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« Le Triomphe de la Musique » : Chagall fait classiquement ses gammes à la Philarmonie

« Le Triomphe de la Musique » : Chagall fait classiquement ses gammes à la Philarmonie

15 octobre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 31 janvier, la Philharmonie de Paris présente une nouvelle exposition Chagall, intitulée Le Triomphe de la musique. Une énième exposition Chagall donc, après, entre autres,  la tapisserie à Troyes en 2014, la magnifique rétrospective Bruxelloise, la Bible au MAHJ, ce nouveau regard s’intéresse à l’évident thème de la musique.

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Chagall et la musique, le lien est évident. Toutes les toiles du peintre comportent toute au moins un violoniste, en errance dans son Shtetl. Ce que l’on sait moins c’est que l’artiste a eu une relation étroite avec les lieux de spectacle. Peignant les plafonds bien sur mais aussi créant des costumes et des décors. Le parcours choisit de nous faire voyager vers le passé. De 1963 à 1920, c’est-à-dire de l’Opéra Garnier dont, à la demande d’André Malraux en 1963, il repeint le plafond à la salle du Théâtre national d’art juif, créé à Moscou, en accord avec les autorités révolutionnaires de Russie

On avance alors dans la carrière de Chagall sans jamais oublier que l’exposition commence par nous regarder à travers un double autoportrait daté de 1911, troublant et cubiste. Ensuite, nous serons amenés à passer de chefs d’œuvres en chefs d’œuvres en entrant dans la main même de Chagall car les esquisses préparatoires sont ici nombreuses. On entend résonner Les Indes Galantes de Rameau. Le voyage se prolonge autour du Monde. On passe par New York où ses oeuvres ornent le hall d’entrée Metropolitan Opéra Lincoln Art Center New York où le rouge flamboie en nous laissant contempler une femme ailée qui joue de la flûte. 

Que ce soit pour les costumes, ceux de La flûte enchantée mise en scène par. Günther Rennert en 1964 les projets pour Daphnis et Chloé. Le geste de Chagall, féerique et mélancolique est partout. La robe en soie avec application de tissus argents et turquoise pour Zarastro est un bijou.

L’exposition qui se compose de 300 œuvres (peintures, dessins, costumes, sculptures et céramiques) est bien sûr l’occasion de croiser d’immenses chefs d’œuvres.  Ici, la Philharmonie nous offre une belle mise en avant du Cirque bleu, commandé avec La danse pour décorer l’auditorium du nouveau Watergate Theatre de Londres, où poisson, acrobate  et cheval vert nous enchantent.

On ne peut être que saisis par l’émotion dans le fait de voir en « vrai » ces monuments et notamment d’entrer dans le Théâtre Juif où le célèbre violoniste flotte en suspension au-dessus des maisons.

Mais, cette exposition manque d’interaction et offre un parcours somme toute attendu et classique que l’inversion chronologique ne répare pas. Chagall se suffit à lui-même semble dire ce parcours et on regrette de ne pas entendre plus la voix d’autres peintres, des compositeurs, des danseurs et comédiens. Leur présence reste en surface et considérant le thème, cela est un comble, le spectaculaire ne surgit pas. Contrairement par exemple à l’actuelle exposition  Warhol où tout le chemin nous amène aux Shadows, ici, l’exposition se termine brusquement sur les projets de décors et costumes pour le camarade khlestatov en 1920-21. Très satiriques, présentant une sorte de portrait en réponse à la première oeuvre, ici un homme roux voit sa tête voler, elle ne parviennent pas à créer un choc.

Visuel : ©Izis, Marc Chagall travaillant aux panneaux du Metropolitan Opera de New York : Le Triomphe de la Musique (détail), atelier des Gobelins, Paris, 1966. © Adagp, Paris 2015. Photo : Izis © Izis-Manuel Bidermanas

Infos pratiques

Musée National Gustave Moreau
Opéra National du Rhin
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : basti[email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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