Théâtre
L’envie d’avant, saine envie pour bâtir la vie d’après

L’envie d’avant, saine envie pour bâtir la vie d’après

17 septembre 2020 | PAR Maëlle Polsinelli

Au théâtre Montmartre Galabru, la metteuse en scène Elsa Grousseau nous plonge au cœur de la terrible épreuve que connaissent quatre amis, dont deux frères et sœur, qui leur fait regretter leur vie d’avant.

Face à cette épreuve, chacun réagit très différemment et leurs traits de caractère explosent sur une toile qui s’étire en fresque que nous contemplons durant une heure trente. Qui a raison ? Qui a tort ? Le cartésien, pragmatique et froid, au discours politique conservateur, refusant de se complaire dans de grandes réflexions métaphysiques sur la douleur et lui préférant une folle envie d’après, magnifiquement incarné par Paul Barki (Simon) ? Ou bien est-ce la sensibilité de Garance (Pauline Maisonneuve), son amoureuse, qui aime vivre sur la pointe des pieds, prendre de la hauteur sur le réel parfois écrasant, dansant à défaut de courir ? « Je ne pourrais croire qu’à un Dieu qui saurait danser » disait Zarathoustra (Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche). Nous aussi, en voyant Garance danser face à Simon, impassible, nous pensons que la vie est incolore et sans saveur si elle ne peut pas être mise en musique, si elle n’a pas vocation à être composée, enjolivée, pour accoucher d’une partition harmonieuse. Mais l’obstination du jeune Simon est déroutante : peu importe qu’un Dieu danse, peu importe qu’il y ait un Dieu d’ailleurs, ce qui compte c’est ce qui se déroule sous nos yeux, le présent créateur qui n’a de temps à consacrer au deuil de la seconde déjà morte.

Danser pour avancer 

Dans ce pas de deux, les frères et sœur ont eux aussi leur chorégraphie et sont bien plus que de simples spectateurs de la crise qui se dévoile. Zélie (Eleonore Seguin), dont les combats sont en phase avec ce que notre époque appelle parfois « la bien-pensance » et que l’on peut se risquer à nommer de « bons sentiments » – elle est végan, « féministe hystérique » – crie son incapacité à faire tomber la carapace dont elle se pare pensant se protéger de la comédie humaine, mais qui l’empêche de s’ouvrir au monde. Sans doute trop maternée par son frère, Samuel (Arnaud Fiore), ces derniers disent leur impuissance et leur silence face à Simon à qui ils doivent beaucoup : un toît, une vie « après » l’épreuve, et sans embûches. Pourtant, si leur vie se poursuit, l’envie d’avant est toujours aussi forte car la vie d’après n’est pas la leur, celle qu’ils ont choisie, mais bien celle qu’ils subissent. Ces trois souffrances en pagaille, très justement interprétées, nous font entendre que l’envie d’avant – qui plus est d’avant le drame – ne se maîtrise pas. Réduite au silence, elle redouble son écho. Alors, l’on comprend avec eux que c’est plutôt la vie qui triomphe lorsque l’envie s’exprime, et nous craignons, comme Zarathoustra, « le temps (qui) viendra où l’homme deviendra incapable d’enfanter une étoile dansante. Hélas ! ce qui vient, c’est l’époque de l’homme méprisable entre tous, qui ne saura même plus se mépriser lui-même ».

Dans un décor minimaliste, les jeux d’éclairages sont très maîtrisés et nous disent, métaphoriquement, que la lumière n’est rien sans ombre. Le présent et l’absent s’étreignent et se confondent intelligemment, comme nous le rappelle la présence quasi fantômatique mais non moins essentielle du comédien Bastien Anfosso, à la fois memento mori et souvenir coupable du drame.

L’envie d’avant : les lundis à 19h30 du 14 septembre 2020 au 14 décembre 2020 au Théâtre Montmartre Galabru

http://theatregalabru.com/lenvie-davant/

Crédit visuel : © Logo

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Maëlle Polsinelli

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