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« Isola », une fable poétique pour revaloriser l’actualité

« Isola », une fable poétique pour revaloriser l’actualité

01 décembre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Avec son deuxième long-métrage, la réalisatrice Fabianny Deschamps signe une fable douce-amère d’une très grande beauté et remporte haut la main le pari de rendre leur puissance aux images d’actualité vues maintes et maintes fois. Un petit bijou débordant de poésie et d’intelligence.

[rating=4]

« Isola » signifie « île » en italien, mais renvoie également à l’idée de solitude. Et c’est bien de solitude – mais pas que – dont parle le deuxième long métrage de la cinéaste Fabianny Deschamps: celle des migrants en général et de Dai en particulier, jeune chinoise enceinte échouée comme par magie sur une île perdue entre l’Afrique et l’Europe. Cette île, jamais nommée, se fait tour à tour refuge et prison pour des centaines de réfugiés en quête d’une vie meilleure, sorte de tour de Babel moderne où les langages fusent et se croisent sans se comprendre et au milieu desquels la jeune Dai erre tel un fantôme, espérant vainement se faire entendre.

Après New Territories, son premier long métrage, Fabianny Deschamps a choisi de s’attaquer à l’actualité. Mais là où la réalisatrice aurait pu se laisser tenter par la simplicité d’une réalisation jonglant entre fiction et documentaire, elle propose à la place d’observer l’un à travers l’autre: dans Isola, la réalité est filmée à travers les yeux d’une femme qui en est complètement déconnectée. Un coup de génie, qui fait passer Isola du simple film cherchant à montrer et à dénoncer à une œuvre artistiquement riche, une fable douce-amère regorgeant de poésie et d’intelligence. Face à la violence de sa situation, Dai s’est réinventée – et a réinventé le monde autour d’elle -, laissant son imaginaire prendre le dessus, flottant au dessus de la réalité sans jamais vraiment y pénétrer. Repliée dans une grotte, elle est une sorte de Pénélope moderne qui prie jour et nuit la mer et les vents pour le retour de son « mari-marin » et père de son enfant. ll n’est permis aux spectateurs de ne voir le monde alentour qu’à travers ces yeux incapables de le comprendre. Si bien que lorsque la caméra se pose fixement sur des éléments du réel (des ballons gonflés à l’hélium, des gens se prélassant sur la plage) c’est eux qui semblent venir d’un monde de science fiction, objets étranges apparaissant devant nos yeux avec brutalité.

Si le scénario penche vers le poétique, la caméra se fait dure, ouvrant et fermant le film sur la même image de solitude, filmant sans cesse la mer, cette ancienne source de vie qui ne fait à présent que rejeter les morts et les désespérés. Fabianny Deschamps filme l’actualité sans jolis effets d’atténuation, à l’image de ces magnifiques et bouleversantes séquences de débarquements capturées sous de faux laissez-passer presse. Un à un, les visages des réfugiés, photographiés et répertoriés, viennent s’ajouter à celui de Dai dans la longue liste de ces fantômes humains coincés dans un entre-deux, entre réalité et l’irréalité de ceux dont on préfère ne pas entendre parler.

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Sarah Reiffers

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