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La Cité des Electriciens, la vie après la mine

La Cité des Electriciens, la vie après la mine

25 mars 2021 | PAR Laetitia Larralde

La Cité des Electriciens, bâtie entre 1856 et 1861, est la plus ancienne cité ouvrière préservée du Nord-Pas-de-Calais. Aujourd’hui reconvertie, elle se construit sur une tension entre témoignage historique et développement contemporain.

La Cité des Electriciens, c’est avant tout une volonté d’appropriation d’un territoire, le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, qui se définit par son paysage, son histoire, ses transformations et son évolution future. Trente ans après la fermeture de la dernière mine de la région, comment transformer ce passé à l’impact encore important en une nouvelle dynamique ? Comment pérenniser la mémoire d’une région pour les nouvelles générations qui n’ont pas connu la mine au quotidien ?

Variations autour de l’habitat

Le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2012 au titre de Paysage culturel évolutif et vivant. La Cité des Électriciens, inscrite aux Monuments Historiques depuis 2009, devient alors l’un des cinq grands sites de ce Bassin parmi les 353 éléments inscrits, et le projet de réhabilitation voit le jour. Le site est inauguré en 2019, et sa vocation première, le logement, reste au cœur de son usage.

La Cité nouvelle version décline en effet plusieurs façons d’envisager l’habitat. Le nouveau centre d’interprétation, construit à la place et aux mesures d’un baraquement de logements d’urgence bâti pendant la Première Guerre Mondiale, expose de façon claire et ludique les enjeux liés à la vie des mineurs et de leur famille en dehors de la mine. De plus, une partie de la Cité a été réhabilitée en logements sociaux, prolongeant ainsi la fonction première du site, dans des proportions et des conditions de vie bien entendu plus confortables que celles de mineurs.

La réhabilitation a également pensé à l’hébergement touristique : cinq gîtes et chambres ont été aménagés dans un esprit contemporain qui a su conserver les codes des logements miniers. Si l’idée de passer ses vacances à Bruay-la-Bussière peut sembler inhabituelle, c’est avant tout qu’elle ne cadre pas avec la conception traditionnelle de vacances au bord de la mer ou à la montagne. Mais pourquoi ne pas passer des vacances entre sites historiques, patrimoniaux et culturels ? Depuis l’installation du Louvre à Lens, à moins d’une demi-heure de la Cité des Electriciens, la région cherche à inventer une nouvelle forme de tourisme.

Enfin, la Cité accueille des résidences d’artistes dans trois logements-ateliers, dans le cadre de ses missions de diffusion du savoir et des arts. Scientifiques et artistes peuvent proposer leur projet en lien avec les thèmes du paysage, de l’urbanisme et de l’habitat minier et être accueilli sur place.

Paysage et jardin

Autre composante essentielle de la cité minière, le jardin est également repensé. Les premiers mineurs étaient issus du monde agricole, et c’est tout naturellement qu’ils ont continué à cultiver des petits espaces potagers. Le jardin a ensuite été intégré au logement minier, pour des raisons ambivalentes. Certes, pouvoir cultiver ses fruits et ses légumes était un avantage, mais c’était également une façon de contrôler le mineur et sa famille. Car le jardin devait être bien entretenu (tout comme l’intérieur de la maison), ce qui pouvait donner lieu à des amendes si ce n’était pas le cas. La cité devait donner une bonne image de la compagnie minière, ce qui a amené aux cités-jardins, également conçues pour attirer les meilleurs ouvriers. Mais occuper l’ouvrier après son travail signifiait aussi qu’il n’avait pas le temps de penser à autre chose, comme par exemple à se syndiquer.

La Cité des Electriciens conserve donc de grands espaces extérieurs, en accès libre. Un verger conservatoire a été planté avec toutes les variétés d’arbres fruitiers que l’on trouvait dans les jardins des mineurs (chacun avait droit à un arbre), et un potager est cultivé en permaculture. Le produit de ces cultures est utilisé, complété par la production locale, pour la cuisine du Carin gourmand, le restaurant installé dans la Cité et accessible à tous. Et comme avant, la Cité conserve un clapier et un poulailler, avec des animaux nourris au bio, bien évidemment.

Au-delà du jardin, l’exploitation minière a largement marqué le paysage. On retrouve dans la région des traces telles que les chevalements, des fosses, des cités ou encore les fameux terrils, montagnes artificielles dans un paysage majoritairement horizontal. Le centre d’interprétation de la Cité expose clairement à quel point l’implantation de cette industrie a transformé le paysage et le maillage urbain. Conçues pour maintenir les ouvriers dans une quasi autonomie par rapport à la ville à laquelle se rattachait la nouvelle cité, les cités ouvrières ont ensuite souffert de ce détachement à la fermeture des mines.

Ouverture sur l’avenir

Donnant à l’origine sur les jardins du coron, les maisons des ingénieurs, bien plus cossues, sont elles aussi reconverties. La plus grande comprend un espace d’exposition temporaire, qui accueille en ce moment La ville au fil de la brique. Cette exposition est un point d’étape d’un projet de mise en valeur des espaces publics par un atelier de design collaboratif. En se basant sur l’analyse du philosophe Christian Godin sur l’usage de l’espace public par les jeunes de 15 à 25 ans dans trois villes du bassin minier, une équipe de designers (Piks Design), architecte (atelier Philippe Prost), éducateurs et Autour du Louvre-Lens (promotion touristique) s’est formée autour de ces jeunes pour penser le mobilier urbain. En s’appuyant sur la brique, matériau emblématique de la région, et sur les usages et besoins des utilisateurs, plusieurs propositions ont vu le jour : assises, jardinières, abris, skate park… Et bientôt, les prototypes seront réalisés pour être installés en ville.

La Cité des Electriciens est un bel exemple de créativité dans la réinvention d’un territoire. A la fois ouverte à la population locale et au tourisme, un pied dans le passé et un dans le présent, pour imaginer la vie de demain avec un fil d’Ariane rouge brique.

La Cité des Electriciens – Bruay-La-Bussière
Citedeselectriciens.fr

Visuels : la Cité des Electriciens ©Antéale

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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