Arts
« Interférences » : archive d’un entre-temps

« Interférences » : archive d’un entre-temps

27 avril 2020 | PAR Marjorie Le Meur

Depuis le début du confinement, nombreux artistes se sont investis afin de nous faire partager leurs créations. Plusieurs d’entre eux nous ont invité à participer à une oeuvre commune: une initiation permettant d’échapper à la morosité de cette période et, par la-même, d’anticiper un dé-confinement culturel. L’édition de Paul Rivet et Mathilde Morel convoque à travers leur regard, celui des autres : des prises diverses illustrant finalement une seule et même situation. Dès lors, coucher sur papier les pensées, ressentis et illustrations de cette période insolite permet d’en incarner les traces indélébiles. Un témoin plastique, archive de cet entre-temps historique.

 

 

« Alors que la crise sanitaire nous impose la réduction des contacts humains, les murs entre lesquels nous sommes enfermés se voient traversés par les ondes. Réseaux sociaux, téléphone, webcam, le virus nous réunit dans le désastre, sans pour autant mettre à mal les relations, bien au contraire. Sans vouloir en aucun cas minimiser l’impact de ce virus sur l’homme, ainsi que les actions indispensables du personnel de santé et des personnes qui continuent à travailler pour subvenir à nos besoins, la situation actuelle de confinement est aussi protectrice que créatrice. » Mathilde Morel

 

De quelles initiatives découle votre projet ?

M.M : Loin de nos proches, la recherche du contact mène à de nouvelles formes de création. En ce temps, nos activités sont perturbées, et j’ai ressenti le besoin d’être à nouveau stimulée en utilisant cette période comme un rebond pour tester de nouveaux supports.

P.R : « L’enfermement est-il vecteur de création ? »: à partir de cette interrogation et témoin par la suite d’une émulation créatrice générale, j’ai souhaité rendre compte de l’enfermement en mettant en oeuvre notre récit collectif. Face à l’ampleur des conséquences du coronavirus, j’ai pensé en esquisser les contours dans une production éditoriale afin d’en figer les traces.

Comment avez-vous envisagé ce travail ?

M.M: J’ai tout de suite été emballée par la proposition de Paul, qui a permis de créer et de réfléchir à de nouvelles relations entre texte et image. Au fil des jours, mes dessins se transforment, passant de la ville à la campagne, de la copie du réel à l’imagination de nouvelles relations jusqu’alors inconnues. Paul écrit à propos de mes dessins, je dessine sur ses textes et entrent en jeu les paysages inexplorés de nos contacts, qui sont à leur tour moteurs de fabrication.

P.R: Parmi mes pensées confuses à la fois nouvelles et singulières, j’ai d’abord décidé d’annoter les bribes de ces évocations quotidiennes. À la manière d’un cadavre exquis revisité, j’ai demandé à Mathilde de dessiner sur mes pensées tout en restant attentive à l’environnement qui l’entoure. Des mots lui permettant de produire une succession de formes nouvelles, créant un basculement entre figuration et imagination. Par la suite, nous avons inversé ce procédé. J’ai écrit à partir de ses dessins tout en conservant la relation texte/image présente dans la première partie. Afin de prolonger cette démarche, nous avons sollicité d’autres personnes pour nous faire parvenir les captures représentatives d’une vue de leur confinement.

Plus qu’un journal de bord, on devine un quotidien partagé par tous lors du confinement, était-ce là votre intention finale ?

P.R: La dernière étape énoncée avant nous a permis d’arriver à un tout mélangeant notre quotidien et celui des autres, prenant comme point d’appui les moyens que nos regards ont de s’échapper et de se projeter.

M.M: C’est aussi un moyen pour nous d’abolir un certain nombre de frontières, entre maison et jardin, appartement et rue, entre villes voire pays, tout en restant entourés de nos quatre murs. Nous proposons ici une mise en contact de 50 horizons différents, qui permet la production d’une histoire, mais qui pourrait aboutir sur des centaines d’autres.

 

Pour retrouver l’intégralité de l’édition, c’est ici. Vous pouvez également suivre les travaux de Paul Rivet et Mathilde Morel sur Instragram. 

Visuels : ©Paul Rivet et Mathilde Morel

L’agenda en ligne de la semaine du 27 avril
« Les équilibristes » de Perrine Michel en projection exclusive sur la 25e heure ce 27 avril.
Marjorie Le Meur

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