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Cannes 2018,  jour 2 : familles malheureuses, Scorsese pour ouvrir la Quinzaine, amours lesbiennes et VR

Cannes 2018, jour 2 : familles malheureuses, Scorsese pour ouvrir la Quinzaine, amours lesbiennes et VR

09 mai 2018 | PAR La Rédaction

Première journée de Compétition riche sur la Croisette, qui nous a emmenés au cœur des couples et des familles, aussi bien en Hongrie qu’en Chine, en Égypte, ou aux États-Unis.

À 8 heures 30, les festivaliers matinaux ont pu voir en avant-première le premier long-métrage de Paul Dano, qui faisait l’ouverture de la Semaine de la Critique : Wildlife. L’acteur de Noah Baumbach et de Jim Jarmusch signe, aux confins du Canada, une tragédie familiale très aboutie. De facture classique, avec un goût prononcé pour la mise en scène belle et flamboyante, le film émeut et donne beaucoup de champs d’expression aux trois extraordinaires acteurs, Carey Mulligan étant simplement époustouflante. Un très joli premier long-métrage et un film parfait question quotas jeunes talents / grandes stars pour l’ouverture de la Semaine. Pour lire notre critique de Wildlife, cliquez ici.

A 10h, on a choisi de se frotter, en ce début de manifestation, à l’un des événements de Cannes 2018 : Les Âmes mortes. Ce nouveau documentaire signé Wang Bing (A l’Ouest des rails, A la folie) affiche une durée record : 8h16. On n’a pas pu le vivre dans sa totalité, hélas : trop long pour la temporalité de Cannes. Mais ce qu’on en a vu nous a laissés transportés : en filmant et en interrogeant des survivants de la répression anti-droite menée sous l’égide de Mao Zedong dans les années 50 en Chine, Wang Bing déploie de fabuleux procédés ultraminimaux, et des trésors d’humanité triste. Magnifique. Pour lire notre critique des Âmes mortes, cliquez ici.

De 10 heures 00 à 16 heures 30, la Semaine du cinéma positif s’est installée sur la nouvelle plage du CNC pour parler des femmes dans l’industrie du cinéma, de leur place et de leur représentation à l’écran, à travers de toutes premières tables rondes. Avec des invités majoritairement féminins, ce sont des constats, des expériences et des exemples de propositions concrètes pour lutter contre le sexisme et pour la parité dans le septième art, qui ont défilé, afin de préparer le terrain des générations futures pour un monde plus égal.

A 14 heures, justement, un film très attendu de l’édition 2018 a fait sa première projection, au sein de la section Un certain regard : il s’agissait de Rafiki, histoire d’amour entre deux jeunes filles au Kenya. Une oeuvre dont la réalisatrice, Wanuri Kahiu, est désormais très mal regardée par le pouvoir en place, dans son pays natal, où son film ne passera jamais, ni dans les cinémas ni ailleurs. Un film marquant par son économie de moyens, sa peinture sociale et politique en arrière-plan, et sa maîtrise technique qui en appelle au tragique. Pour lire notre critique de Rafiki, cliquez ici.

A 14h30, l’attention cannoise était rivée vers la Quinzaine des Réalisateurs qui fêtait ses 50 ans avec la venue très spéciale de Martin Scorsese. La foule s’était massée pour assister à la projection de Mean Streets, l’un des premiers grands succès du réalisateurs américains. S’en est suivie une discussion avec Bonello, Klapisch, Audiard, Zlotowski.

