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Act/ReenAct : La photographie de guerre, une œuvre d’art ?

Act/ReenAct : La photographie de guerre, une œuvre d’art ?

16 septembre 2014 | PAR Marie Crouzet

Les travaux du photoreporter français Gilles Caron porté disparu en 1970 et ceux d’Alexander Gronsky, estonien de 34 ans lauréat du prix Foam Paul Huf en 2010, sont réunis à l’occasion d’« Act/ReenAct » à la galerie Polka du 13 septembre au 29 octobre. Autour du thème de la guerre, deux visions cohabitent (parfois difficilement) et racontent deux histoires bien différentes de la violence.

Dans cette exposition, leurs démarches s’opposent clairement. Le travail de Gilles Caron propose une vision très directe sur la brutalité des conflits armés alors que celui d’Alexander Gronsky consiste à restituer avec des amateurs, des scènes de combats qu’il immortalise en photo. Entre information et esthétique, la frontière est mince. L’exposition nous plonge au cœur de cette ambiguïté et brouille volontairement les pistes.

Gilles Caron, surnommé par Henri Cartier-Bresson « le Robert Capa Français », a fait ses débuts dans l’agence Gamma. Sa très courte carrière (5 ans seulement) aura été marquée par les guerres des années 60: le Vietnam, la Guerre des Six Jours, le Biafra, le Tchad et l’Irlande du Nord. A travers son engagement humaniste, Caron a proposé une nouvelle forme de photoreportage dans laquelle il a capturé des figures alternatives aux héros de guerre : les victimes de la violence. Les prisonniers, les femmes et les enfants ont remplacé devant son objectif les soldats victorieux. Que ce soit une mère biafraise qui tient dans ses bras son enfant rachitique, un enfant soldat qui porte sur sa tête des obus ou une femme qui tente de se protéger le visage lors des affrontements de Londonderry, Caron a fait le choix de montrer au monde les destins compromis.
Dans l’exposition les enfants, les femmes et les soldats se mélangent. Ils sont tous dans une situation d’extrême fragilité et pourtant, par leurs postures, leurs attitudes, ils ressemblent à des penseurs. C’est là toute la force du travail de l’artiste : ne pas seulement restituer l’horreur de la guerre mais redonner aussi aux visages leur dignité intrinsèque.

Dans une démarche tout à fait opposée, Alexander Gronsky dans la série « Reenact » restitue la violence en photo. Il construit ses images autour des symboles de la guerre : les costumes de soldats, les armes et les ruines. Il utilise les codes de la peinture guerrière russe pour composer des triptyques photographiques. Aux cadres rapprochés de Caron, Gronsky préfère les plans larges de paysages blancs qui s’étendent à l’infini et semblent à moitié réels. On ne voit pas de visages dans ses images mais simplement des silhouettes de soldats qui se dessinent au loin. Gronsky transforme la photographie de reportage en peinture d’Histoire. A travers ses compositions, il dénonce le rapport que la société contemporaine entretient avec les conflits et leur barbarie. Cet engagement politique on le retrouve aussi dans des images plus incongrues comme celle au début de l’exposition d’une voiture flottant au milieu d’un désert de neige. Comment est-elle arrivée là ? Pour Gronsky, c’est ce qu’il reste de l’homme après le combat, la cicatrice qu’il laisse sur le territoire. Le paysage, témoin silencieux des violences, est finalement le véritable sujet au cœur du travail de l’artiste. Une vision presque onirique de la guerre, mais somme toute assez académique. Relire l’histoire est décidément un exercice périlleux.

Visuel

A la Une : ©Caron, vue de l’exposition

et ©Alexander Gronsky 

ACT&REENACT
Siege of Leningrad, Saint-Pétersbourg, 2013
24 x 90 cm, triptyque de tirages pigmentaires, édition de 9 + 1 AP
100 x 330 cm, triptyque de tirages pigmentaires, édition de 3 + 1 AP

Infos pratiques

Musée du Louvre
Cité des Sciences & de l’Industrie
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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