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[Critique] « Loin de la foule déchaînée » de Thomas Vintenberg. Mélo victorien trop classique avec Matthias Schoenaerts et Carey Mulligan

[Critique] « Loin de la foule déchaînée » de Thomas Vintenberg. Mélo victorien trop classique avec Matthias Schoenaerts et Carey Mulligan

06 juin 2015 | PAR Gilles Herail

Le nouveau film de Thomas Vintenberg détonne dans la carrière du cinéaste danois. Malgré sa belle photo et son ambition féministe, Far from the madding crowd échoue à transcender le genre poussiéreux du mélo victorien, malgré la puissance d’interprétation de Carey Mulligan et Matthias Schoenaerts.

[rating=2]

Synopsis : dans la campagne anglaise de l’époque victorienne, une jeune héritière, Bathsheba Everdeene doit diriger la ferme léguée par son oncle. Femme belle et libre, elle veut s’assumer seule et sans mari, ce qui n’est pas au goût de tous à commencer par ses ouvriers. Bathsheba ne se mariera qu’une fois amoureuse. Qu’à cela ne tienne, elle se fait courtiser par trois hommes, le berger Gabriel Oake, le riche voisin Mr Boldwood et le Sergent Troy.

On connaissait Thomas Vintenberg pour son cinéma aride, voire franchement glauque, de Festen à La Chasse. Loin de la foule déchaînée marque une volonté claire de changer de style en s’aventurant sur les terres du drame romantique victorien. En adaptant un ouvrage de Thomas Hardy dessinant le portrait d’une femme indépendante, éprise de liberté. Le premier tiers du film est prometteur, impressionnant par la beauté de ses plans et par un ton résolument moderne. En suivant un retournement de situation et ses conséquences sur la relation entre les deux personnages principaux. La chute d’un homme humilié devenant redevable de la femme qui l’a refusé en mariage. L’inversement de la hiérarchie sociale entre un homme devenu du jour au lendemain sans le sou et une femme grimpant les échelons grâce à un héritage inattendu. Loin de la foule déchaînée suit le parcours de cette héroïne devant s’imposer dans un monde d’hommes pour diriger la ferme dont elle a la charge. La figure féministe est parfaitement incarnée par l’étonnante Carey Mulligan et on se dit que Thomas Vintenberg a réussi à apporter un peu de fraicheur dans le cadre poussiéreux du drame victorien.

Une fraîcheur que le film perd au fur et à mesure d’un script qui délaisse la tension sociale pour se focaliser sur les amourettes de Madame. L’héroïne qui refusait de perdre son indépendance et cherchait à prouver sa légitimité sans les hommes devient amoureuse transie immature. Se marie avec le premier soldat ténébreux venu. Fait mariner le voisin d’âge mur et de fortune conséquente qui en est tombé amoureux. Et ignore le bon gars qui se sacrifie pour protéger sa princesse inaccessible. Le film est bien évidemment moins caricatural que ce résumé succinct mais le spectateur est frustré par la tournure des événements et l’évolution d’un personnage féminin prometteur. Les amateurs de triangle et de rectangle amoureux apprécieront sans doute mais les autres trouveront le temps bien long. Thomas Vintenberg trouve l’émotion en recentrant le film, l’espace de quelques instants, sur les deux acteurs principaux et leur relation. Marquée par la frustration, les rapports de domination mais aussi le sentiment d’attachement et de responsabilité mutuelle. Quelques scènes captent des regards et une énergie étrange qui donnent au film un peu de saveur. Trop peu pour nous embarquer.

Gilles Hérail

Loin de la foule déchainée, un film de Thomas Vintenberg avec Carey Mulligan et Matthias Schoenaerts, durée 1H59, sortie le 3 juin 2015

Bande-annonce et visuels officiels

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Gilles Herail

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