A 16h, la section Un certain regard s’est ouverte. Un Thierry Frémaux plus fringant que jamais a appelé le jury de cette année à monter sur scène : le président Benicio Del Toro, accompagné par Virginie Ledoyen, Kantemir Balagov (réalisateur de Tesnota – Une vie à l’étroit), Annemarie Jacir (qui a signé Wajib, l’Invitation au mariage), et Julie Huntsinger, la directrice exécutive du Festival du Film de Telluride. En appelant Benicio Del Toro à s’exprimer, Thierry Frémaux a rappelé que le président du jury Un certain regard 2018 avait déjà été juré lors de la Compétition 2010. Et il a vanté par la même occasion « les qualités de juré, donc, mais aussi de manipulateur, de Benicio« , avec face à lui les sourires de la salle. Triomphant, le Délégué général du festival a enfin lancé que Cannes avait gagné le procès l’opposant à Paulo Branco, avec pour conséquence une projection maintenue, pour le film maudit L’Homme qui tua Don Quichotte. Après ces discours introductifs, le nouveau film de Sergei Loznitsa (Une femme douce) est venu ouvrir la section. Déroutant, et traversé par des fulgurances très marquantes, Donbass nous est apparu au final comme une réussite. Pour lire notre critique de Donbass, cliquez ici.

À 16 heures 30, retour au Miramar pour la Semaine de la Critique, afin de voir le premier long-métrage de la hongroise Zsòfia Szilàgyi, One Day (Egy Nap), inspiré d’une lettre envoyée par une de ses amies mère de famille, dans laquelle elle racontait comment s’organisait sa journée chargée. En retraçant la vie ordinaire d’Anna (merveilleusement incarnée par l’actrice Zsófia Szamosi), figure typique de ce que représente la charge mentale, la réalisatrice hongroise nous plonge dans l’état d’esprit et le mal-être de son personnage qui est trompé par son mari et qui n’est plus qu’une ombre. Un film bouleversant et extrêmement réaliste qui mérite sa place au festival. Pour lire notre critique de One Day, cliquez ici.

Une partie de l’équipe a passé l’après-midi les yeux dans la VR (Virtual Reality) et la tête dans les nuages. Au stand 14 du pôle innovation du marché du film, au NEXT, nous avons retrouvé la belle fiction en VR de Laurent Bazin, Les Falaises de V., produite par Gengis Kahn et que nous avions vue à la Gaîté lyrique. Au milieu d’une foule internationale, nous avons enfilé masque et écouteurs pour prendre la place d’un prisonnier qui commence un protocole où il échange ses yeux contre sa liberté. Fiction angoissante, poétique et sacrément « réaliste ». À retrouver cet été à Avignon.

Un peu plus tard dans les locaux cannois de DVgroup nous avons pu conduire un kart le long d’un circuit britannique à toute berzingue, dans le cadre de DV indoors, qui propose aux cinémas et autres lieux de révolutionner leur programmation de l’intérieur à l’aide d’une technique VR. Puis nous avons été invités à une expérience immersive assez impressionnante, « dans le salon de Béla Lugosi« , invités par le mythique réalisateur Ed Wood, en costume puis en perruque. Devant nos yeux ébahis, avec « The Horrifically Real Virtuality », le réalisateur tournait une scène des années 1950 avec un acteur « branché » à la VR, imitant la voix de Lugosi mais n’ayant son apparence que sur l’écran. Un tour de magie assez fou ou le célèbre interprète de vampire, mort en 1956, joue une nouvelle scène d’un nouveau film. À peine le temps de penser aux horizons qui s’ouvrent (« terminer » la filmographie de James Dean ?), qu’on assiste à deux nouvelles étapes : la possibilité pour le spectateur muni d’un casque d’entrer dans la scène juste tournée et qui se rejoue. Et enfin pour lui, d’interagir avec Béla Lugosi dans son intérieur. La vraisemblance de l’expérience et l’invraisemblable des possibilités qui s’ouvrent pour le cinéma, mais aussi pour tous les autres arts comme la musique ou le théâtre marque beaucoup, suite à cette expérience. Une aventure que nous comptons bien suivre de près.

Et puis, vers les 19h, un nouveau film de la Compétition s’est présenté à nous : Yomeddine. Cette épopée égyptienne très solaire entre un lépreux et un orphelin, tous deux peints de façon à déjouer les clichés, a constitué un moment émouvant, et une pafaite façon de finir la journée de visionnages pour certains. Pour lire notre critique de Yomeddine, cliquez ici.

