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Francesco Giai Via : « Le rôle d’Annecy cinéma italien (ACI) pour le cinéma italien en France est fondamental »

Francesco Giai Via : « Le rôle d’Annecy cinéma italien (ACI) pour le cinéma italien en France est fondamental »

17 septembre 2020 | PAR Yaël Hirsch

DU 21 au 27 septembre, comme chaque année Bonlieu Scène nationale, présentera à Annecy une sélection de films inédits avec une édition de Annecy Cinéma Italien hybride. Il y aura une offre cinématographique en salle, à laquelle viennent s’ajouter d’autres projections gratuites en streaming accessibles en France et en Suisse. Interview du directeur d’un festival crucial pour le rayonnement du cinéma italien, Francesco Giai Via.

Quand avez-vous décidé de passer en forme hybride entre projections physiques à Annecy et projections numériques via le site ?
Depuis le début du confinement, en accord avec Bonlieu Scène nationale Annecy, nous avons décidé de ne pas annuler le festival. L’élément central était de nous équiper, dès le début, d’une plate-forme en ligne qui permettrait d’accéder aux films, même dans les conditions sanitaires les plus difficiles. Le rôle d’Annecy cinéma italien (ACI) pour le cinéma italien en France est fondamental, encore plus dans une année aussi complexe, et nous avons décidé d’utiliser tous les outils en notre possession pour rendre ACI possible, bien que sous une forme nouvelle et inhabituelle. Je pense aussi que la plateforme de streaming disponible dans toute la France et la Suisse représente une opportunité pour les films et le festival d’élargir leur public.

Le récent passage au rouge de la France pour la Suisse risque-t-il de modifier encore la tenue du festival?
Croisons les doigts. La situation est difficile et c’est aussi pour cette raison que nous avons décidé de ne pas prévoir la présence d’invités au festival. ACI se déroule dans une atmosphère unique, liée à la présence de nombreux talents. Les craintes étaient trop nombreuses pour permettre au festival d’avoir lieu dans cette atmosphère habituelle de détente et de relaxation, à laquelle sont attachés de nombreux réalisateurs, acteurs et producteurs.

Y aura-t-il des rencontres sur place ? et sur ACI numérique ?
Il n’y aura donc pas d’invités à Annecy mais chaque film (en ligne et en salle) sera précédé d’une vidéo d’introduction. Pour de véritables rencontres, le rendez-vous est reporté à l’année prochaine et la liste des invités impatients de fêter avec nous le retour à la normalité est déjà très longue.

Comment avez vous choisi les films de la compétition alors que tous les festivals ont été gelés, de Berlin à l’été ? Avez- vous finalisé des choses à la Mostra ou est-ce bien trop tard?
La saison des festivals a été interrompue, c’est vrai, mais depuis IDFA 2019, puis avec la Berlinale, Rotterdam etc… la présence de films italiens significatifs est très forte. Nous avons certainement bénéficié de Venise et du travail exceptionnel réalisé par la Biennale avec laquelle j’ai l’honneur de collaborer, et qui nous a permis de sélectionner certains des meilleurs films du festival que nous serons les premiers à présenter en France une semaine après la fin de la Mostra. Je voudrais également dire que, dans une année aussi difficile, nous avons atteint l’objectif 50/50 2020, avec 4 réalisateurs et 4 réalisatrices composant les 8 films de la compétition, avec des titres choisis (je tiens à le souligner) pour leurs seuls mérites artistiques.

Parlez nous des cycles sur l’Italie et le cinéma italien d’aujourd’hui, « Italiana Brava Gente » et « Viaggio in Italia » ?
« Viaggio in Italia » est la section consacrée aux focus. Cette année, nous célébrons avec la collaboration de la Cinémathèque suisse, le dixième anniversaire de la mort de Corso Salani, un grand ami et cinéaste presque totalement inconnu en France. Nous aurons également en « Viaggio » les derniers films de deux grands réalisateurs du nouveau cinéma expérimental italien, Fabrizio Ferraro et Luca Ferri.
« Italiani Brava Gente » est la section consacrée à l’actualité et cette année nous ne pouvions pas ne pas parler de l’école et de la crise économique, avec deux films centrés sur l’Italie mais qui dialoguent aussi profondément avec la société française.

Pourquoi et comment une section « ACI Giovani »?
Le jeune public est un pilier du festival: il m’a semblé important de leur consacrer une sélection. Je pense qu’ils pourraient être les destinataires privilégiés de nombreux films de notre programme.

Et comment les hommages à Fellini, Sordi mais aussi Corso Salani sont-il amenés aux plus jeunes ?
Corso Salani est malheureusement très peu connu, même dans notre pays, bien que ses films, avec leur mélange de fiction, d’autofiction et de documentaire, soient absolument modernes et potentiellement très inspirants. Le discours est différent pour Sordi et Fellini, deux géants absolus. Avec Sordi, en particulier, je me suis amusé à choisir un film peut-être moins connu comme L’argent de la vieille, film auquel je suis attaché depuis l’enfance et que je trouve un chef d’œuvre absolu de notre cinéma.

Question difficile :  Quelle avant-première devons nous attendre avec le plus d’impatience ?
Étant donné les conditions dans lesquelles nous nous trouvons, je dirais que l’ensemble du festival en général, le fait même qu’il ait lieu et que le public puisse y participer, constitue pour nous – et je crois aussi pour le public- , un motif d’immense joie et d’excitation. J’ajoute que, si la pandémie a apporté de nombreuses limites, elle nous a permis de faire voyager nos films des rives du lac d’Annecy jusque dans toute la France grâce à notre plateforme en ligne. J’invite donc le public à découvrir notre programmation éclectique et variée. Je suis convaincu que chacun pourra trouver un film à aimer et à garder en mémoire parmi les beaux et agréables souvenirs de cette période complexe et, je l’espère, unique.

visuels : Affiche A4 ACI 2020©Emiliano Ponzi / Portrait : Francesco Giai Via©Paolo Tangari

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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