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Avec « Vortex », Gaspar Noé revient avec un film bouleversant sur le déclin

Avec « Vortex », Gaspar Noé revient avec un film bouleversant sur le déclin

20 avril 2022 | PAR La Rédaction

Près de deux ans après la sortie de « Lux Æterna » (2020), le réalisateur de « Irréversible » (2002) et « Climax » (2018) revient avec un bijou cinématographique, où une fois encore le temps détruit tout.

Par Samuel Fergombé

 

Pour lire notre critique du film à Cannes, c’est ici.

Une mise en scène pour souligner la distance d’un couple en fin de vie

Avec Vortex, Gaspar Noé nous plonge dans le quotidien d’un couple qui n’a plus rien d’un couple. Dans son film, le temps a détruit la sphère intime de la vie conjugale. Ainsi, la maison autrefois vivante n’est plus qu’un espace parsemé de souvenirs et un simple lieu de cohabitation entre les deux personnages centraux joués par Françoise Lebrun et Dario Argento. À cette destruction de l’espace s’ajoute la destruction des corps. Noé nous montre comment le temps affecte les corps et la mémoire. Gaspar Noé a recours au split screen, qui permet de percevoir le fossé émotionnel et sensoriel entre les deux personnages. Cet usage permet de renforcer la distance entre la maladie neurodégénérative affectant le personnage de Françoise Lebrun et la pleine conscience du personnage de Dario Argento. Mais cette distance n’est pas simplement liée à la maladie de la femme, mais aussi par le fait que l’homme est attaché à une autre femme et donc à une autre vie et à d’autres souvenirs.

 

Une lenteur assumée pour renforcer l’idée du déclin

Comme à l’accoutumée, Noé a privilégié le langage de l’image plutôt que d’insister sur les dialogues qui sont très peu présents durant les quarante premières minutes du film. Si certains spectateurs reprocheront la lenteur au démarrage, Noé use de cette lenteur pour nous montrer une vie qui n’est plus à son état d’acmé. En effet, la vie des deux personnages est déjà faite, ainsi ce qui les a autrefois caractérisés (leur couple, les métiers qu’ils ont occupés et l’enfant qu’ils ont eu) n’est plus. Avec Vortex, Noé nous montre la vie dans son état le plus brut. Cette vie c’est celle où germe les reproches, mais aussi l’espoir de parachever son existence à l’écriture d’une dernière œuvre. Cette vie c’est celle aussi des images et des émissions de radio qui renforcent l’idée d’un déclin inexorable. L’arrivée du personnage joué par Alex Lutz dans le film ne conduit pas à endiguer le déclin. Il nous montre au contraire comment, par manque de repères, la société constitue des individus dont l’existence est brisée dès l’instant où ils viennent au monde.

Néanmoins, malgré cette lenteur et ce déclin, on retrouve une tendresse que nous n’avons plus vue depuis « Love » (2015). Pour preuve, les quelques moments où les parents et le fils se réunissent. Et bien que celle-ci soit toujours marquée par le déclin de vies ou vient masquer la tromperie du mari, elle est aussi le signifiant d’une vie antérieure. Une vie qui ne sera plus jamais la même, car l’espace autour ne les reconnaît plus et ne leur porte d’ailleurs presque plus aucune attention.

Après un « Lux Æterna » (2020) un peu décevant, avec ce nouveau film, Gaspar Noé parviendra à coup sûr à toucher des spectateurs qui jusque-là ne lui étaient pas acquis. Sans pour autant délaisser la thématique de la destruction que l’on retrouve dans ses précédents films, Noé a fait avec « Vortex » un bijou cinématographique où chaque acteur accomplit son rôle à la perfection et où chaque scène permet de saisir la complexité des personnages.

affiche (c) Wild Bunch 

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