Cinema

7e jour : la TJC toujours à Cannes mais transportée dans la torpeur tropicale de Bi Dung so !

19 mai 2010 | PAR Coline Crance

Dernier jour de travail pour la Toute jeune critique. Demain ils élirons le meilleur film de la sélection de la semaine de la critique 2010 et sauront qui d’entre eux seront les heureux élus pour partir à la Berlinale 2011 ! Mais pour le moment , ils ont rédigé leur dernière critique sur le film vietnamien de Phan Dan DI. A travers le regard d’un petit garçon , il filme les relations humaines d’une famille de Hanoï en proie à leur fantasme et leur désir …

Critique de Piron Justine , Soenser Louisa et Ghristi Caroline – Lycée Carnot – Cannes

Insatisfactions

« Bi, n’aie pas peur ! ». Ce titre sonne comme un avertissement pour l’avenir d’adulte de ce petit garçon vietnamien qui nous offre tout au long du film son regard neuf sur le monde cruel.

BI, DUNG SO ! , c’est avant tout un portrait de femmes qui s’émancipent du désir des hommes. Soumises en apparence, elles représentent en réalité une force et un besoin pour des hommes faibles et égarés. Ici, le père de Bi apparaît comme un personnage émouvant et cruel, puisqu’il rejette son entourage, lui-même rejeté par l’objet de ses désirs. Le réalisateur fait apparaître un parallélisme intéressant entre les hommes et les femmes sur plusieurs générations et nous offre une vision poétique et politique de la société vietnamienne. Il défend cependant une image de ce monde assez commune et ordinaire : le spectateur se retrouve devant l’éternel motif d’une mère qui souffre en silence, dominée par un mari tyrannique et l’image du patriarche sage et respecté à la veille de sa mort. Il mélange souffrance et plaisir dans un style « sensualiste », où les corps se dénudent à mesure que les paysages s’embrasent. Ce choix esthétique laisse peu de place au dialogue. Cette œuvre est cependant riche en symboles (bulles de savon, éléments de la nature…), et le spectateur appréciera de beaux cadrages

Le scénario se centre sur les insatisfactions sexuelles des personnages. Ces problèmes sont tus, comme partout en Asie on ne parle pas ouvertement de sexualité, on ne parle presque pas. Ce mur de silence auquel le spectateur est confronté crée un choc de cultures, la nôtre étant de s’exprimer trop. Cet obstacle nous plonge donc dans l’ennui, un sentiment renforcé par la lenteur de l’action du film.

Une ombre reste pourtant au tableau, celle d’une fin trop ouverte…

Malgré une recherche esthétique et psychologique intéressante, ce film reste un portrait de plus sur la société asiatique…

Critique de Victoria DIAZ, Justine THELLIER, Marie CHARLIER Lycée Henri Martin, SAINT-QUENTIN.

N’ayez pas peur.

Le réalisateur Phan Dang Di établit son film sur des questions. Nous sortons de la salle perdus, sceptiques du message qu’il à voulu transmettre. Tant de thèmes sont abordés mais aucun n’est vraiment résolu. Nous sommes libres de choisir notre interprétation, nos réponses. Le réalisateur traite dans ce film tellement de sujets qu’il est à vrai-dire difficile d’en sortir convaincu. On reste confus sans être troublés. Il y a trop de questions posées pour qu’on puisse réellement y réfléchir. La maladie, la mort, l’adultère, l’enfance. Chaque thème pose une interrogation, ce qui nous perd totalement. On ne maîtrise pas le film, on ne l’apprécie pas. Cependant, Phan Dang Di arrive à nous imposer son atmosphère. Une lumière plutôt sombre, pesante, une chaleur étouffante et un cadre soigné. Il joue avec nos sens en passant de l’extrême chaleur à la glace. Les personnages aussi nous refroidissent par leur personnalité et leur comportement, alors que d’autres nous réchauffent le cœur. Le seul problème est qu’il ne parvient pas à nous transmettre son intention d’utiliser un scénario fragmenté et porteur de sens. Un discours un peu flou, parsemé de symboles, comme l’eau, la verdure, la température, sous toutes leurs formes. Tout cela dans une situation familiale complexe, une famille désunie, sans lien, qui se retrouve autour du grand père malade, autant dans le scénario que dans le cadre. Les personnages les plus nobles sont alors Bi, l’enfant, et son grand père.

