Arts
Nuit Blanche 2012, tout en mobilité

Nuit Blanche 2012, tout en mobilité

08 octobre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce week-end s’est tenu la onzième nuit blanche, depuis tout ce temps on l’a adorée, détestée, elle ne nous a jamais laissés indifférents. Retour sur cette dernière édition qui a fait le job.

Le projet : voir des vivants

Objectif : partiellement atteint

Qui dit nuit, surtout pour des journalistes culturels, dit nuit. C’est donc dans un vœu pieu de fuir la foule que nous commençons notre parcours à 1h du mat’.

1h- Champs Elysées

C’est au théâtre du Rond-point que le vivant pointe son nez. Dans le hall des comédiens ont pris possession de chaque recoin. Ils sont outrageusement grimés disant à qui veut bien regarder qu’ils ne sont pas de vrais psys, et pourtant, et là vient toute la force de la proposition : face aux faux analystes les « vrais » gens parlent « vraiment » comme s’ ils étaient isolés de tous.

On traîne, déjà 2h, il n’y a plus le temps d’aller à la fondation Ricard pour écouter de la poésie. Dommage, là-bas se tenait la nuit des savoirs, on a raté Poésie Plateforme.

2h15- Les Halles

On se rend aux Halles à la recherche des élèves de Jean Guillou qui devaient faire « résonner ses œuvres sur le grand orgue », mais les portes de l’église Saint Eustache restèrent désespérément fermées… On se retourne vers le monumental chantier des Halles que l’on traverse, dans un esprit fin du monde.
Etonnamment, la magie jaillit, quand en haut d’un escalier nous surplombons le chantier pour admirer les mobiles façons Calder des frères Ripoulain « Caterpillar 2012 » fait danser ses drôles extensions à la tête des grues.

On traverse la scène du théâtre de Chatelet où une horde calme rêvasse dans l’aquarium d’images de Macha Poynder et Kirk Hellie. L’environnement sonore et visuel est absolument partout.

3h- Le marais

Déjà presque 3h, vite courir pour ne pas rater la traduction en langue des signes du discours du dictateur de Chaplin dans la jolie cour du Musée d’art et d’histoire du judaïsme. La vidéo est de Jordan Wolfson. Un corps coupé ne laisse voir que les mains qui font une déclaration d’amour à l’humanité.

Tout près, et apaisé, nous filons à l’hôtel de Soubise qui abrite (ait) les Archives Nationales. Là, c’est à un spectacle archétypal de la Nuit Blanche et réjouissant que nous assistons. Dans le jardin, les parisiens bullent au milieu des bulles de savons qui s’envolent par milliers. L’espace est envahi sans  que l’espace ne soit trop petit. Pas de cohue, pas de queue. Le vrai luxe est là. Antoine et Nicolas orchestre Bubble Your Life dans un bon mix lounge plus que sympathique. Au cœur de la nuit, une jeune américaine sortie d’un roman de Kerouac hurle « This is my song, I need to dance in the bubbles », et de s’exécuter. Performance ou vrai coup de bol. L’image est là, la photo est belle. On garde.

On avance vers la Seine, sur le chemin on s’arrête à la mairie du IV où la sculpture Michel Blazy a pris possession de la salle des mariages pour y installer son étrange machine à mousse. Tel un accident de machine à laver, une autre forme de bulle, ici blanche et aérienne se déverse tout en se reformant sans jamais fuir. On a envie de toucher, on le fait.

4h – Traverser la Seine pour chercher un bateau en flammes

Avec le matin qui approche, on en oublierait presque que cette année, le thème de la nuit blanche est la Seine. Sur le fleuve pendant tout l’évènement, le groupe F proposait une œuvre pyrotechnique sur un bateau. On a scruté, on n’a pas vu.

Mais avant de traverser le pont (Marie), on s’attarde à la Cité Internationale des Art sur une installation un peu effrayante de Claude Lévêque. « Space Oddity » est un enchevêtrement de mobilier scolaire. On entend des enfants qui chantent la version française de Dona Dona, chanson écrite en 1941 en yiddish  par Aaron Zeitlin et Sholom Secunda, popularisée par Claude François. On se glace, dans ce quartier où tant d’enfants juifs ont été déportés, l’allusion est saisissante.

On s’en va, on respire. On traverse enfin la Seine pour atteindre en point final La Chambre Professionnelle des Artisans Boulangers Pâtissiers. Ils offrent le petit dej.

La pluie recommence à tomber, fine, les noceurs sont tous assis sur le rebord du Quai d’Anjou, grignotant un petit pain au lait.

Il est 5 heures, Paris s’endort sur une nuit Blanche réussie qui a permis une traversée culturelle et performative joyeuse où chacun pouvait rencontrer l’autre. On est bien loin de l’édition installée de 2011. En directeur artistique (on ose ?) Laurent Lebon a eu… tout bon !

 

Visuel : Michel Blazy, Bouquet final vu de l’exposition au Collège des Bernardins, 2012, photo
© Pauline Rymarsk. Courtesy Collège des Bernardins et Art : Concept, Paris

Et (c) ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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