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Sisley, l’impressionniste exposé à l’hôtel de Caumont à Aix en Provence

Sisley, l’impressionniste exposé à l’hôtel de Caumont à Aix en Provence

12 juin 2017 | PAR Camille Bardin

Jusqu’au 15 octobre l’Hotel de Caumont – Centre d’art présente une retrospective exceptionnelle de l’artiste impressionniste Alfred Sisley. 

Première exposition monographique d’Alfred Sisley depuis 2002, la retrospective de l’Hôtel de Caumont – Centre d’art d’Aix-en-Provence se veut exigeante et inédite en son genre. Pour cela le commissariat de MaryAnne Stevens, spécialiste internationalement reconnue de l’artiste, s’est intéressé à des oeuvres sorties du circuit public et rentrées dans des collections privées. La moitié des tableaux présents sont donc d’une grande rareté et montrés au public pour la première fois depuis plusieurs dizaines d’années. A cela s’ajoute une réelle volonté d’écarter les oeuvres qui parmi les quelques neuf cents produites par l’artiste étaient de moins bonne qualité. C’est donc avec une vraie envie d’apporter quelque chose de nouveau que MaryAnne Stevens a pris les rênes de cette exposition.

Peintre de la lumière 

Chronologique, l’exposition Sisley l’impressionniste dévoile un artiste français né de parents anglais habité par l’amour de l’art et la nature. Deux obsessions qui le tiendront toute sa vie. C’est d’ailleurs pour celles-ci qu’Alfred Sisley, parti étudier le commerce à Londres reviendra dans les années 1860 en France, dans la foret de Fontainebleau, découvrir le « berceau » de la peinture de paysage française. A cette époque, ses compagnons de route sont autres que Renoir, Monet et Bazille. Des amis avec qui il va quitter la peinture en atelier pour composer ses toiles au bord de la Seine. Les intérêts sont communs entre ces peintres et très vite tous vont converger vers une même volonté : représenter au mieux la lumière. Les saisons, la météo, l’heure de la journée ou les surfaces sur laquelle elle se réverbère vont évidemment jouer un rôle essentiel dans leur pratique. La neige, par exemple, n’est plus aussi monochromatique. Les ombres qui la compose ne sont pas sans couleur, elles sont aussi de la lumière. Lilas, bleus et gris vont donc s’ajouter à la palette des impressionnistes. Une complexité qu’il est d’autant plus impressionnant de découvrir quand très peu des tableaux exposés sont recouverts d’une vitre comme ici, une chance exceptionnelle pour le visiteur qui ne subit aucun filtre dans sa contemplation.

Cartographies visuelles 

Presque nomade, Sisley déménage très régulièrement. Comme s’il épuisait les paysages en les peignant. Néanmoins, les rives de la Seine et autres cours d’eau franciliens renouvellent sans cesse leurs paysages ; il va donc s’atteler à construire de véritables panoramas, des cartographies visuelles. En décalant ses toiles pour changer de point de vue il va ainsi nous révéler l’intégralité de ce qui se profile devant lui. Un déplacement dans l’espace qui va souvent s’accompagner d’un changement de temporalité pour révéler une route bordée de fleurs avant de la reproduire quelques mois plus tard lorsque celle-ci est recouverte de gelée.

Dans ses peintures, rares sont les personnages. Les quelques-uns présents sont à peine visibles, discrets sous leur chapeaux ou leur ombrelle. Une référence que les impressionnistes partagent : les estampes japonaises et notamment celles d’Hokusai. Monet en collectionnait par exemple plus de 200 de ce type.

Composer avec la modernité

La nature est omniprésente dans le travail d’Alfred de Sisley. Cependant, jamais l’artiste a fait le choix de passer sous silence la période d’industrialisation que connaissait la France et le reste de l’occident. Quand il emménage à Sèvres en 1877, la ville connait une période inédite : sortent de terre de nombreuses usines. Celles-ci commencent donc à apparaître sur ses toiles, comme la fumée des bateaux à vapeurs qui traversent le fleuve parisien dans Vue des berges de la Seine à Bougival, 1876. Loin de craindre la modernité, Sisley va même s’amuser avec. Trois ans avant Caillebotte et ses tableaux du Paris Hausmannien, il va s’amuser avec la perspective qu’offre cette architecture nouvelle. Son objectif est alors ambitieux : Sisley veut faire évoluer les points de vue pour faire des toiles révolutionnaires.

Mais les temps sont durs pour les impressionnistes. Remis en question par la critique et même leur plus fervent défenseur, Emile Zola, qui s’interroge à trois reprises dans la presse en 1880 sur les capacités des peintres impressionnistes à s’adapter à leur époque. Cette véritable « crise des impressionnistes » va pousser les artistes à remettre en question leur travail. Si Monet se rapproche de plus en plus de l’esthétique des estampes japonaises, Renoir décide de revenir aux modèles de la Renaissance quand  Pissarro accompagne la création du Néo-impressionnisme. Finalement, tous vont se reculer dans un atelier. A l’inverse, Sisley va prouver sa fidélité en continuant inlassablement de peintre en plein air. Malgré ce choix, les oeuvres de Sisley se modernisent quand même. Les couleurs sont plus variées, plus contrastées, elles deviennent indépendantes dans ses compositions. Loin d’être en déclin, le peintre cherchait également de nouveaux moyens de s’exprimer, une quête qui empruntait le même chemin que celui pris plus tard par les expressionnistes.

Peindre le ciel 

La dernière salle de l’exposition ne répond pas à la chronologie du reste de l’exposition. MaryAnne Stevens a choisi d’isoler certains tableaux du parcours pour illustrer ce qui pour elle est essentiel dans l’Oeuvre de Sisley : le ciel. Il répétait « je commence chaque tableau par le ciel. » Souvent très présent dans ses peintures, le ciel occupe souvent plus de place dans ses tableaux que le reste, et même lorsque celui-ci ne semble pas essentiel, il est en fait représenté grâce à sa réverbération dans la Seine à l’instar de Bougival, 1876.

Si la scénographie de l’exposition que présente l’Hôtel de Caumont est assez classique, elle ne gâche en rien sa qualité puisqu’elle donne la possibilité de découvrir des oeuvres qui sans doute ne seront plus accessible avant un certain temps.

Visuels :

 

1. Alfred Sisley (1839-1899), Route de Louveciennes – effet de neige, 1874, huile sur toile, 65 x 92 cm, Museum Barberini, Coll. Hasslo Plattner, Potsdam © 2016 Muséum Barberini.
2. Alfred Sisley (1839-1899), Gelée blanche – Eté de la Saint-Martin, 1874, huile sur toile, 46,5 x 55,5 cm, Museum Barberini, Coll. Hasslo Plattner, Potsdam.
3. Alfred Sisley (1839-1899), Le Pont de Moret, 1888, huile sur toile, 64.8 x 91.9 cm,
Minneapolis Institute of Art, The John R. Van Derlip Fund / © Photo: Minneapolis Institute of Art
4. Alfred Sisley (1839-1899), Sous le pont de Hampton Court, 1874, huile sur toile, 50 x 76 cm
Kunstmuseum Winterthur. Don du Dr Herbert and Charlotte Wolfer-de Armas, 1973
© Schweizerisches Institut für Kunstwissenschaft, Zürich, Lutz Hartmann.

Infos pratiques

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