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Jimmy Robert et Antoine Renard, exploration des possibilités du corps

Jimmy Robert et Antoine Renard, exploration des possibilités du corps

28 janvier 2022 | PAR Laetitia Larralde

Pour encore quelques jours, découvrez les expositions du Crac Occitanie de Sète consacrées à Jimmy Robert et Antoine Renard qui se questionnent chacun à leur manière sur le corps.

Jimmy Robert, la recherche du corps

Troisième et dernière étape après le Nottingham Contemporary (Angleterre) et le Museion de Bolzano (Italie), le Crac Occitanie prête ses vastes espaces blancs à l’exposition monographique de Jimmy Robert. Au travers de 28 œuvres, on aborde vingt ans de création de l’artiste né en 1975 en Guadeloupe et résidant aujourd’hui à Berlin. Installations, vidéos, photographies, textes, sculptures et œuvres sur papier permettent de faire le point en ce milieu de carrière à la fois sur ce qui a été réalisé et sur ce qui reste encore à imaginer.

Si les supports sont variés, les thèmes abordés sont centrés autour des questions de la représentation du corps noir et de la place de l’artiste queer et noir dans l’histoire de l’art. Pour cela, Jimmy Robert part de son propre corps pour en explorer les limites et les possibilités, avec une économie de moyens qui le place dans la lignée de l’art minimal et conceptuel. De nombreuses œuvres font référence à la peau, notamment par le support choisi (papier, soie ou cuir) et soulignent à la fois sa fragilité et sa sensualité. L’artiste prend des poses, se met en scène dans des images évoquant la danse, toujours avec une grâce certaine et une attention aux détails. On remarque également que l’architecture et la géométrie servent souvent d’élément de comparaison pour prendre la mesure du corps. Il confronte les échelles, les lignes droites contre les courbes, la statique et le mouvement et cherche les points de connexion.

Jimmy Robert mène sa quête sur la place de l’artiste noir dans l’histoire de l’art par un procédé de citation d’autres artistes. On retrouve des références à Marcel Duchamp, General Idea ou encore Louise Lawler de façon très littérale ou réinterprétées par l’artiste. Encore une fois, il se définit par rapport à quelque chose d’existant, se place en continuité ou en rupture, et reconnaît l’importance d’un contexte qui le définit.

La scénographie est elle aussi minimale et donne une grande importance à l’espace. Les cartels se trouvent dans le guide de visite et laissent ainsi les œuvres prendre pleine possession des lieux où l’espace vide entre elles devient un lieu de rencontre plus qu’une mise à distance. Certaines œuvres sont posées au sol dans une volonté de changer les systèmes de hiérarchie entre les murs et le sol. Cela entraîne également une implication physique du visiteur différente, le faisant baisser la tête, tourner autour d’une installation pour en saisir toute l’image ou encore se courber en arrière pour lire les textes tracés aux murs, dans une esquisse de danse propre à chacun.

Antoine Renard, les ramifications des odeurs

Second lauréat du Prix Occitanie Médicis en 2019 après Abdelkader Benchamma, Antoine Renard nous présente ici le résultat de sa résidence à la Villa Médicis, à Rome. Sa recherche sur le parfum comme vecteur de soin et de spiritualité orientée sur les cultures antiques et chrétiennes sont venues compléter plusieurs séjours en Amazonie péruvienne, au cours desquels l’artiste a étudié des guérisseurs utilisant les parfums pour soigner.

Pharmakon signifie en grec à la fois le remède et le poison et symbolise bien cette ligne ténue qui sépare l’usage bénéfique de celui néfaste de la pharmacopée. Antoine Renard joue de cette dualité avec ses statues d’angelots transformées en poupées vaudou d’où émane la fumée de l’encens allumée chaque jour, créant une atmosphère de lieu de culte chargée. Dans le même espace, sur des écrans en forme de croix de pharmacie, des images presque hallucinatoires de plantes en très gros plan défilent, accompagnées d’une bande son mystique. La tête tourne et les souvenirs émergent.

Avec ses sculptures en cires colorées et odorantes et sa boîte renfermant des parfums créés en collaboration avec l’Ecole Supérieure du Parfum, Antoine Renard poursuit dans sa volonté de nous faire prendre conscience du rôle des odeurs dans la construction de notre mémoire et de la fragilité de ces architectures intimes. Entre chimie, technologie, nature et psychologie, le chemin d’Antoine Renard se trace dans un sillage odorant, positionnant les sensations du corps comme point de pivot entre l’environnement, le physique et le psychique.

Jimmy Robert – Appui, tendu, renversé
Antoine Renard – Pharmakon
Du 09 octobre 2021 au 06 février 2022
Crac Occitanie – Sète

Visuels : 1- Jimmy Robert, Sans titre (Ompdrailles), 2013. Tirage jet d’encre d’archives. Courtesy de l’artiste, Stitger Van Doesburg, Amsterdam et Tanya Leighton, Berlin. / 2- Vue de l’exposition «Appui, tendu, renversé », Jimmy Robert, Crac Occitanie Sète 2021. « Untitled (Plié V) » 2020. Courtesy de l’artiste et Collection de la Banque Européenne d’Investissement, Luxembourg, « Untitled (wall) », 2015. Courtesy de l’artiste et de la galerie Tanya Leighton, Berlin. Photographe : Aurélien Mole. / 3- Vue de l’exposition «Appui, tendu, renversé », Jimmy Robert, Crac Occitanie Sète 2021. « Untitled (Plié III) » 2020 (au sol). Courtesy de l’artiste et de la galerie Tanya Leighton, Berlin « Plié » 2021(au mur). Photographe : Aurélien Mole. / 4- Exposition «Appui, tendu, renversé », Jimmy Robert, Crac Occitanie Sète 2021- « Untitled (Sebastien)» 2006, Courtesy de l’artiste et de la galerie Tanya Leighton, Berlin. Photographe : Aurélien Mole. / 5- Exposition «Pharmakon», Antoine Renard, Crac Occitanie Sète 2021 « The Large Crypto-Pharmacopoeia Archive Project », 2018-2021. Production Crac Occitanie / Soutien du Cnap. Photographe : Aurélien Mole. / 6- Exposition «Pharmakon», Antoine Renard, Crac Occitanie Sète 2021. « Sans Titre (Olfa-Architecture_CRACSETE_01) », 2021. Production Crac Occitanie. Photographe : Aurélien Mole. / 7- Exposition «Pharmakon», Antoine Renard, Crac Occitanie Sète 2021 « Solal XX», 2021. Production Crac Occitanie. Photographe : Aurélien Mole.

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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