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[Critique] « La terre et l’ombre » un film colombien sombre et magnétique, caméra d’or à Cannes

[Critique] « La terre et l’ombre » un film colombien sombre et magnétique, caméra d’or à Cannes

14 janvier 2016 | PAR Olivia Leboyer

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Cette année, la caméra d’or cannoise a distingué un film colombien sobre et très touchant sur des retrouvailles familiales autour d’un fils mourant. Une belle découverte, en salles dès le 3 février.

[rating=4]

Il est question d’une terre, quittée depuis longtemps et aujourd’hui ravagée et d’une ombre, celle de la mort qui plane. Le film s’ouvre sur le retour du père prodigue : l’homme chemine sur une route bordée d’herbes, dans un nuage de poussière noire. Alfonso avait abandonné les siens des années auparavant et, son fils tombé gravement malade, il revient.

Le vieil homme porte encore beau, tandis que son fils dans la force de l’âge dépérit sans espoir de rémission. Car, autour, les champs de canne à sucre sont noyés sous les cendres. Paysage de cauchemar, comme dans l’apocalypse. Les pistes bibliques sont esquissées, mais rien ne vient alourdir des dialogues d’une simplicité très touchante. Alfonso apprend à son petit-fils à siffler comme un oiseau, ou à tenir un cerf-volant. Entre ces deux personnes qui ne se connaissaient pas, le courant passe. Avec sa femme délaissée, Alfonso a plus de mal à communiquer. La cellule familiale, mise à mal, tente de se reconstituer. On pense un peu, par instants, au Take Shelter de Jeff Nichols.

Les scènes entre Alfonso et la « grand-mère », sa femme, nous bouleversent. Digne, fermée, la vieille femme ne peut se défendre d’aimer encore celui qui l’a quittée. Lui, de son côté, s’est arrangé une vie en ville, au loin, avec deux chiens. Entre eux, la désolation du temps qui a tout détruit, et qui va emporter leur fils unique.

Saoûl dans un café, Alfonso chante un soir une chanson colombienne, où les promesses d’amour tombent dans le cœur comme des roses : la scène est sublime. A d’autres moments, ce sont des séquences hallucinatoires qui nous font sentir cette mort à l’œuvre.

Un beau film, sombre et magnétique, qui émeut directement.

La terre et l’ombre (Caméra d’or, Festival de Cannes 2015), de Cesar Acevedo, Colombie, 1h37, avec Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa, Marleyda Soto, José Felipe Cardenas. Sortie le 3 février 2016.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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