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Dans les monumentales ombres de Warhol au MaM

Dans les monumentales ombres de Warhol au MaM

01 octobre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce sera l’exposition événement de la rentrée. Le nom même est symbole d’excès, de popularité, de VIP. Andy Warhol est au Musée d’art Moderne plus vivant que jamais.  Pour la première fois en Europe, les Shadows, cette oeuvre qui nécessite au minimum 700 m2 pour être vue est accrochée. Monumentale, Extravagante, Warhol Ulimited est une leçon de scénographie.

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Il nous accueille lui même, « Self-Portrait » (1966), pour un solo avant de diviser sa propre image et de la sérigraphier pour le même motif. Dès la première salle de cette exposition pensée comme un chemin de patience où au bout l’ombre viendra, le talent de l’immense coloriste qu’était Warhol est une évidence. Ici, les cartels sont peu visibles et les explications ne débordent pas des murs. Pour Sébastien Gokalp qui avec Hérvé Vanel a assuré le commissariat de Warhol Unlimited « tout le monde pense connaître Warhol », et le résumer à des « Marilyn » est une erreur.
Ce que l’on découvre ici, c’est un artiste maitre de ses oeuvres. Il les fabrique et les serigraphie lui même. La question de l’accrochage est un élément de l’oeuvre d’art. Il s’agit de saturer pour deborder. Extravagant jusque dans le pire. Il peint des chaises électriques (1967) et pose les cimaises sur un papier-peint sous LSD représentant des vaches jaunes sur fond rose (« Cow wall paper » 1965). Il s’amuse de l’image de Mao, le dessine grossièrement, rendant l’oeuvre politique malgré elle. Il se fait romantique en reproduisant des fleurs  (1965)

On se délecte des célèbres « Screen Test ». Des artistes phares de la scène new-yorkaise, venaient à la Factory se faire filmer, au ralenti, et de façon immobile. Eddie Sedgwick est magnétique, Nikki de Saint Phalle distraite. On s’amuse beaucoup dans cette exposition ludique où il est même obligatoire de jouer avec les non moins célèbres ballons en hélium, les « Silver Cloud » (1965), utilisés notamment par Merce Cunnigham dans Rain Forest. Car, être un artiste total, tout aussi cinéaste que plasticien est l’une des grandes qualités de Warhol.
L’étonnante scénographie proposée ici choisit de nous abasourdir d’images et de sons ( géniale installation du spectacle-concert des Velvet Underground (« Exploding Plastic Inevitable » 1965). Le commissaire rappelle que « les œuvres de Warhol étaient présentées en séries : « un mur de Jackie par exemple », et cela est respecté ici, donnant un sens beaucoup plus tragique à ses polychromes. Warhol diffracte le temps, superpose des images pour donner à tout une irréelle sensation.
Tout est ainsi fait pour mettre en oeuvre et de façon très théâtrale, une apothéose.
Fabrice Hergott, directeur du Musée d’art Moderne rappelle que c’est « la première fois » que les Shadows, conservés à la Dia Art Foundation, sont montrés en Europe. Plus fou encore, savoir que Warhol n’a jamais vu son ensemble de 102 peintures identiques mais de couleurs différentes accrochées dans leur ensemble donne le vertige.
Le Musée a la chance d’avoir en lui une salle d’un seul tenant de plus de 700 m2, écrin parfait pour cette très troublante circulation qui vous fait rapidement oublier la gémellité pour entrer dans une énergie cinématographique. 102 ombres, supports à tous les fantasmes et à toutes les interprétations.
On ressort de là avec une invitation au baiser, puisque le film « Kiss » est projeté en sortie accompagné d’un texte explicite : « Débarrassés de toute intrigue qui conduirait à quelques secondes d’un baiser chaste, les baisers warholiens ne sont plus l’objet d’une attente qu’un scénario doit satisfaire. Ils s’offrent sans retenue, en gros plan et se maintiennent parfois dangereusement au bord de cette phase préliminaire à des ébats que l’on ne verra pas. »

La conclusion à cette exposition vient bien rappeler que seule la surface et l’image comptent, mais qui a dit que la surface et l’image étaient vides de sens et de sensations ? Warhol met le musée à l’épreuve, il perverti, le dépasse et le MaM signe une expo délicieusement sexy et enveloppante.

Visuels :©

Andy Warhol (1928-1987), Self-Portrait, 1966, peinture acrylique et encre sérigraphique sur 9 toiles de 57,2 x 57,2 cm, dimension totale : 171,7 x 171,7 cm, New York, Museum of Modern Art (MoMA), Gift of Philip Johnson. Acc. n.: 513.1998.a-i. © 2015. Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / ADAGP, Paris 2015

Andy Warhol (1928-1987), Shadows, 1978-79. Installation view, Dia:Beacon, Beacon, New York – Photo: Bill Jacobson Studio, New York © Courtesy Dia Art Foundation, New York © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / ADAGP, Paris 2015

Andy Warhol (1928-1987), Photogramme de Blow Job (Fellation), 1964, film tourné en 16 mm, noir et blanc, muet, durée 35 minutes à 16 images par seconde, Pittsburgh, The Andy Warhol Museum © 2015 The Andy Warhol Museum Pittsburgh, PA, a Museum of Carnegie Institute. All rights reserved

Infos pratiques

Maison Européenne de la Photographie
Salle Gaveau
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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