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Les herbes fièrement délicates de Marinette Cueco

Les herbes fièrement délicates de Marinette Cueco

18 octobre 2022 | PAR Laetitia Larralde

Le Musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun fait entrer la nature dans ses murs avec les œuvres de Marinette Cueco, l’hommage de toute une vie aux formes végétales. Un herbier intime et sensible.

Cet hiver, alors que la nature entre en sommeil, nous pourrons la retrouver dans les salles du Musée de l’Hospice Saint-Roch, préservée par les soins de Marinette Cueco. En effet, les éléments naturels sont la matière première de l’artiste. Elle n’achète aucun matériau, tout provient de ses collectes régulières dans son jardin, lors de ses promenades ou pendant ses voyages. Elle glane des végétaux, des pierres, des terres à la texture particulière, des graines ou encore du duvet animal. La nature lui fournit non seulement la matière première de ses œuvres, mais est également à la source de ses formes.

Après avoir apprêté ses récoltes, Marinette Cueco commence son travail. Elle tisse, noue, tresse, tricote, toujours guidée par un geste simple et répétitif qui mène à une transe créatrice. Elle n’utilise que très peu d’outils, le principal étant ses mains. Sa démarche est d’une grande humilité, comme une simplification jusqu’à l’essentiel de l’art. Pas de grand geste théâtral, pas de prouesse technique, pas d’armée d’assistants : elle crée seule avec ce qui l’entoure, rappelant les gestes premiers de la création, ceux des paysans de sa Corrèze natale ou des tribus d’Océanie des collections du musée.

D’un geste lent et simple, Marinette Cueco fait naître des géométries végétales, guidée par le matériau qu’elle travaille. Partant d’un motif de petit format, à l’échelle de la main, elle le multiplie jusqu’à arriver parfois à des œuvres de plusieurs mètres. Ses séries Entrelacs et Arachnée, faites de joncs, contiennent dans les limites de géométries simples toute la complexité de la nature. Elles dessinent des paysages abstraits en deux dimensions, soulignés par leur ombre portée sur les murs blancs du musée.

Avec une démarche qui rappelle celle des botanistes du Muséum d’Histoire Naturelle, Marinette Cueco répertorie ses collectes. Sans jamais mélanger les espèces, elle compose sur le papier des herbiers, note les informations sur la plante et sa récolte. Graines de clématites, pétales de camélia, feuilles d’Acanthes, chou frisé ou pelures d’ail, tout peut se récupérer et se transformer en un motif ordonné, à la variété et à la matière fascinantes. Sur de petits leporellos, dans ses Petits herbiers de ciconstance (Herbailles), formant des livres autoédités, ou encore s’étendant sur ses Grands herbiers de deux mètres sur deux, les végétaux se répètent jusqu’à recouvrir tout l’espace.

Si chaque œuvre n’est majoritairement composée que d’un seul matériau, l’artiste fait une exception pour le minéral. Qu’elle utilise des galets de marbre, du granit ou de l’ardoise, Marinette Cueco les associe toujours à un élément végétal. Ainsi ses Pierres captives sont recouvertes d’un tissage de jonc ou ses ardoises sont traversées de fibres tressées. Le végétal par essence fragile et éphémère enserre le minéral puissant dans ses entrelacs, en redessine ses contours, dans une délicate inversion de valeurs. De même, dans l’une de ses installations au sol, le grand rectangle d’ardoises brisées semble saigner à l’endroit recouvert de pétales de magnolia séchés.

Dans ce parcours thématique, on découvre une écologie de la vie quotidienne de l’artiste, à la fois intime et abstraite, simple et complexe. Marinette Cueco rassemble depuis les années 1970 un extraordinaire catalogue de signes et de formes de la nature, saisissant pour un temps l’éphémère dans ses géométries. Dans cette démarche que l’on pourrait qualifier de Land Art d’intérieur, on retrouve la sphère domestique d’une femme qui a longtemps vécu aux côtés d’un artiste reconnu, Henri Cueco. Patiente, discrète, mais farouchement liée à son art.

A l’occasion de l’exposition, un catalogue / monographie est publié chez Liénart éditions.

Marinette Cueco – Hypothèses végétales
Du 1er octobre au 30 décembre 2022
Musée de l’Hospice Saint-Roch – Issoudun

Visuels : 1- M. Cueco, Petits herbiers de circonstance #1, Sempervirens, 2003 (feuilles d’acanthe) ©ADAGP, Paris 2022 / 2-4-5- Vue de l’exposition ‘Hypothèses végétales’ au musée de l’Hospice St-Roch ©DR / 3- Marinette Cueco, Herbier, 2001. Pétales de camélia ©ADAGP, Paris 2022

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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