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Une résistance esthétique : “Marronnage, l’art de briser les chaînes”à la Maison de l’Amérique Latine

Une résistance esthétique : “Marronnage, l’art de briser les chaînes”à la Maison de l’Amérique Latine

17 mai 2022 | PAR Annabelle Ambler

La nouvelle exposition de la Maison de l’Amérique Latine met la lumière sur la création artistique contemporaine des sociétés marrons originaires d’Afrique du Suriname et de Guyane. Un parcours magistral qui raconte l’histoire d’une résistance et d’une émancipation populaire par l’Art.

 

 

Annabelle AMBLER et Raphael IMBERT

L’art d’émancipation peut aussi parler d’amour, et cette essentielle et inspirante exposition “Marronnage, l’art de briser les chaînes”à la Maison de l’Amérique Latine, nous le rappelle.

Au Suriname et en Guyane française, où la forêt les a protégées, des peuples d’origine africaine transportés de force en Amérique du Sud se sont structurés en sociétés issues de la fuite et du refus de l’esclavage.

Ces sociétés (les Saamaka, Dyuka, Paamaka, Boni-Aluku, Matawai et Kwinti) ont d’abord dû défendre leur liberté, puis se construire, se développer et la paix revenue exprimer leur sens du beau, de la grâce: le moy.

Ce moy se déploie dans l’écrin de l’Hôtel de Guerchy, siège de la Maison de l’Amérique Latine, entre ambassades et boutiques de Saint Germain des prés où commence une exposition qui marquera les mémoires, les nôtres comme celles qui sont ici présentées.

Lutte et beauté

Cette exposition est justement le fruit d’une mémoire en lutte et d’une créativité plus que jamais d’actualité.

“Marronnage, l’art de briser les chaînes” répond aux promesses de son titre, l’art est ici affaire de liberté, d’émancipation mais aussi d’amour et d’art du beau et d’art de vivre. Sous le commissariat de Geneviève Wiels et Thomas Mouzard, présentant les oeuvres des artistes Sherley Abakamofou, Carlos Adaoudé, Franky Amete, Wani Amoedang, Antoine Dinguiou, Karl Joseph, Antoine Lamoraille, John Lie A Fo, Nicola Lo Calzo, Feno Montoe, Ramon Ngwete, Gerno Odang, Daniel Ortiz, Marcel Pinas, Pierre Verger, qu’on a vraiment envie de citer.

Le musée du quai Branly – Jacques Chirac met à disposition ici des collections ethnologiques très rarement montrées au public, comme la collection constituée par le poète Léon-Gontran Damas dans les années 1930 sur le fleuve Maroni.

Le marron est l’esclave qui, fuyant la plantation, se réfugie dans les zones les plus inaccessibles. Retrouvant d’autres esclaves rebelles, souvent au contact des peuples natifs amérindiens, ils constituent des sociétés clandestines mais vivaces et résistantes, continuellement combattues par le pouvoir colonial esclavagiste : le marais en Louisiane, la montagne à la Réunion ou en Caroline font office de forteresses naturelles pour le marronnage.

L’appel des forêts

Dans les régions présentées dans l’exposition, en Guyane et au Suriname, ce sont les forêts profondes le long du fleuve Maroni qui préservent, tant bien que mal, les peuples Aluku-Boni, Djuka, Paramaca, Matawai, Bushinengue, Saramaca, tous issus de la déportation esclavagiste depuis le continent africain, dont ils maintiennent plus qu’ailleurs de nombreux éléments culturels.

Dans ce contexte héroïque de combat, de survie, de résistance, de fuite et de fierté, l’Art devient un atout d’identité et de revendication, tout autant qu’un élément de communication, de communauté et de dialogue entre les générations et les individus, et qu’un acte d’amour.

La force ultime de cette exposition, nous racontant par le détail la chronologie d’une lutte esthétique d’un peuple circonscrit par le poids de l’oppression à une région bien définie, est de nous rappeler à quel point l’Art et le Beau sont essentiels. Les objets du quotidien se transforment en œuvres d’art (un peigne, un plat, etc.), pour soi ou pour l’être aimé.

Les artistes, les tembemans, sculptent et peignent toujours.

Artistes présentés : Sherley Abakamofou, Carlos Adaoudé, Franky Amete, Wani Amoedang, Antoine Dinguiou, Karl Joseph, Antoine Lamoraille, John Lie A Fo, Nicola Lo Calzo, Feno Montoe, Ramon Ngwete, Gerno Odang, Daniel Ortiz, Marcel Pinas, Pierre Verger.

Commissaires: Geneviève Wiels et Thomas Mouzard

Informations pratiques:

https://www.mal217.org/

MAISON DE L’AMÉRIQUE LATINE

Du 12 mai au 24 septembre 2022

217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris

HORAIRES

Du lundi au vendredi de 10:00 à 20:00

Le samedi de 14:00 à 18:00

Fermé Le dimanche

 

Visuels :

1/Quand ta pirogue est à l’embarcadère c’est que tu as trouvé un endroit pour t’asseoir, 60 x 100 cm © Mama Bobi. 2. Peigne 70.2006.30.11 / Ph. © musée du quai Branly – Jacques

Chirac. 3. Plat à vanner le riz. Wani Amoetang, coll. Carma. 4. Jeune lle Aluku, coiure dite pito-pito, 1957. Ph. Jean Hurault 5. Passage de la première barrière d’un saut sous la direc-

tion de Kazal. Ph. Jean Hurault, 1970. 6. Nicola Lo Calzo. Obia. Papakente, orpailleur. Galerie Dominique Fiat, Paris. 7. Fa mi kon na so mi e gwe baka, Antoine Lamoraille / Ph. ©

Mama Bobi. 8. Anonyme, pagne, 1995, route de Mana, appliqué, 87 x 137 cm, coll. Carma. 9. Anonyme, pagne, 1980, Suriname river, broderie, 85 x 120 cm, coll. Carma 10. Abelintie

Jovensina, napperon, Mana, appliqué, 90 x 100 cm, coll. Carma

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Annabelle Ambler

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