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Céline Richard : « Toute une génération de comédiens passe par le Festival Jean Carmet »

Céline Richard : « Toute une génération de comédiens passe par le Festival Jean Carmet »

09 octobre 2022 | PAR Adam Defalvard

14 actrices et 12 acteurs sont nommés pour le prix du meilleur second rôle dans la 28e édition du Festival Jean Carmet de Moulins avec un jury constitué de Jean-Charles Clichet, Tiphaine Daviot, Zacharie Chasseriaud, Galatea Bellugi et Guillaume Senez. En attendant ce rendez-vous des talents du cinéma francophone qui aura lieu du 12 au 18 octobre, Céline Richard, la programmatrice nous parle de ce festival qui a un angle bien particulier sur le 7e art.

Est-ce que vous pouvez nous parler de l’affiche de cette édition?

Depuis 4 ou 5 ans, nous avons choisi de mettre des comédiens sur l’affiche et plus simplement sur l’illustration. Depuis deux ans, nous travaillons avec le photographe Alessandro Clemenza. Il photographie et nous choisissons les comédiens. Cette année, il s’agit de Liliane Rovère et Theo Christine. Nous essayons de choisir un comédien qui représente la sélection jeunes espoirs et un comédien qui représente plus la maturité et la sélection second rôle. Là, c’est la première fois que l’on a une vraie photo avec les deux comédiens. L’année dernière, c’était un montage à cause des conditions sanitaires. Alessandro est très très fort pour les mettre en condition, tout s’est passé très naturellement. 

Vous écrivez que la programmation  “privilégie des films qui nous laissent penser par nous-même”. Pouvez-vous nous en dire plus?

Nous essayons de créer du lien entre le public et le jeune cinéma français qui peine parfois à rencontrer son audience. Les films qui laissent à penser sont des films qui ne sont pas donneurs de leçon. Et il y a beaucoup de films donneurs de leçon dans le cinéma français. Il y a des façons de l’être moins, tout en portant un message sur des valeurs à défendre.

Par exemple Le Marchand de Sable, qui est un premier long métrage, parle d’un homme qui sort de prison pendant la crise en Côte d’Ivoire et se retrouve, de fil en aiguille, marchand de sommeil. Il accueille des réfugiés de manière illégale mais le film n’est pas manichéen. Dans Saint-Omer d’Alice Diop, le personnage principal n’est pas aimable non plus mais le film est plein de force et ne nous dit jamais quoi penser. De grandes espérances est un film sur l’exercice du pouvoir que certains pourraient trouver amoral mais pas tous : cela crée des débats et des discussions entre les festivaliers.

C’est quoi un bon second rôle, comment décide-t-on ce qui est un second rôle? Pourquoi le festival rend-il hommage à Jean Carmet ?

Le festival a été fondé par un club de cinéphiles présidé par un couple d’enseignants, Jean-Jacques et Nicole Richard. Ils cherchaient une thématique pour le festival. Le comédien Jean Carmet est décédé en 1994. Paris Match avait titré “Le plus grand acteur de seconds rôles nous a quitté”. C’était intéressant de mettre en lumière ces comédiens dont on connaît le visage mais on ne sait pas comment ils s’appellent. 

Aujourd’hui, c’est un peu différent. Les comédiens de second rôle peuvent être des comédiens faisant beaucoup de théâtre ou de télévision. D’autres sont des comédiens qui ont des carrières de fou mais qui ne sont pas beaucoup médiatisés, qui ne sont pas invités sur les tapis rouges. Chaque année je m’énerve quand je regarde les sélections dans la catégorie meilleur second rôle aux César. Je rêverais d’une pré-liste pour aider à choisir pour cette catégorie. Valérie Dréville risque de ne pas être nommée pour Saint-Omer alors qu’elle le mériterait tellement. 

