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[Critique] « A peine j’ouvre les yeux » espoirs et frustrations de la jeunesse tunisienne

[Critique] « A peine j’ouvre les yeux » espoirs et frustrations de la jeunesse tunisienne

27 décembre 2015 | PAR Gilles Herail

Le premier film de la réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid nous replonge quelques mois avant la révolution de Jasmin, dans les espoirs et les frustrations d’une jeunesse tunisienne bâillonnée par le poids de la tradition et du régime autoritaire de Ben Ali. Un témoignage plein de vie, porté par sa bande-son envoutante et l’incroyable énergie de l’actrice Baya Medhaffar.

[rating=3]

Extrait du synopsis officiel : Tunis, été 2010, quelques mois avant la Révolution, Farah 18 ans passe son bac et sa famille l’imagine déjà médecin… mais elle ne voit pas les choses de la même manière. Elle chante au sein d¹un groupe de rock engagé. Elle vibre, s’enivre, découvre l’amour et sa ville de nuit contre la volonté d’Hayet, sa mère, qui connaît la Tunisie et ses interdits.

Le temps des Printemps Arabes semble désormais bien loin et les révolutions n’ont pas toujours accouché de l’idéal de liberté et d’émancipation qui les avait animé. A peine j’ouvre les yeux revient sur les prémices de la révolte de la jeunesse tunisienne qu’on appellera par la suite « révolution de Jasmin ». Une jeunesse éduquée, issue des classes moyennes ou supérieures, qui accepte de moins en moins la chape de plomb imposé par le régime. Symbolisée par une héroïne interprétée intensément par la jeune actrice Baya Medhaffar. Une chanteuse envoutante, une post-ado rebelle, parfois immature, toujours sincère dans ses envolées. Qui va découvrir à ses dépens que de simples chansons sur le désespoir d’une Tunisie qui se meurt peuvent être considérées comme un acte de rébellion contre l’État.

A peine j’ouvre les yeux nous raconte deux histoires en parallèle, reliées par ce même personnage féminin. Une histoire de bande de potes qui jouent et chantent, mélangeant les influences arabes traditionnelles et les sons plus rock. Sur des paroles qui expriment un ressenti amère sur la société tunisienne. Une groupe de jeunes amoureux de musique, de fête et d’insouciance qui réalisent que leur musique peut se retourner contre eux. Et vont devoir choisir entre rentrer dans le rang ou prendre des risques personnels. L’autre histoire est celle d’une relation mère-fille, d’un conflit de deux générations, d’une résignation contre une rébellion. Une mère qui aurait pu elle aussi être militante mais s’est finalement assagi pour protéger les siens. Une fille qui étouffe et ressent le besoin vital de brûler sa jeunesse à fond, quitte à se mettre en danger.

A peine j’ouvre les yeux emprunte son titre à l’une des magnifiques chansons qui ponctuent le film, hymne hypnotisant sur les blocages de la Tunisie de Ben Ali. Leyla Bouzid évoque bien en arrière-plan la place des femmes, la corruption et les inégalités qui minent le pays mais se focalise avant tout sur ce cri de frustration, de révolte et d’espoir d’une jeunesse incapable de trouver sa place. Un témoignage intense sur une cocotte-minute qui explosera quelques mois plus tard. Un très joli film.

Gilles Hérail

A peine j’ouvre les yeux, un film tunisien de Leyla Bouzid avec Baya Medhaffar, Ghalia Benali et Montassar Ayari

Visuels : ©  affiche et bande-annonce officielles du film

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Gilles Herail

2 thoughts on “[Critique] « A peine j’ouvre les yeux » espoirs et frustrations de la jeunesse tunisienne”

Commentaire(s)

  • Falbala

    Ce n’est pas son 3ème film mais son 1er. Elle a fait des courts métrages avant.

    décembre 28, 2015 at 11 h 39 min
    • Gilles Herail

      Bonjour, merci pour votre attention! J’ai corrigé cette erreur dans le texte de la critique.
      Gilles Hérail

      décembre 28, 2015 at 19 h 57 min

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