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[Bâle] Jérôme Zonder dessine l’antichambre du « Mengele-Totentanz » au Musée Tinguely

[Bâle] Jérôme Zonder dessine l’antichambre du « Mengele-Totentanz » au Musée Tinguely

12 juin 2017 | PAR Yaël Hirsch

Alors que la foire d’art la plus grande d’Europe, Art Basel, s’apprête à ouvrir ses portes mercredi 14 juin et que le Musée Tinguely reçoit la grande fête annuelle de la Galerie Perrotin et expose son artiste, Wim Delvoye, les bâlois peuvent déjà découvrir le travail hanté de Jérôme Zonder dans une « Dancing Room » expressionniste et hallucinée qui est l’antichambre d’une des œuvres majeures et dernières de Jean Tnguely, Mengele-Totentanz (1986). 

C’est avec des matériaux ayant appartenu à la famille industrielle du tristement célèbre « Ange noir » d’Auschwitz, Josef Mengele – qui sélectionnait des juifs à l’arrivée des trains pour pratiquer sur eux des « expérimentations médicales » – que Jean Tinguely a sculpté une oeuvre monumentale, Mengele-Totentanz (1986). Mêlant ferraille et crânes d’animaux, ce dispositif angoissant et grinçant se met en mouvement, dans une fugue de mort qui happe le visiteur en son sein. L’installation est à voir en ce moment au Musée Tinguely dans une antre noire organisée comme une chapelle de mémoire et est précédée d’une pièce aménagée par le jeune artiste français Jérôme Zonder. 

Dans de travail saisissant, l’art du dessin de Jérôme Zonder est très présent mais sur le mode compact d’une accumulation grimaçante qui confine presque à l’art de la sculpture. L’on retrouve certains de ses dessins d’enfants cruels qui interrogent la « banalité » du mal même chez les âmes supposées innocentes, ainsi que le travail sur les traces possibles de l’extermination que l’artiste avait déjà montrée avec des agrandissements de photos prises à Auschwitz même lors de sa grande exposition à  La Maison Rouge en 2015  (lire notre article). Mais sa pièce s’agrandit aussi d’autres fantômes du passé, notamment La porte de l’enfer de Rodin que Zonder traduit en triptyque de dessins puissants pour mener vers la sculpture de Tinguely, et des corps de femmes dénudés un peu mythiques qui pointent aussi bien vers « Vienne au Crépuscule »  de Klimt et Schiele que vers une certaine imagerie occidentale et chrétienne de l’enfer. Un travail protéiforme qui parvient à faire froid dans le dos et à créer une tension vers la violence mécanique du chef d’oeuvre de Tinguely.

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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