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[Critique] « Les chèvres de ma mère » grand film sur l’élevage, l’acceptation de la retraite et la transmission

[Critique] « Les chèvres de ma mère » grand film sur l’élevage, l’acceptation de la retraite et la transmission

20 avril 2014 | PAR Gilles Herail

Pédagogique, passionnant et émouvant, ce documentaire allie histoire familiale, vulgarisation technique et réflexion plus générale sur le passage à la retraite et la difficulté de passer la main. Un très beau film dont la maitrise étonne. A voir absolument.

[rating=5]

Synopsis officiel : Sur un plateau isolé des gorges du Verdon, Maguy fabrique depuis 40 ans du fromage de chèvres dans le respect de la nature et des animaux. Bientôt à la retraite, elle doit céder son troupeau. Elle décide alors de parrainer Anne-Sophie, une jeune agricultrice qui souhaite s’installer. Au fil des saisons, le processus de transmission s’avère être un douloureux renoncement pour l’une et un difficile apprentissage pour l’autre. Peut-on encore aujourd’hui transmettre le goût de la liberté ?

N’ayez pas peur, Les chèvres de ma mère n’est pas un film pour soixante-huitards attardés nostalgiques du Larzac et de Woodstock. Mai 68 est présent mais seulement en arrière-plan. Car cette Maggy que l’on suit tout au long du film vient bien de là, mais est devenue une vraie bergère. Une professionnelle de la production de fromage qui a maintenu ses manières de faire, artisanales en décidant finalement de passer la main. Sophie Audier a tout compris des ingrédients d’un bon documentaire. Un vrai sujet d’abord, et des personnages de cinéma. Maggy a ce charisme, ces contradictions, cette passion non feinte qui font d’elle une héroïne toute trouvée. Anne-Sophie, la jeune agricultrice qui prend la relève amène un autre enjeu : le conflit de génération et de façons de faire au sein d’un monde agricole qui a changé. Deuxième ingrédient, la transmission de connaissances techniques, le témoignage pédagogique sur une expérience peu connue du grand public. Et Les chèvres de ma mère nous apprend beaucoup. Sur l’élevage, le système de parrainage, la transmission de la terre, l’installation en tant que jeune agricultrice.

Un sujet enfin, qui dépasse son environnement immédiat, pour questionner le spectateur sur des thématiques plus larges. Acceptation du départ à la retraite, laisser ce pour quoi on a travaillé pendant 30 ans et former une repreneuse. Les chèvres de ma mère évoque tous ces questionnements essentiels où chacun pourra se reconnaître. Le film est ce voyage vers l’acceptation de la fin d’une époque pour l’une, et vers l’entrée dans le monde professionnel pour l’autre. On croit en permanence à cette histoire car la réalisatrice est aussi la fille de Maggy. Et s’immisce donc naturellement dans la proximité familiale de cette bergerie qui a bercé son enfance. La question de la transmission ne se pose pas seulement entre Maggy et la jeune agricultrice. Mais aussi pour la nouvelle génération au sein de la famille de Maggy. Restez d’ailleurs pendant le générique pour voir les essais infructueux mais vaillants du petit-fils âgé de deux ans cherchant à diriger son troupeau. Les chèvres de ma mère est d’une maîtrise technique étonnante, produit de belles images, soigne une narration extrêmement bien pensée et raconte énormément de choses en 1H30. Un véritable coup de cœur.

Gilles Hérail

Les chèvres de ma mère, un documentaire de Sophie Audier, durée 1H37, sortie le 16 avril 2014

 

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