La particularité du festival c’est d’être tourné vers le public, de faire rencontrer un public et des oeuvres. Il faut donc une sélection de films exigeants, mais aussi divertissants. Il faut également que les comédiens de second rôle aient des partitions intéressantes à jouer. Pour choisir un film pour le festival, nous partons de l’histoire du film et comment un personnage qui n’est pas le personnage principal participe à la narration de cette histoire. J’essaie de déconstruire le scénario et d’en sortir les personnages. Nous accueillons ces comédiens, qui sont de chair, d’os et de sentiments et qui peuvent défendre leurs rôles. Certains nous disent “Ah bon, vous m’avez remarqué mais je n’ai que trois scènes.” Oui mais ce sont trois scènes qui comptent. J’essaie de ne pas faire attention aux caméos. Aussi, souvent, le premier rôle féminin est un second rôle clé dans l’histoire. Cette année, par exemple, Emmanuelle Bercot est nommée pour De Grandes espérances

Comment Repérez-vous les jeunes espoir dans les courts-métrages ? Travaillez-vous avec l’ADAMI qui aide à répertorier le talent de jeunes acteurs ? 

L’exemple parfait c’est Swann Arlaud. Il a commencé avec des courts métrages, puis il a fait des seconds rôles, puis des premiers rôles et il a eu des César. Nous l’avions reçu la première fois en 2011 pour un court métrage réalisé par Guillaume Gouix qui s’appelait Alexis Ivanovitch vous êtes mon héros. Cette année dans le jury il y a Thiphaine Daviot. Nous l’avions reçue pour un court métrage intitulé Les Bigorneaux qui a reçu le César du meilleur court-métrage. Cette année, Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi dont la directrice de casting, Marion Touitou, a choisi un groupe de jeunes comédiens inconnus du public ou presque pour former une troupe est une mine de talents. 

Pour repérer ces meilleurs espoirs nous faisons un appel à films sur la plateforme de l’agence du court métrage. Nous recevons entre 500 et 600 courts métrages que nous regardons tous. Nous sommes un comité de sélection composé des bénévoles de l’association. La première fois que nous avons vu Oulaya Amamra dans le court métrage Belle gueule, nous nous sommes appelés et nous nous sommes dits « C’est qui cette fille ? ». Son talent était tellement évident dans ce court métrage d’Emma Benestan. Cela nous est encore arrivé il y a deux ou trois ans avec la comédienne Mégan Northam dans un court métrage auto-produit. Elle n’avait pas d’agent, c’était son deuxième ou troisième court-métrage. Et maintenant Mégan joue le premier rôle dans la série Salade grecque de Cédric Klapisch tournée cet hiver. Elle jouait également dans Les passagers de la nuit de Mikhaël Hers et a également le premier rôle dans le prochain film de Jérémy Caplin. 

L’ADAMI nous aide à financer des rencontres professionnelles depuis l’année dernière. Toute une génération de comédiens passe par le Festival Jean Carmet. Et nous entendons souvent les mêmes conversations autour des agents, des directeurs de casting… que nous invitons désormais. Comme cela se passe dans une ville à taille humaine, tout le monde se parle. L’ADAMI a aussi expliqué leurs droits à ces comédiens. Et puis, au fil des années, le festival forme une grande famille où les anciens conseillent les nouveaux.  

Quels sont les moments clés du festival ? 

Le festival bat son plein pendant le week-end. C’est bouillonnant avec la présence des équipes de courts-métrages. Pour beaucoup d’invités, c’est la première fois qu’ils répondent à des questions et c’est donc très émouvant et touchant. C’est vraiment un festival sans chichi. Tout le monde se mélange. Nos festivaliers ne demandent pas de selfies, c’est très respectueux. Les invités viennent voir les films des uns et des autres. Cette année, nous avons installé un lieu convivial à l’extérieur pour que tout le monde puisse boire une bière, aussi bien les invités que les festivaliers.

visuel (c) affiche 

 

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