gregorio, Jackee Toto, Johnny Amaro, Jean-Michel Houssin, Stana Roumillac, Sophie Millon, Médecin Colonel Lavenir. Sortie le 8 décembre 2021.

visuels: affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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