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Yves Saint Laurent s’infiltre aux Musées

Yves Saint Laurent s’infiltre aux Musées

29 janvier 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Yves Saint Laurent aux Musées célèbre le 60° anniversaire du premier défilé d’Yves Saint Laurent qui s’était tenu le 29 janvier 1962. Le Musée Yves Saint Laurent, qui porte l’initiative, le Centre Pompidou, le Musée d’Art Moderne, le Musée du Louvre, le Musée d’Orsay et le Musée national Picasso saisissent l’occasion pour glisser dans les collections permanentes de ces lieux des touches de chic qui montrent une nouvelle fois la passion de Saint Laurent pour l’art.

Une touche de luxe dans des collections merveilleuses

Il serait faux de voir Yves Saint Laurent aux Musées comme une seule exposition pour une seule et bonne raison : il n’y a pas de billet commun aux six lieux. Il faut donc imaginer que pour un visiteur sans tarif réduit, voir l’ensemble de l’événement coûtera 71 euros. Voyons cet hommage comme un agrément dans ses visites. N’imaginons pas que le parcours sera suivi du Musée Yves Saint Laurent, la maison mère où l’apport réside dans l’accrochage des 300 dessins, réalisés entre 62 et 2002 en vue du dernier défilé d’adieu, au Centre Pompidou, le 22 janvier 2002. 

De plus, cet ensemble ne permet pas de comprendre toute l’évolution du couturier, cela a déjà été fait lors de la rétrospective au Petit Palais en 2010 qui montrait, du trench au tailleur-pantalon, comment Saint Laurent a changé l’allure des femmes pour toujours en adaptant pour elles un vestiaire d’homme. Non, il faut vraiment voir cela comme un jeu de ping-pong délicieux entre des musées qui ont normalement des missions et des territoires différents. Via le commissariat de Madison Cox, Président de la Fondation Pierre Bergé — Yves Saint Laurent, Stephan Janson et Mouna Mekouar, Saint Laurent vient donc relier la galerie Apollon du Louvre et son débordement d’or, avec la radicalité de Ellsworth Kelly du Centre Pompidou. Il est tout juste génial de se promener dans les collections permanentes démentes, de saluer Delaunay, Van Dongen, Chagall ou Miro au passage dans notre quête de tissus époustouflants. 

Couleurs, satin, soie et velours

Les amoureux du créateur seront particulièrement éblouis par l’exposition proposée par le Musée Yves Saint Laurent, qui vaut pour elle même comme un éloge de la technique. La salle des « toiles » qui sont des pré-vêtements est éblouissante. Du croquis au défilé toutes les étapes sont montrées, mis à part les oeuvres elles-mêmes. C’est une joie de voir les Polaroïds accrochés, ils serviront à mettre le défilé en ordre de marche.

Pour les cinq autres musées, il s’agit d’une fête scénographique. Orsay s’offre un bal proustien à tomber d’inanition de beauté. Exposés face à l’horloge mythique, des smokings féminins de toutes époques et deux robes longues en satin dont une pensée pour Jane Birkin lors de l’événement donné par le baron et la baronne de Rothschild au moment du centenaire de l’écrivain, semblent s’animer et se mettre à danser.

Correspondances

Au Musée d’Art Moderne, les waouh et les envies de photos fusent. Les robes, manteaux et autres ensembles sont merveilleusement mis en valeur dans les espaces pleins de surprises du musée. Par exemple, dans La fée électricité, le tableau de Raoul Dufy, trois silhouettes colorées en soie des années 90 nous attendent, et plus loin les correspondances avec Matisse et Buren nous éblouissent. Les velours lisses au noir profond s’entrechoquent avec les soies légères. Au Musée Picasso le rappel est clair, Yves Saint Laurent nommait ses robes du nom du peintre cubiste. En haut de l’escalier nous sommes saisis par la correspondance entre les tableaux et les tenues. C’est au Centre Pompidou que l’exercice est le plus poussé avec une profusion (13 confrontations) de robes aux niveaux 4 et 5. Au delà de l’émotion de voir la robe Mondrian (1965) « en vrai » à côté de « son tableau », il est incroyable de voir les autres correspondances : les fleurs de Delaunay, les points ronds et lumineux d’Etel Adnan… 

Paris s’offre donc un défilé d’un nouveau genre, qui parfois, comme au Louvre, se cache. La haute couture se mérite ! Le résultat est assez excitant. D’abord parce que toucher des yeux les détails de chaque pièce permet de redire que les vêtements de Saint Laurent étaient des toiles. Ensuite parce que ce projet va croiser les publics : les touristes et Parisiens venus découvrir les hauts lieux de culture et les amateurs de mode. 

Du 29 janvier au 16 mai. Horaires et informations sur chacun des musées : le Centre Pompidou, le Musée d’Art Moderne de ParisMusée du Louvre, le Musée d’Orsay, le Musée national Picasso-Paris et le Musée Yves Saint Laurent Paris. L’accès aux collections permanentes des musées nationaux est gratuit le premier dimanche du mois.

Visuels: ABN

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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