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Fabien Chalon machiniste de l’attention et alchimiste de l’invisible

Fabien Chalon machiniste de l’attention et alchimiste de l’invisible

02 avril 2018 | PAR Vincent Fournout
© Linda Tuloup
© Linda Tuloup

Nous avons rencontré l’artiste plasticien de renommée internationale Fabien Chalon, à l’occasion de l’ accrochage collectif de la Galerie W consacré à l’art vidéo et interactif. L’opportunité de découvrir rassemblées plusieurs de ses oeuvres des dix dernières années, des mécaniques de précision qui sortent avec rareté de son atelier parisien et demandent souvent plusieurs mois de travail.

Les installations de Fabien Chalon sont des « machines » de quelques dizaines de centimètres à plusieurs mètres d’envergure. Le protocole est fiable : en appuyant sur le bouton, la machine démarre. Comme les machines du Palais de la Découverte proposent des expériences de physique sur la gravité, le magnétisme, la lumière, Fabien Chalon propose des expériences émotionnelles sur l’amour, le désir, la mort, la vie. (Tiens, V.I.E., c’est d’ailleurs le titre de l’exposition qui l’accueille !).

La machine démarre à l’attention principale de celui qui a appuyé sur le bouton et qui acceptera de se concentrer le temps imparti. C’est facile et difficile à la fois. Ca dure deux ou trois minutes. Chaque seconde compte et l’oeuvre demande de l’attention. Comme au théâtre, on arrive à l’heure et on ne part pas avant la fin. On ne parle pas avec son voisin ou alors si on est venu à deux on se sert contre lui, saisi. Ce sera à chaque fois une représentation différente car le travail de Fabien Chalon est unique en son genre dans l’univers protéiforme de l’art vidéo : il y a bien quelques écrans, mais la matière de prédilection de Fabien Chalon c’est la fumée en vrai, l’eau en vrai, le vent en vrai, bref un mouvement à chaque fois unique porté par une bande-son envoûtante. On se projette alors sur cette scène en y apportant nos espoirs, nos ombres, nos désillusions, comme dans L’Aube des neiges (2017), poignant, à regarder quasi clandestinement derrière un rideau.

Le mot « alchimiste » surgit alors. Tel l’alchimiste qui à force de travail transmute la matière pour devenir l’or intérieur, Fabien Chalon déploie une maîtrise immense dans la scénographie de ces éléments immatériels pour les transformer en or dans le regard du visiteur. Ce spectateur unique devient la raison d’être de l’oeuvre avec laquelle il va s’unir dans un processus de transformation intérieure. Citant Matisse, Fabien Chalon note qu’il « Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir. » et rappelle ainsi le spectateur à son rôle.

Fabien Chalon travaille aussi le néon. C’est l’autre facette de son oeuvre. Dans ses installations animées, le temps se déroule, implacablement et parfois tragiquement. Avec les néons il est suspendu : comme dans le tout récent Lis tes ratures sur un matelas de pages arrachées de l’Education sentimentale de Flaubert…

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Derrière l’humour, Fabien Chalon tutoie les mythes fondateurs avec une formidable mise en abyme de l’accrochage qui place l’oeuvre face à un impressionnant Déluge de Bill Viola. On retrouvera ce souffle métaphysique dans Where does light go qui éclaire un des substrats intellectuels dans lequel puise Fabien Chalon. La physique nucléaire a en effet fait partie de son parcours dans le « musée de l’intelligence » comme il décrit joliment ses études universitaires initiales.

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Même si Fabien Chalon se concentre actuellement sur des formats intimes, il a aussi été à l’origine de l’installation monumentale Le monde en marche installée pendant des années à la Gare du Nord (et malheureusement remplacée par une nouvelle organisation du hall intégrant un restaurant chic et des boutiques). Notons en passant que cette oeuvre est désormais menacée de destruction, la SNCF voulant s’en débarrasser pour faire de la place dans l’un de ses hangars…

Que ce soit pour les oeuvres de Fabien Chalon ou les autres (Nan June Paik, Bill Viola, …) présentées à la Galerie W, nous conclurons avec l’injonction de l’artiste lui même :

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.. Pour les découvrir mais avant le 8 mai !

Du 28 mars au 8 mai, Galerie W 5 rue du Grenier-Saint-Lazare 75003 Paris

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Vincent Fournout
Digital native depuis 1970, passionné de danse contemporaine et de danses tout court.

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