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Les rêveries de Pommery

Les rêveries de Pommery

04 octobre 2022 | PAR Laetitia Larralde

Pour encore un mois, le Domaine Vranken-Pommery nous propose de nous évader de la réalité avec une double exposition dans ses caves et ses celliers sur le thème des Rêveries.

Cette année, l’Expérience Pommery rend hommage à Madame Pommery qui dès 1858, à sa reprise du domaine à la mort de son mari, fait prospérer sa maison de champagne jusqu’à atteindre une renommée internationale. En effet, de ses rêveries un peu folles sont nées une vision concrète, l’aménagement des crayères gallo-romaines en caves, la création du premier champagne Brut à être commercialisé et le développement d’un domaine toujours reconnu aujourd’hui.

Après le thème de l’introspection l’année dernière qui poussait à un travail conscient d’auto-analyse, les rêveries proposées cette année offrent la liberté de laisser son esprit divaguer. La rêverie est un vagabondage éveillé de l’esprit qui s’autorise à imaginer, à donner forme à nos désirs inconscients. Pendant quelques instants, nous sommes transportés dans un monde hors de la réalité, vers une légèreté hors du temps. Le rêve, quant à lui, est bien moins maîtrisable : il peut nous entraîner aussi bien vers l’émerveillement que vers l’angoisse du cauchemar.

Les crayères du domaine sont un monde à part, un souterrain plein d’ombres et de bruits étranges où l’alchimie du champagne opère, où des trésors se terrent. Là, dans cette parenthèse suspendue, les artistes ont laissé se déployer leur imagination. Les quinze œuvres contemporaines du parcours nous entraînent dans un monde de poésie à la fois doux et étrange, à l’image de cet oreiller de Javier Pérez dont les plis moelleux dénotent une agitation nocturne figée dans le marbre. Car si les œuvres nous enveloppent d’une sensation de confort moelleux, un léger pas de côté peut en décaler la vision et les rendre déstabilisantes.

Les paysages filmés de Stéphane Thidet et Ange Leccia nous hypnotisent jusqu’à en perdre nos repères, tout comme les photos de Philippe Ramette qui renversent les lieux et les lois de la gravité. Anne-Flore Cabanis, Véronique Béland et Iván Navarro nous élèvent vers l’infini de l’espace quand les Champs d’oiseaux de Lionel Sabatté et les taupes de Ghyslain Bertholon nous fond descendre un peu plus profondément au centre de la Terre. D’autres comme le duo formé par Christophe Berdaguer et Marie Péjus ou Matteo Nasini explorent et matérialisent l’inconscient.

Sans cesse à l’affût de ces petits glissements de réalité qui pourraient nous faire basculer vers un ailleurs inattendu, nous terminons la visite des caves avec l’œuvre de Luka Fineisen, qui telle une explosion des plumes de notre couette contenue dans un cube de plexiglas nous accompagne vers le réveil. Nous remontons vers la lumière pour continuer la visite dans le Cellier Pompadour.

Pour la deuxième année, les œuvres qui ne supporteraient pas les conditions des caves telles que les tableaux, photos ou dessins s’exposent dans le Cellier Pompadour. Contrairement à la dernière édition qui séparait les expositions du cellier et des caves, la thématique des rêveries se prolonge ici. Nous retrouvons encore une fois un mélange d’œuvres du musée des Beaux-Arts de Reims, fermé jusqu’en 2024, et d’œuvres d’artistes contemporains.

La scénographie cherche à brouiller nos repères en jouant sur la sensation de déjà-vu. Chaque artiste est présenté deux fois à des endroits différents du parcours, nous entraînant dans une sorte de grand jeu artistique de memory. Dans l’espace pensé comme un labyrinthe, nous retombons en enfance, ce que le banc surdimensionnée de Lilian Bourgeat nous invite à faire dès l’entrée du domaine.

Les rêveries du cellier font se côtoyer Henri Fantin-Latour et Nina Childress, Camille Corot et Flora Moscovici, Robert Desnos et Gérald Petit. De chaque côté de l’espace, les lits d’Emile Gallé et Florence Doléac trônent, reliés par les chevets de Sarah Tritz. Ici, les muses sont lascives ou endormies, les chiens sont plats, les couettes se transforment en glaciers et les poltergeists sortent des théières. Nous explorons les rêves et cauchemars des artistes qui réunis dans cette exposition forment un univers à la Lewis Carroll.

Si le retour à la réalité s’avère trop difficile, une halte au restaurant du domaine, le Réfectoire, vous permettra de prolonger votre rêverie avec un déjeuner soigné, accompagné bien sûr d’une coupe de champagne. Pour que les bulles fassent s’élever nos rêveries encore un peu plus haut.

Rêveries – Expérience Pommery #16
Du 25 mai au 08 novembre 2022
Domaine Vranken-Pommery – Reims

Visuels : 1-Expérience Pommery #16 Rêveries, Javier Pérez, Nightmare, 2022 © Ballade Studio / 2- Pascale Remita, Sans titre (paysage), 2019, courtesy de l’artiste © Germain Herriau / 3- Expérience Pommery #16 Rêveries, Lionel Sabatté, Champs d’oiseaux © Ballade Studio / 4- Expérience Pommery #16 Rêveries, Stéphane Thidet, Souffle © Ballade Studio / 5- Expérience Pommery #16 Rêveries, Anne-Flore Cabanis, Direction & Aplomb © ADAGP 2022 © Ballade Studio / 6- Expérience Pommery #16 Rêveries, Ghyslain Bertholon, Taupologie de Pommery, 2022 © Ballade Studio

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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