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Festival du film israélien : « Big Bad Wolfes » en clôture

Festival du film israélien : « Big Bad Wolfes » en clôture

09 avril 2014 | PAR Yaël Hirsch

La cérémonie de clôture du 14ème Festival du film israélien a eu lieu ce mardi 8 avril, avec la projection d’un film très attendu: Big Bad Wolves de Aharon Keshales et Navot Papushado qui est attendu en France pour le 2 juillet. En effet, la réputation sulfureuse du film est faite, depuis que Quentin Tarantinto, qui l’a vu en tant que juré au Festival du film de Busan, l’a anobli « Meilleur film de l’année ».

Dans une cérémonie de clôture chaleureuse et courte, Charles Zrihen a remis le prix du public et avec Hélène Schoumann, ils ont remercié l’équipe des organisateurs du festival, avant de présenter Aharon Keshales et Navot Papushado. Très heureux d’être à Paris et de s’exprimer en hébreu devant un public qui attendait cela d’eux (au contraire d’autres festivals moins anglés sur Israël), les réalisateurs ont remercié le Festival d’offrir une vraie lune de miel à l’un d’entre eux, tout juste marié.

[rating=4]

Les grands méchants loups sont ensuite entrés en piste. Film de genre assumé, Big Bad Wolves donne le ton dès le générique qui met en scène sur un mode très léché et très kitsch la disparition d’une petite fille de dix ans. Elle est retrouvée violée, torturée et sans sa tête, ligotée à une chaise. Avant elle d’autres petites filles ont été tuées. Persuadé que l’assassin est un prof de religion discret (Rotem Keinan), un flic un peu idiot (Lior Ashkenazi, excellent!) tente de lui faire avouer par la force sa culpabilité. Mais il se fait doubler par le père de la dernière victime (Tzahi Grad) qui séquestre les deux hommes pour une séance de torture dans une cave épouvantable afin de savoir où est passée la tête de sa petite-fille.

Maîtrisant parfaitement chaque plan, dans une esthétique qui semble en effet citer Kill Bill à chaque étape, Aharon Keshales et Navot Papushado proposent un véritable film de genre. Oscillant entre série B et thriller, ils cherchent à proposer une oeuvre décalée où l’on rit au pire de l’horreur. Tout repose sur une série de sketchs où, par exemple, la mère du bourreau téléphone et l’invective en vieille dame juive alors qu’il s’apprête à briser un autre doigt à sa victime. C’est visuellement très bien, et on fond pour le jeu des comédiens. Et cela pourrait aussi être une bonne nouvelle, de savoir qu’Israël se permet de faire dans le film de genre et de quitter, à temps, les sujets sociaux et politiques graves.

Sauf que d’une part, les deux réalisateurs ne vont pas tout à fait assez loin dans leur délire. Tout est bien, mais studieux. L’atmosphère est là, mais même Mocky ou Chabrol ont su faire plus glauque. Le caractère décalé de monstres sans psychologie est aussi un peu tiède. Et si la musique est bien utilisée, c’est toujours avec application et l’on ne peut pas ne pas penser au Wrong cops de Quentin Dupieux, dernier film marquant sur de la cruauté et de l’hémoglobine gratuites et pseudo-drôles, où l’ « oizo » rare a fait de la musique un pivot de décalage.

D’autre part, si l’idée d’un film de genre détaché des contingences éthiques et politiques en Israël est excellente, le projet n’est pas tout à fait bien mené. Le ton potache utilisé dès que les personnages disent « les arabes », la charge maouse contre les flics israéliens et l’arabe-israélien qui surgit tel un prince ténébreux sur son cheval sont d’une lourdeur qui dépasse l’insouciance. Malaise dans la légèreté ! L’erreur semble de croire qu’il suffit d’être israélien et mettre en scène des types abjects et sans considération d’humanité, pour être créatif autour d’une sorte de tabou. Il faut soit creuser les psychologies de ces brutes, soit aller encore plus loin dans la radicalité du propos et arrêter de flirter avec l’idée que les grands méchants loups ont, eux aussi, une conscience.

Visuellement génial, Big Bad Wolfes est en fait loin d’être le meilleur film de l’année et reste un pastiche/hommage à Tarantino.

Big Bad Wolfes, de Aharon Keshales & Navot Papushado, avec Lior Ashkenazi, Tzahi Grad, Rotem

visuels : affiche (c) metropolitan films / image issue de la page facebook du film.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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