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SEOUL PARIS SEOUL – ARTISTES COREENS EN FRANCE AU MUSEE CERNUSCHI

SEOUL PARIS SEOUL – ARTISTES COREENS EN FRANCE AU MUSEE CERNUSCHI

17 octobre 2015 | PAR Araso

Dans le cadre de l’année France-Corée 2015-2016, le musée Cernuschi met à l’honneur les liens artistiques entre les deux pays, au travers d’œuvres d’artistes contemporains coréens ayant séjourné en France. L’exposition pose la question de l’existence d’une identité plastique coréenne, aux confins d’une multitude d’influences, tout en jeu de matières et de lumières.

Des influences multiples

Tout au long de son histoire et en particulier à la fin du XIXème et début du XXème siècle, la Corée a été sous l’emprise de domination orientales, à commencer par la Chine et le Japon, ayant été mise sous tutelle nipponne en 1895 puis annexée en 1910 avant d’être déchirée par la guerre. La calligraphie est l’un des traits dominants de l’exposition, s’illustrant dans le travail de Lee Ungno et son épouse Park In-kung, pionniers dans la création de liens culturels avec la France dès les années 1960. Entre les grands principes chinois avec « Bambous Rouges » et les débuts d’une illustration de mode -« Parisienne », Lee Ungo fonde en 1964 à Paris le comité de parrainage de l’Académie de peinture orientale, soutenu par Pierre Soulages, dont on sent une très forte influence dans le travail de Lee Bae (Issu du feu, Body Mass M1), et Zao Wou-Ki, qui n’est peut-être pas étranger au sublime travail sur la lumière effectué par Bang Hai Ja sur d’interminables panneaux de papier. Ici et là, des formes ectoplasmiques ne sont pas sans rappeler les personnages tout en rondeurs de Yoshitomo Nara tandis que le travail sur le hanji, le papier coréen, évoque la délicatesse de l’origami japonais. On a du mal à ne pas voir dans La Terre Anonyme de Chae Sung-Pil une évocation de La Grande Vague de Kanagawa d’Hokusai. Il en va de même pour les motifs répétés à l’infini et le courant de l’art optique, les accumulations de matière et la peinture américaine de l’après-guerre.

 

Une identité floue

La peinture coréenne est un art jeune et pourtant déjà infusé de multiples inspirations. Peut-on arriver sur un marché mature, tant en terme de pratique (la peinture) qu’en termes d’histoire plastique (la France) et réussir à développer une signature distinctive ?  S’il est heureux que la France ait pu faire émerger une telle production plastique, il est difficile avec un ADN aussi diffus de dessiner des codes visuels clairs, à moins de faire une proposition totalement disruptive. Le travail de la matière (Hanji, bois, charbon) et l’allusion plus ou moins explicite à la calligraphie, c’est-à-dire au langage écrit, si aboutis soient-ils, peuvent-ils suffire à constituer les marqueurs distinctifs d’une scène contemporaine coréenne ? Si la Corée excelle dans d’autres domaines artistiques comme le design, le graphisme ou la mode (voir notre article «KOREA NOW! » CRAFT, DESIGN, MODE ET GRAPHISME CORÉENS AUX ARTS DÉCO), ou dans l’art vidéo et la performance, comme en témoigne l’incroyable pavillon coréen de l’actuelle Biennale de Venise, la peinture contemporaine coréenne est encore à l’aube de son développement. Ce sont peut-être les toiles de Shim Kyung-Ja, avec ses silhouettes humaines perdues dans des immensités silencieuses qu’elles traversent ou contemplent, qui illustrent finalement le mieux la profondeur et la poésie de l’âme coréenne. Dans la même lignée, de très belles photographies de Kim Jungman sont à découvrir dans le reste du musée, alliant dans le plus grand raffinement tradition et modernité.

 

Séoul Paris Séoul – Artistes coréens en France au musée Cernuschi, jusqu’au 7 février 2016 et Figurations coréennes à la mairie du 8ème arrondissement, jusqu’au 7 novembre 2015.

 

Araso

Visuels :

BANG Hai Ja (1937 – ) Naissance de lumière, 2014 128,5 x 128 cm – pigments naturels sur papier © Bang Hai Ja/Jean-Martin Barbut

 

LEE Bae (1956 – ) Sans titre, 2015 163 x 130 cm – acrylique médium, charbon de noir sur toile © Lee Bae/D.R

 

LEE Bae (1956 – ) Issu du feu, 2000 163 x 130 cm – charbon de bois sur toile © Lee Bae/D.R

 

Shim Kyung Ja (1944 – ) Karma, 1988 179 x 219 cm – encre et couleurs sur papier © Shim Kyung Ja / D.R
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Araso

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