À 19 heures, la terrasse Mouton Cadet ouvrait ses portes à d’élégants invités sur le toit du Palais. Ils ont pu goûter de beaux accords mets / vins de la Maison : huîtres et vin blanc, jambon bellota et vin rosé, ou fromage aux truffes avec du vin rouge. Toute La Culture et l’EICAR étaient en apesanteur dans ce petit paradis, pour interviewer le directeur général Géraud de la Noue et entendre la magnifique Keren Ann seule à la guitare dans un medley de ses chansons en anglais et en français. Silence très attentif pour l’intense chanteuse franco-israélo-néerlando-newyorkaise qui a fait retentir sa guitare dans une ambiance blues très élégante. Des riffs de guitare lancinante accompagnaient sa voix, de plus en plus blues. « Chien de garde », « Not going anywhere » ou « Jardin d’hiver » : on a retrouvé toutes nos chansons préférées de la merveilleuse polyglotte. Pour lire notre interview de Keren Ann quant à son dernier album, c’est ici.

À 19h30, la cérémonie d’ouverture de la 50ème édition de la Quinzaine des réalisateurs s’est déroulée dans l’agitation provoquée par la remise du Carrosse d’or à Martin Scorsese. Puis, Les Oiseaux de passage a été projeté, nous plongeant dans une guerre de cartels au sein des tribus colombiennes. Notre critique à lire ici.

Vers 22 heures, l’heure est arrivée de se rendre à la Welcome Party du Festival de Cannes 2018 sur la Plage du Majestic. Avec en fond sonore un live-band expert dans l’art d’enflammer la piste et de faire se mouvoir sur du funk-rock les festivaliers sortis de leurs premières projections, cette fête a constitué un délassement de choix, et de luxe. Cadre sublime de la Plage du Majestic, avec son fameux ponton parsemé de stands garnis de bonnes choses – de la charcuterie en quantité, jusqu’aux fruits frais – ou traditionnels grands socles recouverts de dizaines de petits délices, en passant par du champagne excellent, ou de la bière pour d’autres : rien n’a manqué. Le luxueux aménagement de la plage du Majestic, très agréable pour passer des soirées, et le décor aux couleurs du Festival de Cannes, nous ont aidé à nous lancer dans des échanges au sujet de nos attentes quant à cette édition 2018. Avec, pour achever de nous rafraîchir, l’air marin : celui qui aide un peu à oublier toute la fatigue de la première journée, en apportant une pointe de fraîcheur et d’exotisme dans une soirée déjà très réussie.

Certains ont pu également se diriger vers la plage de la Quinzaine, pour profiter de la fête d’ouverture de la section Quinzaine des réalisateurs. Là, c’est le sable qui est venu nous rappeler que nous embarquions pour douze jours de projections dépaysantes. Et avec lui, une musique conduite de main de maître, pleine de tubes et de grandes thématiques : un long passage rap, ainsi, aux alentours de minuit trente, suivi de tubes pop-rock anthologiques après une heure du matin. Le dancefloor, particulièrement bien occupé, est devenu pour nous un endroit pour nous ambiancer à fond. Avec en prime, la présence de Ciro Guerra et Cristina Gallego (L’Etreinte du serpent), et de l’équipe de leur film Les Oiseaux de passage (critique ici), présenté en ouverture de la section Quinzaine des réalisateurs cette année. Ainsi que la silhouette de Romain Gavras, attendu comme le loup blanc à Cannes 2018 avec Le Monde est à toi…

Au point final de cette première nuit cannoise, les hauteurs de la Villa Doumergue et l’enregistrement de l’émission de France 2 « On n’est pas Couché«  nous ont permis de danser aussi bien façon cold wave que me sirtaki. Une bien belle façon d’arriver à l’aube et au film de 8 heures 30 du lendemain…

Yaël Hirsch, Aurore Garot, Hugo Saadi, Alexis Duval, Geoffrey Nabavian

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