Seul un œil averti semble être capable de déceler la réelle force du film car il engendre la réflexion, une remise en question. Ce film n’est pas à voir mais à regarder. Ce film n’est pas à regarder mais à réfléchir.

 

Critique de Simon Appert Étienne Chédeville Georges Hauchard-Heutte Lycée Pierre Corneille, Rouen

La glace brûle aussi…

De fragiles petites bulles de savon célèbrent le retour du grand-père maladif à la maison. C’est Bi qui lui envoie, et de là se crée une complicité sensiblement traduite par un jeu d’acteur très juste, entre le grand-père souffrant et son petit fils Bi, illustrant brillamment l’innocence. Non seulement la performance de jeu de l’enfant est impressionnante, mais les autres acteurs sont eux aussi poignants dans leur interprétation…

Cet enfant erre entre le monde de l’usine de glace, celui de sa tante pour laquelle il éprouve une attirance particulière, ou encore l’univers rassurant du grand-père… Les personnages sont emprisonnés au sein de ce monde ; les sur-cadrages et les décors oppressants, délabrés, enferment le spectateur dans cette ambiance étouffante. Il fait chaud, les personnages étouffent et tentent de se refroidir avec des ventilateurs présents dans tous les lieux, ou bien avec de la glace fabriquée dans une usine aux multiples tuyaux et cuves immenses… Bien que ces mondes soient différents, le lien entre tous ces univers est le sexe et le désir. Mais la tendresse et la douceur avec laquelle les cadrages sont marqués viennent contraster avec certaines scènes de sexe bestiales. C’est avec un rythme très lent et fort que le réalisateur suscite une multitude d’émotions. Il arrive à faire ressentir au spectateur l’agonie du grand-père malade en faisant précéder ces scènes de moments sensuels.

Les personnages évoluent et se retrouvent autours de la nourriture, ou encore de la glace, du feu, de la terre et de l’eau. Ces éléments présents tout au long du film ont une valeur symbolique des différents univers dont l’enfant est le lien. C’est avec une grande poésie que Phang Dang Di nous exprime ses sentiments avec cette œuvre très réussie, mais dont l’histoire devient durant le film de plus en plus floue. Nous sommes plongés dans une ambiance étouffante et glacée, créée par un contraste entre la glace et le feu, entre le grand-père et son petit fils, entre les nuages le soleil, bref, où on se sent comme des feuilles dans la glace…

Critique d’Aurore MARMIN – Laurène CAULE – Antoine CALMEL Lycée JEAN CASSAIGNE – St Pierre du Mont

Dans la moiteur des âmes

Hanoi, Vietnam. Bi, jeune garçon de 6 ans, assiste aux destins croisés de sa famille. Entre désir inavoué et passion secrète, les personnages se heurtent à leur propre souffrance et finissent par s’emmurer dans la solitude.

C’est avec une fascinante sensualité que Phan Dang Di filme la nature humaine. Tout en subtilité et finesse, son récit met en scène trois portraits de femmes et trois générations d’hommes. Leurs rapports, fondés sur la recherche d’un plaisir inaccessible, s’offrent au regard naïf et tendre de Bi, touche d’innocence au sein d’un monde d’adultes désenchantés. La douleur est là, palpable, oppressante. Elle ronge le grand-père de Bi, revenu mourir au pays après des années d’exil, empêche sa tante de faire le premier pas vers celui qui l’attire, plonge les différents protagonistes dans le mutisme… Le parfum des plantes, la saveur des plats, le silence pesant, l’érotisme des peaux moites, la paisible beauté, tout le film ramène à un cinéma de sensation plus que d’analyse, où chacun erre en quête d’un ailleurs, fait de fantasmes et d’envies.

BI, DUNG SO ! explore les corps, les livre sans pudeur, les couvre de sueur et d’envie sous-jacente pour au final atteindre les âmes. Étrangers sous un même toit, les membres de cette famille s’ignorent et évoluent en solitaire. Seul Bi fait le lien entre eux, apportant aux personnages l’insouciance et la tendresse de l’enfance qui semblent les avoir abandonnés. Comme l’indique le titre (Bi, n’aie pas peur !), le garçon ne doit pas être effrayé par les Hommes. Fil rouge de l’histoire, il la conclut par le biais d’un regard chargé d’émotion qui nous amène au terme d’un premier film très réussi.

Live report: Gaëtan Roussel
Cannes ? Berlin ? les jalousies berlinoises …?
Coline Crance

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