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[Londres] Georgia O’Keeffe sublimée à la Tate Modern

[Londres] Georgia O’Keeffe sublimée à la Tate Modern

05 octobre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Dans une grande rétrospective, la Tate Modern étendue depuis cet été (lire notre article) rend hommage la grande artiste américaine. Une exposition généreuse, attentive et précise dans la mise en perspective de l’évolution de l’artiste des années 1910 aux années 1969.

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« Personne ne voit une fleur – vraiment- c’est si petit – nous n’avons pas le temps- et voir prend du temps ». Georgia O’Keeffe

Dès la première salle qui se penche sur le travail inaugural, abstrait et au charbon, de Georgia O’Keeffe, tout est dit : la collaboration avec le compagnon Alfred Stiglitz et la revue 291 et en même temps une recherche absolument singulière.

Née de parents émigrés européens dans le Wisconsin profond, Georgia O’Keeffe est profondément américaine, sûre de sa vocation à 17 ans et nourrie à Kandinsky dès les années 1910. Très tôt, elle joue avec l’abstraction tout en s’exprimant très personnellement par elle. Avec son photographe de mari, ils forment un groupe et une émulation (troisième salle très documentée) et partent vivre en 1918 à New-York qui fascine O’Keeffe depuis le 30e étage du gratte-ciel où elle habite. Les peintures de l’urbanisme new-yorkais sont plus figuratives, même si les couleurs pastel plus brouillées reviennent en force avec les virées au Lake George en upstate New-York.

On passe ensuite au morceau de bravoure de Georgia, en haut de l’affiche : ses natures mortes si vivaces. C’est une explosion et nous n’en sommes qu’à la moitié de l’exposition ! Les salles suivantes sont placées sous le signe de la découverte de la terre promise à partir de 1929 : le Nouveau Mexique où paysages, ossements et Kachinas (poupées rituelles) deviennent à la peinture de O’Keeffe autant de natures vivantes. Au début, c’est plutôt figuratif puis les os pelviens et les portes de foyers ouvrent vers un ciel plus abstrait. L’abstraction revient vraiment en force avec des paysages métaphysiques blancs et noirs où l’artiste s’est immergée et en final par des vues abstraites du ciel et de la terre depuis un aéroplane.

Tout se passe comme si l’on entrait dans l’intimité de la recherche artistique de O’Keeffe dans un accrochage riche d’œuvres du monde entier et parfaitement sensible. Une exposition qu’on est tenté de mettre en perspective avec la grande exposition sur l’expressionnisme abstrait de la Royal Academy (lire notre article) alors qu’il dresse le portrait d’une artiste certes abstraite mais singulière mystique et sauvage. A voir absolument.

visuels :
Georgia O’Keeffe 1887-1986, Jimson Weed/White Flower No. 1 1932, Oil paint on canvas, 48 x 40 inches, Crystal Bridges Museum of American Art, Arkansas, USA © 2016 Georgia O’Keeffe Museum/DACS, London, Photography by Edward C. Robison III

Georgia O’Keeffe 1887-1986, Jimson Weed/White Flower No. 1 1932, Oil paint on canvas, 48 x 40 inches, Crystal Bridges Museum of American Art, Arkansas, USA © 2016 Georgia O’Keeffe Museum/DACS, London, Photography by Edward C. Robison III
Georgia O’Keeffe 1887–1986, The Black Place III, 1945, Pastel on paper, Image: 705 x 1111 mm, Collection, Private collection, courtesy The Owings Gallery, Santa Fe, New Mexico

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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