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« Border » : Histoire d’amour au pays des monstres

« Border » : Histoire d’amour au pays des monstres

08 janvier 2019 | PAR La Rédaction

Le long-métrage d’Ali Abassi, primé à Un Certain Regard en 2018 (lire notre article), est un conte à mi-chemin entre  les malaises de Lars Von Trier et un documentaire animalier. Mais c’est avant tout une histoire d’amour (vraiment) pas comme les autres.

Par Mélanie Tillement. 

Border, c’est la rencontre entre réalité et fantastique, entre deux êtres mal-aimés et laids à faire peur,  entre l’adaptation au monde dans lequel on vit et son rejet complet. Tina est une femme à l’allure pataude, au physique repoussant et peu amène. Elle travaille au quai de débarquement et d’embarquement des navires de croisière, surveillant que personne ne passe sa douane en possession de produits illicites. À l’aide de son odorat (ou de son sixième sens) sur-développé, elle peut sentir la peur ou la honte chez les passagers des paquebots. Ce gamin cache des bouteilles d’alcool interdites aux mineurs ? Attrapé ! Cet homme possède une carte mémoire contenant des vidéos pédophiles ? Ses collègues et elle vont tout faire pour démanteler son réseau ! Un homme qui lui ressemble étrangement, avec un air de coupable passe sous son nez ? Elle le fouille, mais le laisse partir… C’est à ce moment là que début réellement le film, avec cette attraction entre deux êtres en marge de la société en raison de leur physique hors-normes. Vore est un homme plus près de la bête que de l’humain, mais son aspect animal (il mange des petites bestioles, grogne et renifle, a un air pervers, se tient voûté et semble prêt malgré son air pataud à bondir sur une proie innocente) fascine Tina. Elle est aussi difforme de l’extérieur que lui, mais son comportement avant de le rencontrer est autre, tendu vers l’humanité. Au contact de Vore, ce qu’il y a de plus primitif chez elle se déploie : elle aboie pour faire taire les chiens de son « mari » (de façade), laisse son chez-elle être envahi par la végétation, délaisse son job et son apparence.

 

Grimés pour le film sous une épaisse couche de maquillage, les deux acteurs sont méconnaissables : vous pouvez chercher sur Internet ces comédiens aux noms de Eero Milonoff et Eva Melander (qui a pris beaucoup de poids pour le rôle, lire notre interview à Cannes), vous ne reconnaîtrez pas les personnages du film ! Le réalisateur Ali Abbasi a fait un choix des plus surprenants en les filmant de très près, en collant sa caméra à leur peau abîmée, à leurs cheveux sales, à leur nez épais et à leurs dents jaunes. Il en résulte la création d’une passerelle directe avec l’écran de la salle de cinéma, le spectateur ayant l’impression de « toucher avec les yeux » leur physique ingrat. Une ambiance proche du malaise, ancrée dans une réalité terreuse par l’omniprésence de mousse, de roche, de cascade, de gouttes de pluie, de boue qui fait de ce couple peu glamour une partie inhérente de la Nature.

 

Peu à peu, l’histoire bascule dans le conte fantastique, alors que l’on comprend que Tina et Vore ne sont pas des êtres humains -les soupçons se confirment. Un frémissement parcours la salle de cinéma : certains spectateurs sont dégoutés, d’autres sont fascinés. Pour savoir de quel camps vous faites partie, la meilleure solution reste de vous rendre au cinéma et de vous faire votre propre opinion. Ce qui est certain, c’est que ce long-métrage ne laissera personne indifférent.

 

Gräns (Border), un film d’Ali Abbasi, avec Eva Melander, Eero Milonoff, Viktor Âkerblom, présenté au festival de Cannes, dans la section « Un certain regard« . Durée : 1h48. Au cinéma le 9 janvier.

visuel : affiche

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