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[Live-Report] Une 48e édition inégale pour Art Basel

[Live-Report] Une 48e édition inégale pour Art Basel

14 juin 2017 | PAR Yaël Hirsch

Avec 291 galeries européennes et mondiales, Art Basel est la plus grande foire d’Art d’Europe. Honorant tous ses rendez-vous annuels, avec les deux étages des « Galleries », les grandes installations de « Unlimited », le Design Miami, les Statements d’artistes émergents, les « Parcours » dans la ville et les « Talks », la 48e édition de la foire donne à voir des pièces de musées, mais pas que. Retour sur une édition inégale de Art Basel.

Dans le grand amphithéâtre sur deux étages où se réunissent 226 galeries du monde entier, le niveau inférieur joue bien son rôle de musée vivant, porté par les galeries (entrer chez Landau est toujours une expérience esthétique bouleversante), le niveau supérieur a du mal à honorer sa vocation de mettre en avant des courants nouveaux. Si certaines galeries donnent à voir des œuvres incontournables : Emmanuel Perrotin et Simon Lee organisent une exposition commune de Pierre Hantaï, bien cachés, les précieux clichés de Robert Mapplethorpe fascinent chez Mai 36 et les sculptures de Richard Deacon sculptent l’espace. Mais les galeries exposent les artistes qu’on connaît bien et côté création, on note peu de lisibilité et peu de prise de risque.

Côté thématique, on nous dit peu de chose sur le populisme, l’Europe d’aujourd’hui, la crise des migrants. Chez Nagel Draxler, Clegg & Guttman tentent de mettre en perspective Les origines du Totalitarisme de Hannah Arendt, mais les grandes photos de famille qu’ils y accolent sont difficiles à comprendre. Chez Salon 94, la prière d’une silhouette de réfugié par Huma Bhabha sur fond rose de soleil couchant émeut profondément. Les femmes sont très présentes à cet étage qui a la modernité d’une certaine parité et qui porte un thème féministe fort. Ici, la démarche singulière et de transformation de femmes en scène vient poser des questions sur la féminité. Omniprésente avec ses courbes félines dénudées, Deana Lawson joue la pin-up pour mieux remettre en cause certains clichés orientaliste et (post ?) coloniaux. A contrario, les pâles figures de survivants de Miriam Cahn (aussi présente par une grande sculpture de troncs survivants dans le cadre du Parcours que Art Basel propose en ville) expriment une modestie et une douceur triste qui revendique par l’absence. De même, le travail subtil et délicat entre dentelle de matières et art cinétique pour petite fille, de Jorinde De Voigt se retrouve en plusieurs lieux (galeries König et David Nolan). Ayant effectué un vrai travail de fond sur l’entrée à l’Université des femmes dans le cadre des Parcours de Art Basel, « 102 cratères sur Venus », Sophie Nys marque aussi l’univers féminin des galeries les plus contemporaines de la foire. Au-delà de ces femmes fortes, les thèmes de l’année 2017 pour Art Basel sont un certain détournement de l’hygiène, avec profusion de détournements d’électroménager et, dans un genre mécanique différent, toute une série de jeux sur les instruments de musique.

Au cœur de la foire, alors que la section Statements permet à 18 galeries de mettre en avant certains artistes en solo, Feature accueille 32 galeries qui font le lien entre passé et présent. Nous avons été particulièrement marqués par la beauté et la profusion des oeuvres de Max Beckmann chez Jörg Maass Kunsthandel.

La grande déception cette année vient vraiment de Unlimited, cette partie unique de la foire, qui permet de montrer des œuvres d’immense format, en complicité avec les galeries. Existant depuis longtemps, cette section très peu marchande de Art Basel est souvent l’occasion de jouer avec le public et avec les codes. Mais cette année, à part l’installation maligne de Subodh Gupta « Cooking the world » qui nus invitait à nous mettre à table avec espièglerie, les 76 pièces de Unlimited suscitent peu de réactions : les grandes sculptures très classiques (Le Parc, Holzer…) et la profusion de vidéos (Aitken, Nauman…) sont trop statique pour répondre à la vocation joueuse et provocatrice de cette partie de la foire.

Dispersées dans la vieille ville et gardés patiemment par des médiateurs toujours prêts à renseigner les patients, les œuvres de Parcours invitent à pousser la porte des musées les moins connus, des églises et à débusquer des œuvres dans des arrière-cours. L’arbre de Ai WeiWei est juste sublime, juste devant la cathédrale, l’on est heureux de voir ou revoir des œuvres de Katinka Bock ou Berlinde de Bruyckere. Les interrogations sur l’eau et les femmes des deux installations de Sophie Nys sont intéressantes, et même un peu étrange, le projet post-totalitaire à suivre au casque audio du collectif GCC est intrigant. Surtout, comme chaque année, cette partie de la foire est ouverte à tous et met vraiment l’art à la portée de tous les bâlois qui peuvent se pencher sur les œuvres, après avoir nagé dans le Rhin par beau temps…
Côté Design, la partie « Miami » de la foire est toujours très léchée, avec un Hall impressionnant qui fait un historique des bureaux les plus achevés des Eames à Ron Arad, à l’étage, la cabane de Jean Prouvé nous accueille, les roses du Grand prix Suisse de Design, David Bielander nous enchantent, et les deux « booths » de Design escurio suprennen et séduisent dans leur mélange de rétro et de futurisme.

Enfin, aller à Art Basel, c’est aussi vivre ses off comme Liste ou YIA. Et voir de toutes grandes expositions comme Wolf Tillmans à la Fondation Beyeler, Cezanne secret, Hola Prado et Otto Freundlich au Kunstmuseum ou Wim Delvoye et Jérôme Zonder au Musée Tinguely. Ne manquez pas les expositions qui naissent autour de la Foire et s’avancent bien plus loin dans l’été que le 18 juin 2017.
Visuels : YH.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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